Add transcriptions of letters from Jules Herbovy (1893-1895)

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21 Janvier 1875
Sœur bien-aimée
Je te remercie de ton attention envers ton petit frère, mais jai aussi
à te remercier beaucoup de la part de Roger. Le soir il met la
Vierge devant lui et, après avoir prié pour « les sœurs de Jules », il
travaille sous la protection de notre mère à tous. Si cela peut tintéresser,
je te dirai que sa sœur, charmante entre parenthèses, âgée
de 14 ans est à Noirmoutiers, près de Tours, chez les dames de
la Sacré-Cœur. Embrasse mon Henriette pour moi et aussi ……… Madame
Fruteau.
Ton frère respectueux
Bontoux
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21 janvier 1875
Mon cher papa,
Ne recevant depuis quelques jours des lettres que de
mes sœurs chéries, je demande avec impatience une
lettre de mon cher père.
Voilà mes notes : A, A, A, A, et mes places 14e en
diligence et 17e en discours français.
Jai tout arrangé pour les billets, et Dieu aidant nos
10 billets noirs donneront peut-être un beau lot; on
ne sait jamais.
Jai reçu une lettre dÉmile qui se porte toujours
très-bien; je crois quil est plus avancé de son
écriture pour moi, mes chers Niortais.
Mon cher papa, je pense depuis bien longtemps au
triste anniversaire qui menleva une mère chérie
mais, hélas, hélas pour comme de son enfant. Je
conçois parfaitement toute la douleur que tu as
déprouver de cette perte irréparable; mais ce
que jadmire et je vénère surtout, cest ta résignation;
cest ton attachement et tes soins pour les
enfants quElle tavait laissés.
Ce nest pas à moi certainement à te parler de
consolations; mais laisse-moi cependant te dire que
si ton malheur a été grand sur la terre, ton bonheur
nen sera que plus immense dans le ciel, auprès au
divin crucifié et de la sainte mère de douleur.
Tes enfants tâcheront toujours, je lespère, par
leur conduite et leur reconnaissance toute empreinte de
piété filiale, de te consoler et daffaiblir en ton cœur
cette grande douleur.
En pensant, sil te plaît, mon cher papa, dire à
ma chère Henriette que je nai pas vu une photographie
de charme, et que je garde mon trésor avec
avidité. En outre, cest bien moi qui ai emporté la
petite album en mettant dans un petit meuble de
leur chambre, celui qui est près de la fenêtre, les
sujets religieux qui se trouvaient en tout dedans.
En récompense de cette intelligente explication, jaurai
bientôt, je pense, une longue lettre de ma sœur aimée.
Bien des choses à M. et Madame Fruteau.
Adieu, mon cher papa; je tembrasse de tout mon
cœur, embrasse pour moi mes chères sœurs.
Ton fils respectueux
Bontoux
P.S. Tu voudras bien remettre ma petite missive
à ma chère Marie en lembrassant; et tu auras la bonté dadresser mes respects à lillustre
signor Coco.

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transcriptions/1875-11-09.md Executable file
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E.J.S.
9 Novembre 1875
Ma chère petite sœur Marie,
Ma chère petite sœur, je viens aujourdhui adresser à toi seul mes caresses et mes plus tendres
baisers. Je suis comme tu le sais bien, un grand bavard, et je veux aussi babiller avec toi. Je
vais te raconter un jour entier de collège; je choisis par exemple cette journée de Mardi 9e
jour de Novembre 1875.
En premier lieu, voilà quà 5 heures du matin, au milieu dun rêve délicieux rempli dExercitium,
etc., une inévitable cloche se fait entendre, ainsi que la Bénédicamus Domino du P. Raffrenat.
Vite, vite, je saute à bas de mon lit, à moitié endormi, en criant Deo gratias, et en me signant du signe de la croix.
On entre alors dans notre immense dortoir de létude, temps épouvantable, un véritable ouragan se
déchaîne sur nous ! On en voit un qui court après sa casquette, un autre après son gant, dautres enfin
après leurs correspondances. Ribault, de Violette, Honoré, de la Perraudère et moi, nous nous prenons par
la main, et laissant voler au gré du vent nos grands manteaux, nous nous mettons à courir le plus vite
possible du côté du vent; le vent sengouffre dans les profondeurs du manteau, et nous faisons ainsi le tour
de la cour avec une vitesse inouïe. Je cause un moment avec Libault. Tout à coup je vois Carrieux qui me présente
malheureusement un dos superbe, et jy applique ma balle de toute ma force, il me la renvoie avec ardeur dans le
groupe gauche. Mais la cloche sonne, et nous rentrons à létude. Je cause quelques peu à de Vassivière, puis nous
rions comme des fous.
Puis je me jette à corps perdu dans létude de la langue anglaise, en traduisant une très difficile version
dEichoff, intitulée : Le Chêne et la Glycine; nom très poétique, mais version très ennuyeuse. On dit bientôt
lAngelus, et je me rends au réfectoire, quand soudain je suis accosté par mon maître de musique, qui me propose
de prendre une leçon à la place dun élève qui est absent; je le suis, il répète la promenade et la valse.
Bientôt je suis dans les délices de la somnambule, puis de Don Juan, de la Juive, dAuber. Mais le cadran marque
midi et demi, je signe et je vais déjeuner.
Déjeuner passable; Du Boullay un des convives de seconde table se passe du premier plat.
Puis lon passe en récréation, le jeu est très animé; Libault reçoit des vertes parce quil a manqué, avec une
rapiette, deux balles coup sur coup, un le trot continue en ardeur.
La cloche sonne, puisque cest mardi, on va en promenade, nous choisissons le chemin Ray; nous marchons ainsi, Violette
à droite, Libault au milieu, moi à gauche.
---
Durant ce bruit intercopiétion de soleil, dombreux, deau, de cascades, etc., etc.
Holà ! Holà ! lon est passé comme des flèches et au retour, à côté de moi un curieux étonnamment comme il est multiplié
toute la totalité du Père Castet. Vite, le second coup se donne et jadmire Juliet, notre écolard, tel quon a admiré un
second sur la porte. Je voudrais dire le gymnase. Deuxième hypothèse dont la hâte et chaque insolite se contredisent.
Il ne saurait pour me donner de lui tout entier, mais quand il aperçoit, il court rapidement daller au matin. Pour lui apprendre
à être ainsi loyal, je lui envoie dans les côtes un coup de poing, qui lui fait découvrir sous sa redingote un os que je
noserais, qui est au dos et lécolier est un peu fou rire.
On arrive à létude avant la prière, jai eu le temps de faire toutes les fatigues de ma version de Vassivière, qui pour son
bon amusement, sexerce plus que de nouveau à mot dallemand. Tous les écoliers arrivent, la prière commence, tout est calme.
Après la prière lecture spirituelle. Singulier, létude commence. Je regarde dans la préface de la Vassivière qui dune belle chemise
commence lui, retirant un mot et répété. Je le lui demande, et quelques minutes après, je le lui renvoie avec cette explication
si magnifique. Je me mets à Orgele. Après avoir fini un chapitre, mon profit dune moitié sur lautre en explication. Je trouve ce fidèle
puis me sourit loreiller, je le remercie dun geste plein de reconnaissance.
Puis je me plonge dans létat monotone du Branché et du Gothlandtage. Ô Dieu, Dieu, Dieu, le froid et létat demi vide au pupitre, bois
débattus, ou le lit touche aussi bas, mais puisque mon chapelet est fini, que sais-je donc manger, dont javais un morceau de pain et
de lard environ, ainsi que je soupire. Puis, je me précipite, je le partage encore dans toute la longueur, joffre mon ardeur, à mes
amis tous. Puis nous entrons dans un cercle tour à tour parlant poétique et bientôt à la main au livre de faire dans lequel nous avons
à débattre, et cela. Il me fallait de ma logistique. Lundi, je juge.
Les vers de David sont beaux, il y a du souffle poétique. Mais la cloche sonne, nous voilà en cours, il pleut, je me sauve sous les hangars;
jaccoste alors Genest, qui me confie son admiration sur Bonnet; mais voici quaprès avoir échangé quelques mots avec mon cher petit ami
Hébrard dAlo, je me dirige à grands pas vers Libault, qui me parle dune belle et chère Alice. Conversation sèche, presque très intéressante.
Lheure sonne. Nous nous dirigeons vers la chapelle. Cest le P. Girondeville qui dit la messe, chants religieux. Je récite un chapelet selon ma
respectable habitude, pour tous ceux qui me sont chers.
La classe a sonné: jy vais avec plaisir. Le Père Ganeclin professeur de Mathématiques me fait une question, à laquelle je ne puis rien répondre,
vu que je ne vois rien au tableau. Il veut bien se satisfaire de cette raison.
Le Père Perrin professeur ordinaire arrive, tout se passe très-bien; la cloche sonne, vite à létude on porte ses livres, et de là en association.
Il fait une version dEichoff, intitulée : Le Chêne et la Glycine, nom très poétique, mais version très ennuyeuse. — On dit bientôt lAngelus, et je
me rends au réfectoire. Quand soudain je suis accosté par mon maître de musique qui me propose de prendre une leçon à la place dun élève qui est
absent, je le suis, il répète la promenade et la valse.
Bientôt je suis dans les délices de la somnambule, puis de Don Juan, de la Juive, dAuber. Mais le cadran marque midi et demi, je signe et je vais
déjeuner.
---
Bientôt cependant le temps se couvre, épouvantable nous monte de la tête au pied, nous sommes en désordre.
Nos figures expriment lennui, la fureur. À quatre heures et demie, nous rentrons au collège, mouillés, nen pouvant plus: nous dévorons notre
pain et nous allons changer de souliers.
Nous rentrons à létude; quelques minutes après mon voisin de dos souffle à fourgés pleurs. Son sommeil est pénible!
Nous avons à faire un horrible thème grec, infligé aux élèves indolents. Cependant je travaille bien car je pense à mon cher papa et mes sœurs, à mon
frère bien-aimé, et puis à ma chère Ernestine.
Quand tu la verras, ma petite chérie, embrasse bien pour moi Jules, et fais-lui quelques petites commissions dont je tavais chargée pour elle en particulier.
Noublie pas limage et la petite lettre pour loiseau absent qui manquerait à vos réunions, il faut que tu me les envoies tous deux un jour de lan prochain.
Bien des choses à Madame Alexandrie, à Clémentine, et à Alice, ainsi quaux autres Saint-Marc et Agaceaud.
---
Enfin, ma chère petite Marie, je finis cette longue épître, en espérant bien en recevoir une semblable bientôt. Jajouterai seulement quici le temps est
épouvantable, le vent malgré les volets casse les carreaux au dortoir, ce qui force les surveillants à accourir en bonnet de coton. Pères Raffrenat,
Henricane, Castet.
Détail charmant: Papa doit quelque peu de quantité de pommes qui se trouvaient dans la campagne, et bien! leau, la grêle, le vent, les arbres secoués par
le vent ont fait tomber toutes les pommes, les ont entamées, si bien que les rues du Mans sont pleines de pommes, bonnes affaires pour les pauvres.
Je finis cette longue lettre en tembrassant avec tout lamour que jaime: Papa, Henriette, Émile, Ernestine.
Ton frère affectueux et dévoué
Jules Bontoux

75
transcriptions/1875-12-16.md Executable file
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E.J.S.
16 décembre 1875
Ma chère Marie,
Je vais dabord tannoncer une excellente nouvelle,
qui jen suis sûr, remplira vos cœurs à tous dune
vive joie. Dimanche dernier, 12 décembre 1875, jai
eu le bonheur de faire ma consécration denfant de Marie.
Sur plusieurs approximants une 12 environ, seul jai été
jugé digne de cet honneur. Je me suis préparé à ce
grand acte avec tout le recueillement possible. Maintenant
donc, ô ma sœur chérie, je suis véritable enfant
de Marie; je suis congrégationniste. Et cest une grâce non
seulement pour moi, mais encore pour vous tous, et je
vous conseillerai de remercier la sainte Vierge, de la protection
quelle ma accordée dans lélection. Quand je
vous reverrai, je vous montrerai une petite carte violette
où, de ma propre main, jai écrit mes serments. Elle
est bien précieusement cachée sous ce poste, mille
à tant de poches, que tu connais bien, chère curieuse,
à côté de celle dErnest qui lui avait envoyée pour ses vœux. Différente de la mienne,
au verso elle représente la Vierge Immaculée et
autour dElle, le bras patron de la jeunesse chrétienne. Au bas de cette gravure, il y a un
petit morceau du jilet de flanelle, que le R.P.
Chamin portait lors de son exécution. En haut de
la même gravure, il y a un singulier, quune amie
bien aimée ma donné, et qui conserve encore toute sa
couleur. Je suis sûr que cest cette main, fidèle chérie,
à cette foi.
Cest donc à vous ma petite remarque: japporte
mes notes et mes places habituelles: A, A, A, A. Je
nai pas trop mal. 20 en discours français avec une
bataille dhistoire, a failli prendre tous les bancs de
la salle. 8 en diligence, toujours aux 7 élèves.
Notre académie sest toujours dite grande réunion
seulement, académicienne de convenance, comme sans
autre distribution, nous sommes forcés de garder
le secret le plus profond sous obligation dextérioriser
jusquau mois de janvier, pour savoir de quoi il
sagit. Cest un petit acte de vertu.
Jespère que tu sauras faire les jours des premiers
de lan, aux petites pour accorder une exhortation; il
faible en ce quil ny avait encore chez lun et chez
lautre. Je te conseille cependant un autre acte
de foi plus pieux, et de venir avec Henriette
de lettres de longue soque. Vanité des Vanités,
tout est Vanité. Je ne sais ce qui me retient de
faire écrire. Je ne serais pas mal avec une grande
boule de neige, facile à me consumer. Ce charmant
avenir me rappelle encore avec ardeur, quand
javais une petite cabane, un petit anneau court
avec Saint Antoine. Aussi, lamour pour toi
cest ce que je voudrais: en famille, autour de
la flamme, réunis à donner sa santé de Religion.
---
Rappelle-moi, ma chère sœur, au souvenir de nos chers
amis, et surtout dune petite lutine que tu verras dans
quinze jours.
Embrasse de tout ton cœur pour moi, mon père
chéri, que je remercie beaucoup de ses timbres, et ma
gizette. (Je parie quelle chantonne encore.)
Répondez lun ou lautre longuement.
Je te couvre de baisers, ma sœur bien-aimée et chérie.
Ton frère tendre et dévoué
Jules Bontoux

75
transcriptions/1876-02-11.md Executable file
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E.J.S.
11 février 1876
Ma chère Marie,
Je reçois ta lettre à linstant et elle me comble de
surprise: je vous ai écrit vendredi dernier une
lettre longue et intéressante qui nétait adressée à
toi, ma chère Marie.
Je répondrais dabord à lobjection sur Marie, et
je réunirai ce que javais écrit en un seul mot: fusis
que tu laimes, moi aussi je laime. Puis je vous
disais que javais fait ce que Papa mavait dit pour
les timbres. Puis je vous parlais des vœux des P.P.
Hassour et des Mayas. Puis je vous racontais une
grande séance dont je vous enverrai le programme, puis
après avoir donné mes notes et mes places, je finissais
en demandant des nouvelles dErnestine, puisque
tu me disais la dernière voir le dimanche suivant.
Par conséquent: vita mea omni culpa vacat. Tu
démontreras à Papa ce que cela veut dire.
---
Je commence donc par te donner mes places et mes notes:
12 A, A, A, A: 15e thème grec, 6e diligence...
22 A, A, A, A: 13e version latine, 7e diligence.
Maintenant je présente une médaille qui fut patronne
une petite félicité à légal de ma famille. Elle nest
pas assez charitable. Jenvoie à Papa ce timbre: dans
une dernière lettre je vous faisais un petit souvenir au
souvenir, je regrettais que vous nayez pas reçu.
Je la remercierai dun autre côté, et me demanderai
ce détail de foi, qui mintéresse beaucoup.
Jai reçu aussi hier une lettre dEmile qui va
très-bien et hier une lettre de Pierre qui va aussi
très-bien. Bien des choses de ma part à ma sœur et
à ma mère.
Tu diras à ma chère Henriette quelle devrait mécrire,
et jaurai bientôt une missive que je lui aurai
adressée ainsi que celle à ma sœur pour moi.
Il fait un froid épouvantable, la neige tombe par
grands tourbillons. Je suis obligé de mettre deux
paires de bas: je grelotte. Jamais je nai eu chose
pareille.
---
Je vous avais aussi parlé de la loterie, dont les lots
sont jolis et nombreux, mais dont les billets sont
2,50 comme tu lentendras. Lésion en presque un
voyage, ainsi respectant dauguste.
Donnez mes meilleures amitiés à vos amies Honneur,
son Saint-Marc, et Billouard, et des caresses pour
Ernestine.
Je vous embrasse tous très-tendrement.
Joubliais: dans ma dernière lettre aussi, je
vous annonçais une grande joie: jaurais, cest-à-dire
que mon premier premier ma envoyé encore donner
une belle médaille dor, qui ferait-il est divine
aussi. Jai remercié, comme vous pouvez le penser.
Je vous embrasse encore une fois.
Ton frère
Jules Bontoux

33
transcriptions/1876-07-15.md Executable file
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E.J.S.
15 Juillet 1876
Marie
A toi, mon enfant, à toi cette dernière
page, pour te prouver, je crois que cest
inutile, que je ne toublie pas dans
ce jour de fête.
Tu as toujours été beaucoup aimée de moi,
parce que tu te rapproches le plus de
moi par le cœur.
Tu es douce, ma sœur, et te dire mes
plus profonds secrets ne me coûtera jamais.
Dans ma lettre à notre père, jai oublié
de lui demander décrire au secrétaire
que je désire passer au commencement
et non au milieu du mois
daoût, à cause des vacances.
Beau début à Ste Croix, un
philosophe seconde année vient
dêtre reçu à ses sciences comme
il lavait été à ses lettres: il est
heureux celui-là.
Au revoir, ma chère Marie, je
tembrasse de tout mon cœur.
Ton Jules

82
transcriptions/1876-12-13.md Executable file
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E.J.S.
Le Mans, le 13 décembre 1876
Ma chère Marie,
Cest à toi ma chérie, quest adressée la
missive du Benjamin; et certes tu la mérites
bien, car je tiens à te remercier de ce que
tu mécris souvent. Ton âge te rapproche le
plus de ton frère: merci, ma charmante sœur,
de ce que tu ne trouves pas trop long de
tracer quelques lignes pour labsent, qui trouve
tout en jouir lesprit, bien que, hélas, pour
le cœur. Cest une erreur de croire que
le travail étouffe laffection: au contraire,
de concert avec labsence, il en fait sauter
toutes les chaînes et en augmente les
regrets. Heureusement, je men souviens,
et je nai pas pour ainsi dire une volonté;
sans cela, la vie serait un fardeau.
Jespère que notre bien-aimé père ne
souffre plus du tout de son vilain rhume.
Jai la confiance que vous allez toujours bien,
pour moi, honnêtement je crois me trouver
mieux, comme dit papa; je suis mon
petit bonheur de demain.
Le temps ici aussi, sest rafraîchi
considérablement, et ce qui est pis, depuis
dimanche, plane sur la ville un brouillard
presque fort épais. Jeudi il régna dans
la division un bruit et principalement une
rumeur générale: cest ainsi intéressant à un
drame; quant il commence, il y aura
pour un quart dheure, cest à retirer
les chaises et les éclats de spectateurs en
passèrent complète…
Jai été fort peiné du malheur qui
a frappé la famille Marrecini: car jai été
en fort grande estime, et le malheur
qui frappe nos amis me frappe par la
même; noublie pas de présenter à
M. et Madame mes regrets et mes
sentiments daffection les plus sincères…
Il y a assez longtemps que je nai
reçu des nouvelles de la tante de Saintes.
Jusquici je ne sais pas si je lai à peu
près résignée avec la confiance des belles jeunes âmes.
Jattends une lettre dErnestine demain
ou après-demain: cest un bon mois…
---
Lequel jaime beaucoup et mintéresse; je
suis plus sérieux que lui, jai surtout
plus dexpérience. Je me fais donc un
devoir de lui donner des conseils sur la
conduite à suivre soit au collège, soit dans
le monde: il les a toujours pris comme
doit le faire un ami, cest-à-dire, avec gratitude
et bonne humeur.
Jembrasse de tout mon cœur mon
père chéri et ma gentille et aimée Henriette.
Bien des choses de ma part à Ernestine: dis-
lui de prier pour moi, comme je le fais pour
elle. Dieu bénit les cœurs qui saiment dans
son cœur divin.
Reçois, ma chère sœur, mes baisers et
mes caresses.
Ton frère affectueux
Jules Bontoux
N.B. Merci beaucoup des timbres voilà mes places et mes notes:
10e mathématiques, 14e diligence
A, A, A, A

37
transcriptions/1877-06-01.md Executable file
View File

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+
E.J.S.
Le Mans, le 1 juin 1877
Mes chères petites sœurs,
Jai un peu tardé à vous écrire, parce que jattendais le pèlerinage.
Il a eu lieu hier avec toute la pompe, tout le recueillement, que vous
pouvez imaginer. La ville de Laval navait pas, comme la nôtre de
Niort envers les Jésuites de Poitiers, refusé de nous recevoir, et le bien qui
produisit notre passage la récompensé de sa foi. Le temps a été mauvais dabord, beau ensuite; aujourdhui pour un premier jour de juin, la
pluie nous envoie son adieu. Lété narrive pas vite, puisse-t-il en
prendre bientôt une fois quil sera venu.
Je vous remercie des détails dont vos lettres sont toujours remplies:
elles mettent un peu de soleil dans cette vie décolier que je
mène ici. Pourtant je ne dois pas trop me plaindre, car Dieu ma
envoyé une consolation depuis le commencement de lannée, consolation
que vous devinez bien, puisque vous connaissez mon cœur. Dailleurs cette
année va bientôt finir.
Voici mes notes et mes places: A, A, A, A 10e en diligence.
Noubliez pas de demander à notre père chéri de vouloir bien me faire
connaître lépoque de louverture des sessions de lacadémie de
Poitiers, car je désire passer le plus tôt possible, en que des certains
professeurs me conseillent, en philosophie, on doit être fort un
mois avant lexamen.
Donnez-moi quelques détails sur la première communion dAlice
dans votre prochaine lettre; vous avez dû voir ce petit ange du bon Dieu.
Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que notre père chéri, pour
qui je voudrais bien vous aussi lécolier vacancier et aimant.
Votre
Jules Bontoux

37
transcriptions/1877-11-26.md Executable file
View File

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Poitiers, le 26 novembre 1877
Ma chère Marie,
Tu ne saurais comprendre quel bien, quelle consolation
a été pour moi ta petite lettre, si affectueuse et
si douce… Dailleurs, je te lavoue, jen avais
besoin: non pas que pour moi-même je souffrais
très-affecté, mais jétais comme stupéfait de lexistence
faite de sacrifices et de privations, de travaux nombreux
qui pouvaient parfois sattacher à tel individu. Quoique
je fisse de grands efforts pour quil nen parût
rien au dehors, néanmoins au dedans je sentais un
profond abattement, qui nétait pas loin du découragement.
Et puis je pensais à lennui que jallais
vous causer bien involontairement, et javais peur
que cet échec ne vous impressionnât outre mesure. Mais
dans cette circonstance, comme dans beaucoup dautres,
jai constaté quel bonheur cest pour un jeune homme
davoir pour la conduire et le consoler des parents
bons et chrétiens…
Maintenant, je suis un peu remis dans mon assiette
ordinaire: bien que je sois fatigué physiquement et
moralement, cet échec ma donné un sérieux stimulant;
mais enfin Dieu la voulu, et lon ma assuré de
tous côtés quil la voulu pour mon bien.
Est-ce que je verrai mes chers voyageurs à leur
retour? Ne me lavaient-ils pas espéré? Si oui, ne pourraient-ils
sarranger de façon à passer à Poitiers
un mardi ou un jeudi, de façon à me faire sortir.
Cest Mr. Clément qui a corrigé mes copies; je me
comprends donc à tout ce qui sest passé; je croyais mes
versions sans fautes et ma dissertation complète… Enfin!

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transcriptions/1879-03-21.md Executable file
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Poitiers, le 21 mars 1879
Ma chère Marie,
Comme tu me le demandes dans ta lettre du 18, je viens
taccuser réception du mandat de 42 fr. 75 quelle contenait.
Quant à lautre qui sest perdu, je voudrais bien savoir
si on pourra le retrouver. Louis a eu lair de me dire, à la
gare, que ce ne serait pas difficile…
Quand ma lettre tarrivera, chère petite sœur, notre père
sera revenu de Limoges; je trouve quil y descend bien souvent.
Quil prenne garde à la fatigue journalière, qui vient lorsquon ne
sy attend pas. Mr de Champouger, qui est jeune encore, pourrait
bien ne me semble prendre un peu plus de mouvements. Il ne
faut jamais excéder ses forces.
La foire est ouverte depuis huit jours; il y a beaucoup de monde
mais les divertissements sont peu nombreux. Il y a même
pas un malheureux cirque, et cest la plus grande foire de Poitiers.
On en est réduit à manger des beignets. Tu pourras
dire à Perrin que, sil est sage, je lui en mettrai un petit en
réserve pour mon cadeau de Pâques…
Jespère que la jeune fille a Versailles du jeu quand elle
a reçu sa maman, et quelle a bien embrassé son papa, sans
avoir peur de sa barbe. Quand jarriverai, lui fera-t-on déjà des
tresses?
Bien des choses aux amies. Le temps est assez beau.
Je vous embrasse tous affectueusement
Jules Bontoux

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transcriptions/1879-05-25.md Executable file
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Poitiers, le 25 mai 1879
Ma bien chère Marie,
Je croyais que tu avais une grosse rancune contre ton
pauvre Jules, et que cétait pour cela que ta chère
écriture ne me parvenait pas; enfin jai su que
ma petite sœur maimait encore, et avait de garder
pour faire une récréation habituelle, je veux que
vous ayez le dernier écho de ma voix… Tu diras à
mon cher parrain, que mon cœur ne loubliera pas quand
il sélèvera vers Dieu dans ce temps béni. Je demanderai
au grand Donateur la santé pour ses affaires, et le repos pour
son âme, et jespère fini de navoir de lui appris dans les
contrées lointaines. Je voudrais vous voir tous heureux et
réunis, dans notre humble ville de Niort. Comme notre
père chéri, ce saint imitateur des Patriarches serait heureux
de voir à côté de lui pour veiller sur les enfants de son
vieillesse la plus de son foyer, et dans cela quils lui arrivent
besoin de ses soins et de sa tendre affection. Ma chère petite
Marie, elle garde au cœur, à ma réputation une union
fidèle et vous croyant très-content. Le bonheur au foyer
est bien plus beau, plus précieux, quand il est partagé, quand
on sort de son centre de union, on a un fort besoin pour
sy amuser dattrait. Jai soif despérance, jai dautres pensées,
dautres idées et surtout, cest la loi et cette loi est belle et
consolante. Voilà pourquoi je vous aime tous, et tu supportes
si peu de mon bonheur avenir. Mon sort, si javais bien
espéré, si Dieu maccordait une épouse, une femme à aimer,
mais sil me la refusait, et la donnait à un autre, quil soit
alors heureux sans demi et que son contentement sétende
bien plus sur une chère sœur, car elle me sera encore, et je
sais bien que telle est une confiance généreuse. Je lui
dirais lautre jour à une réunion de P. Girondeville et
lui me souhaitait de lui et de la reposer. Cest là la
mystère, prie…
Soignez bien votre bon oncle, cest lui la vie aussi, avec
et la santé physique; on en dira la tranquillité de
vos cœurs. Pour moi, qui ai prié particulièrement de
vos bontés, jespère quun jour jaurai bien présenté un
homme digne destime et de respect, et lui dirai dans
la sincérité de mon cœur: “Si je dois toi, ny as-tu pas
contribué?”
Je me rappelle de la récréation que le 1er juin; je
serais heureux de pouvoir passer à Poitiers le soir de
ce jour et non avant; en tout les cas pour recevoir une
bien rude et vive réponse, si cela peut sarranger ainsi.
Je vous embrasse de tout mon cœur, Priez Dieu
quil me fasse bien connaître mes désirs. Quil me
donne la force et la sagesse afin de les suivre.
Cest à vous
Jules Bontoux

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transcriptions/1882-02-20.md Executable file
View File

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Brest, le 20 février 1882,
Ma bien chère Marie,
Pendant que notre cher papa est parti pour Paris, où il va tenter une entreprise qui réussira, j'en suis convaincu, je suis heureux de trouver un moment de loisir pour venir causer quelque peu avec toi.
Depuis bientôt 4 mois que je suis dans cette bonne vieille cité bretonne, le temps a passé avec une rapidité effrayante. Je ne sais si c'est un indice de la vieillesse, mais je trouve que plus on avance en âge et plus le temps file, sans qu'on y pense. Je crois qu'actuellement le travail assidu et la régularité de la vie sont les causes du peu de durée qu'ont les journées pour moi. Le cours, le déjeuner, le bureau, le travail dans la chambre, le dîner, la soirée, tout cela va mécaniquement, si je pourrais le dire, comme au collège. Et ma foi, j'aime beaucoup cette vie, vie du marin par excellence, vie commune, vie rapide où l'on s'amuse d'autant plus que l'on travaille beaucoup.
C'est la plus belle vie à souhaiter à un jeune homme ; si à cela se joignait une certaine fortune, je pourrais me dire très heureux. Entrant dans une carrière où l'avancement est rapide et brillant, où l'on commande, où l'on peut faire beaucoup de bien, au milieu de camarades distingués, intelligents et d'honor[[?]] coeur, je vois la [[?route]] autour de moi, et si je marche gaiement à l'assaut des honneurs et de la fortune (cette dernière sera un peu dure à décrocher) peut-être, mais enfin j'espère y arriver. Si avec cela, vers 29 ou 30 ans je suis placé dans un pays quelconque, la Reine de mon coeur, une bonne petite femme gentille, douce et affectueuse ; si je vois tous ceux que j'aime heureux, alors je [[?accueillerai]] Dieu auquel je dois tout, et je tâcherai d'écarter les mauvais jours.
Voilà pourquoi il faut que notre père réussisse dans son entreprise qui peut nous donner cette fortune que les événements nous ont jusqu'à ce jour tant refusée. Aussi je compte beaucoup sur le succès, et j'y crois de tout mon coeur. Le moment me paraîtra [[?]]
bien choisi pour tenter une entreprise financière. Les spéculateurs terrassés par ce [[?krach]] épouvantable, devront solder les pertes et tout vendre qui leur procure une avance sur un solde de richesse. On tir[[?]] sur le bien les em[[?]] et les convaincre, et Dieu ne leur refusera pas les moyens à notre cher père.
J'espère que tu nous passes joyeusement ces jours gras au milieu de la petite famille de notre cher instituteur. Ses filles doivent être bien gentilles et p[[?]] et bien élevées j'espère. Vous mangez beaucoup de crêpes à ma santé, et vous priez pour que je passe la carrière le plus sagement possible.
Au revoir, ma chère Marie, je t'embrasse de tout mon coeur, embrasse pour moi toute la famille et présente mes respects à tous nos amis.
Bien des choses de la part des dames Saint-Marc que je viens de voir et qui vont bien.
Ton frère dévoué et affectueux
Jules Berton
Mon cher Papa chéri, Je t'envoie cette lettre de Jules ; elle te fera passer un petit moment heureux. Je te remercie beaucoup de la dernière et j'y répondrai à loisir samedi. Là je te dirai longuement ce qu'elle m'a suggéré de pensées. Aujourd'hui ce n'est qu'un sourire que je t'envoie dans celle d'Henriette.
Je suis contente de ton voyage de tes malles, j'ai pourtant oublié d'y mettre ta petite statuette de Lourdes. Je l'avais mise après ton départ et ai regrette mon oubli. Porte-toi bien cher Papa et surtout ne te fatigue pas et soigne-toi comme tu le voudrais le ferait, s'il lui était donné d'être près de toi.
J'ai retrouvée dans ta corbeille de cartes de visites la lettre adressée à Damasone !
Je t'aime et t'embrasse de coeur.
Marie Berton

33
transcriptions/1882-12-14.md Executable file
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# Lettre du 14 décembre 1882
Lorient, ce 14 Décembre 1882
Ma bien chère Marie,
Tu as bien tardé en effet à répondre à ma lettre, et cependant vous navez pas grandchose à faire, Mesdames, et ce nest pas bien long décrire trois pages décriture. Mais, une certaine petite paresse vous conseille de rester bien doucement dans votre fauteuil près du feu, et le pauvre bonhomme de frère se passe de correspondance. Enfin, pour cette fois encore je ne vous mettrai pas au pain sec, mais gare la prochaine…
Je suis heureux de savoir papa au milieu de vous, et jouissant dun repos relatif. Rien négale son chez soi, surtout quand on na pas les goûts portés vers le changement et le mouvement. Pour moi, au contraire, il me faut changer souvent de résidence et de genre de vie, pour être content, ou du moins aussi relativement quon le peut.
Je namuse toujours autant, seulement comme vous trouvez en Orient la danse est interdite dans les salons, et lon se contente de jouer aux petits jeux, et surtout de causer avec ces demoiselles. Hier donc cétait soirée chez M. le Commissaire de Marine, notre bon professeur ; il y avait un charmant essaim de jeunesse, 15 élèves commissaires environ, 12 jeunes filles charmantes, à une sardine que je ne connaissais pas encore : cette Adrien, fille dun juge au Gabon. Une vraie beauté. Cétait plaisir de voir tous ces cœurs de 20 ans rayonnant de tendresse, éclats de rire argentins. Je crois que Janvier et Février seront bien gais ainsi.
Vous avez dû comme nous avoir des froids rigoureux à Paris, comme à Brest (il gèle vite et souvent, et sérieusement). Je crois bien que je demanderai Toulon comme port dattache. Cest plus grand, cest plus animé, et mieux entouré comme grands centres : Marseille, Nice, Monaco, etc. De plus, les embarquements sont très nombreux et souvent très beaux. La vie y est joyeuse, et pas plus chère quailleurs. Bref je crois que malgré lantipathie que je partage avec beaucoup pour les Marseillais, on aime de Midi ! Marseille ! Toulon ! Jécrirai vers ce pays à la fin de lannée. Cest dailleurs un fort bon demande, car dans 3 ans nous serons au moins off de 1ère classe.
Je nai pas changé de domicile, et je croyais vous avoir renseignés à ce sujet. Je nai pas la fortune de loger commun avec Courtet, mais nous habitons la même maison. Jai reçu de Courtet une 1ère mise au point ? Nous sommes assez bien.
Il est fort probable que jaille à Blanck à Lorient. Chaque année il y a ainsi un petit tribut payé à cette jeune fille colonie quon nomme la Mort… Jai écrit sérieusement à notre Olivier, et je lespère aujourdhui. Jespère que son séjour à Nancy lui donne toujours que de la joie, sans quil se souvienne trop de ceux quil a quittés.
Est-ce que votre père se porte bien, et vous mademoiselle, avez-vous toujours de belles joues ? Vous allez, me dites-vous, vous promener dans cette bonne ville de Châteauroux. Amusez-vous bien avec vos cousins, et ne ménagez pas la voisine du cousin, si cette aimable grimbarde nest pas réduite à létat de bois à brûler ou dépicerie à poudres.
Jai reçu il y a déjà quelque temps, une lettre de mon oncle, qui mannonçait également la baisse de ses forces, et la venue de quelques toiles au mois davril. Je ne puis pas savoir qui elles ne sont pas encore dautres…
Au 1er janvier, ce sont des frais de voyage que je ne juge pas nécessaires faire. À propos du 1er janvier serais-tu assez bonne pour me dresser la liste de tous les individus parents, amis, etc. auxquels je dois écrire ou envoyer des cartes, liste relative aux adresses. Fais-la bien étendue. Il nest jamais mauvais de rappeler quon existe.
Jai envoyé le journal du Père à loncle Francis, aussitôt que je lai eu en ma possession. Inutile de vous dire que je nai pas reçu de réponse.
Je plains sincèrement Louis Goutteteron, mais jai peur que son mal ne soit une vengeance de Dieu, qui sy est souvent lassé par le manque de foi.
Au revoir ma sœur chérie, embrasse bien tout notre monde, et bonjour aux amis.
Ton frère affectueux,
**Jules Bazile**

21
transcriptions/1883-02-10.md Executable file
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# Lettre du 10 février 1883
Lorient, ce 10 février 1883
Ma chère Marie,
Vois comme le temps passe vite, je voulais te répondre rapidement et nous voici déjà le 10 février. Cest quaussi ces jours gras ont été tellement remplis que la paresse, mauvaise conseillère en fait de correspondance, ma fait oublier ma résolution.
Nous sommes dans la pluie jusquaux chevilles, mais il ny a pas de froid, sil ny a point de soleil. Il vente très-fort, et chaque jour un accident est signalé ; encore aujourdhui une barque de pêche a chaviré à 200 mètres de lestacade du port de Commerce, et sur 11 hommes 9 seulement ont été sauvés. Il y a 8 jours, un grand schooner a brûlé au rade, deux jours avant un brick-goélette séchouait. Demain, qui sait, il continue il sera médecin à 30 ans. Quant aux dames St Marc, elles vont bientôt parcourir la France dans tous les sens ; cest une économie dont je ne saisis pas très-bien la manière.
Est-ce que votre frère a trouvé ou espère trouver une situation ? Jai peur quil ne soit désoeuvré, et vraiment il y a de quoi. Si seulement ce gouvernement de malheur pouvait finir vite, les affaires deviendraient meilleures. Mais à présent tout est à la dérive ; on allons-nous !
Embrasse bien pour moi toute la famille Bourdon, dis à Henriette que je lui écrirai bientôt, et félicite Louis de la stabilité de M. Cochery. Notre ministre à nous est introuvable ; mais il se trouvera bien sur un affaire.
Au revoir, chère petite sœur, je tembrasse de tout mon cœur.
Mille baisers à tout le monde chéri que je verrai bientôt. Parle un peu de moi à Justin.
Ton frère dévoué,
**Jules Bazile**

18
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# Lettre du 9 octobre 1883
_Lorient, le 9 octobre 1883_
Ma chère Marie,
Cest avec grande joie que jai reçu tes lettres et aussi cette chère petite médaille qui a été retournée ses sœurs dans mon port-monnaie. Comme vous, mes bons amis, jai confiance en ces saintes images, car jai toujours vénéré la Vierge Immaculée, dont je suis le compagnoniste bien indigne hélas ! mais enfin bien croyant. Chère petite Marie, tu ne sais pas comme mon cœur est parfois navré de labandon où il laisse son Dieu, son créateur et son ami ; certes, je vais tous les dimanches à la messe, je suis de la Conférence de St Vincent de Paul, mais comme je fais peu pour le bon Sauveur qui ma pourtant tout donné ! Il y a des moments où lon se sent misérable et lâche.
Jusquici la Providence ma bien favorisé : jai passé de bons examens, il men reste encore un ; je le passerai lundi matin à neuf heures : ainsi une petite prière pour moi, nest-ce pas ? Je suis content, le clocher va sonner pour mon dernier travail décolier et jentrerai enfin dans une vie plus calme que je tâcherai de faire tranquille et régulière, puisque à ce que me donne enfant la victime partagée. Avec une conscience tranquille et une philosophie chrétienne, que crains une âme ferme et un esprit rassasié.
Je te remercie des lettres dÉmile ; javoue que le temps me manque pour les envoyer à leur double destination. Jespère néanmoins quavant la fin de la semaine je les ferai parvenir. Quand tu verras mon oncle, dis-lui bien que le travail ne ma jamais interdit toute correspondance, mais quil y a une fin à tout, et quavant deux mois, jaurai le plaisir de lembrasser.
Présente mes affectueux respects à Madame Revel, et à Madame Clarin ; remercie mes cousins de leurs amitiés ; dis à Louis que jai vu à cet effet M. le Maguier, mais que je nai pas eu le temps de faire connaissance. Dailleurs, entre nous, quand on a 32 camarades intelligents, il nest guère possible de se lier avec un monsieur qui a lair dun mari et dont la famille est loin dêtre estimée à Lorient.
Là-dessus, ma chère sœur, je tembrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari. Jespère être à St-Étienne le mercredi 17 octobre.
Ton frère,
_Jules Brelot_

14
transcriptions/1883-11-05.md Executable file
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@@ -0,0 +1,14 @@
# Lettre du 5 novembre 1883
_Lorient, le 5 novembre 1883_
Ma chère Marie,
Merci de la charmante lettre que tu as glissée pour moi dans ta dernière lettre à papa. Tu es toujours bonne et gracieuse et tu mérites certainement le bonheur que tes lettres semblent respirer à chaque ligne.
Dans 15 jours je serai à Lorient, et jespère que vers le 25 je serai à Lyon où je pourrai tembrasser enfin. Jy compte rester quelques jours, pendant lesquels je ferai ma courte visite à mon oncle. Quant à Justin, je remettrai sa partie au commencement de janvier. Actuellement en effet, jai trop peu de temps ; et puis les voyages coûtent fort cher. De plus pour franchir la frontière, il me faut une permission du pacha-ministre et tout cela demande beaucoup de longues formalités.
Je tembrasse de tout mon cœur, ainsi que ton mari. Présente mes amitiés respectueuses à Mme Revel et à Mme Clarin.
Ton affectueux,
_Jules Brelot_

18
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@@ -0,0 +1,18 @@
# Lettre du 12 décembre 1883
_Brest, le 12 décembre 1883_
Ma chère Marie,
Je suis enfin installé dans cette bonne vieille cité brestoise, bien à regret hélas ! Je possède une jolie chambre dans une des rues les plus passantes de Brest, en face de chez Coriou le restaurateur. Mais jy suis à peine 1 heure par jour, car voici lemploi stupide de ma journée : levé à 7h1/2, au bureau à 8h1/4, à déjeuner à 11h, café, à 12h1/2 retour au bureau, sortie à 4h, ouf ! Je rentre chez moi, je me mets en civil, je sors, je me promène jusquau dîner à 6h. Après ce moment que je ne déteste pas, je vais au café ou au théâtre, et je suis au lit à 11h1/2. Bientôt jespère je pourrai écrire chez moi au lieu de au café, mais pour nous cest le lieu de réunion et il est difficile de le délaisser.
Je suis classé le 3ème sur la liste dembarquement, mais jespère partir au mois de février. Ainsi jai une belle campagne pour débuter si on na pas de prévisions bien établies : enfin à la grâce de Dieu.
Par le même courrier, jécris à Henriette et à mon oncle, qui je lai appris, est fort malade en ce moment. Je regrette vivement de ne pouvoir, comme je lavais espéré, le voir à Saint-Étienne, comme je désirais vous voir à Lyon, mais dans la Marine, il faut shabituer à limprévu. Pourquoi avoir eu 10 aides-comptes à Brest, quand on en met 8 seulement à Toulon, sans en envoyer un seul à Lorient ? Le Ministère seul pourrait répondre à cette question ; et encore bien souvent ce vieillard de Ministère obéit à des inspirations dont son esprit ignore le but final.
Votre lettre que javais à grand-peine, et son bon sens fait penser quil sera rendu. Quand vous serez pelotonnés dans votre doux nid, cher papa pourra voir ses enfants réunis auprès de lui. De plus, je pourrai peut-être trouver dans ces pays un sac et des gorges (expression marine) et jaimerais bien augmenter la population lyonnaise où nous avons une grande partie de notre famille. Tout cela est un peu enfant et château en Espagne, mais que servirait de vivre si lon ne pouvait se créer des illusions pour avoir le plaisir de les voir crouler dans la suite.
Au revoir chère petite sœur, je tembrasse de tout mon cœur, ainsi que Camille. Présente mes affectueux respects à Mmes Revel et Clarin. Bien des choses à tous mes cousins.
Ton frère dévoué,
_Jules Brelot_

7
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@@ -0,0 +1,7 @@
# Lettre du 21 décembre 1883
*À bord de l'Armoricque, en vue de Concarneau (Finistère)*
Ma chère Marie,
[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 21 décembre 1883...]

7
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@@ -0,0 +1,7 @@
# Lettre du 28 décembre 1883
*Brest, 29 rue dAiguillon*
Ma chère Marie, mon cher Camille,
[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 28 décembre 1883...]

7
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@@ -0,0 +1,7 @@
# Lettre du 19 janvier 1884
*Brest*
Ma chère Marie,
[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 19 janvier 1884...]

21
transcriptions/1884-02-11.md Executable file
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@@ -0,0 +1,21 @@
# Lettre du 11 février 1884
**Lieu :** Viroit
**Date :** 11 février 1884
Ma chère Marie,
Tu seras sans doute surprise de lire len-tête de ma lettre ; je suis en effet à Viroit depuis le 4 de ce mois, et jespère pouvoir y rester jusquau 18 ; ce sont de petites vacances que je prends avec plaisir, surtout à lapproche dune campagne qui peut être longue et pénible.
Cest avec regret que je suis obligé de partir sans tembrasser, car tout me porte à croire que jembarquerai le mois courant et que je partirai de Brest. Enfin, quand je reviendrai dans une trentaine de mois je trouverai un petit citoyen qui me tendra les bras en mappelant “tonton Jules”.
Jai de grands remerciements à tadresser pour lenvoi de ta photographie ; elle est fort bien réussie et ma fait beaucoup de plaisir. Je vois que lair de Lyon et ta nouvelle vie ne tont pas fatiguée et que tu te prépares vaillamment pour la grande lutte. Bravo !
As-tu de bonnes nouvelles de mon oncle ? Quand tu le verras tu lui diras que je vais bientôt partir pour un voyage denviron 30 mois (probablement). Je serais heureux quil menvoyât ses jumelles marines dont il na que faire.
Jespère que Justin ne va rien craindre fort sérieusement à ta lettre, et quil a été meilleur coucheur quil na lhabitude de se montrer en famille. Comme dici peu je lui enverrai mes adieux, dis-moi donc sil est à Châteauroux et jusquà quand il y restera.
Adieu ma chère Marie je tembrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari. Présente mes amitiés respectueuses à MM. Revel et Claviou. Bien des compliments à mes cousins.
Ton frère affectueux,
**Jules Berloy**

19
transcriptions/1884-02-22.md Executable file
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# Lettre du 22 février 1884
**Lieu :** Brest
**Date :** 22 février 1884
Ma chère Marie,
Je nai pu répondre plus tôt à ta petite lettre, étant jusquà ce jour dans les embarras du retour. En effet, tout en ce monde a une fin, et cette permission devait comme toutes les bonnes choses aboutir à un déchirement. Je ne te dirai pas lennui avec lequel jai quitté cette petite ville de Viroit où je laissais, pour bien longtemps sans doute, des êtres qui me sont chers.
Il est une chose déjà de remarquer que, plus je prends de lâge, plus ces séparations me coûtent, tant il est vrai que la famille a des charmes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Enfin, il faut être philosophe et savoir attendre. Néanmoins, je regrette de ne pouvoir, rentier insouciant, passer ma vie à mon foyer, respirer lair de la campagne en compagnie dune femme chérie ou dun travail soutenu, plutôt convenant parfaitement à mes goûts.
Ce qui ma fait plaisir, cest la bonne santé et la bonne harmonie que respirent tous ces petits coins de Lyon. Henriette y joue un vrai saint rôle, une bonne mère de famille, et elle a le charme de tomber sur une domesticité tellement active et propre. Avec sauf les cris des petits diabolitons, on pourrait prendre sa maison de retraite.
Que de surprises que, surtout à la vie de café et de bruit que la mienne me force à supporter, cette paix délicieuse au-dessus de toutes les ambitions que peut offrir une carrière. Enfin bientôt aura changé ce vie, bientôt je men irai dans des pays extraordinaires, demander à des latitudes lointaines de nouveaux secrets et des révélations inconnues. Ny est-ce pas une occupation sérieuse et sensible que celle de voyager, observant des faits et classifiant des idées. Je pars pour embarquer vers le 10 mars sur l“Albatros” pour la Cochinchine.
Adieu ma chère Marie, je tembrasse de tout mon cœur ainsi que Camille. Présente mes amitiés respectueuses à MM. Revel et Claviou. Bien des choses à mes cousins.
Ton frère dévoué,
**Jules Berloy**

19
transcriptions/1884-04-19.md Executable file
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@@ -0,0 +1,19 @@
# Lettre du 19 avril 1884
**Lieu :** Rade de Brest
**Date :** 19 avril 1884
Ma chère Marie,
Jai tardé bien longtemps à te répondre mais jai eu tant à faire tous ces jours-ci, que je nai pas trouvé un instant pour la correspondance. Aujourdhui nous avons parcouru la rade de Brest dans tous les sens, et je dois dire que nous avons perdu joyeusement la crampaille, servis par notre cuisinier qui vient du Grand Hôtel, et notre maître dhôtel qui se nomme Perpignan.
Jeudi, nous partirons probablement pour Toulon où nous arriverons vers le 6 ou le 8 mai ; tu vois que ce nest pas un petit voyage. Jespère que la mer me sera aussi clémente quelle la été jusquici. À Toulon nous resterons deux ou trois mois parcourant les côtes de la Méditerranée : Marseille, Nice, Villefranche, Monaco, Antibes, Cannes, Hyères, le Golfe de la Napoule, la Corse, Cette, et peut-être la Tunisie. Puis nous filerons probablement soit en Cochinchine soit au Tonkin.
Dun autre côté, il a été avec beaucoup pour moi de bien commencer par un carré chaud, avec un commandant juste et distingué auquel je dois avoir foi. Je pense donc que cette campagne de deux ans sera bonne pour moi, un excellent début dans la Marine.
Cest pour cela que je suis très reconnaissant envers la Providence, et que jaccepte avec bonheur les vœux que tu fais pour ton frère. À jour de ce poste.
Adieu ma chère amie, vous allez avec foi le petit être que cesse entre vous un lien encore plus puissant et indissoluble. Quil soit ce que vous désirez. Adieu. Bien des choses à tous.
Ton frère dévoué,
**Jules Berloy**

15
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@@ -0,0 +1,15 @@
# Lettre du 1er mai 1884
Brest, le 1er Mai 1884
"Albatros", Toulon
Ma bien chère Marie,
Nous sommes sous pression, il est une heure de laprès-midi. Dans quelques moments, nous serons dans le Goulet et demain matin nous serons entre Lorient et Rochefort. Je compte arriver à Toulon entre le 12 et le 15 mai ; il nest pas probable que nous fassions escale en route, à moins que le charbon ne vienne à manquer. Le temps sera assez mauvais, daprès ce quon nous dit, et les tempêtes sont fréquentes dans le Golfe de Gascogne ; néanmoins jai bon espoir, et je ne te cacherai pas que jaurais assez en bon compte de bobos pour commencer. Jai eu une très grande réunion pour mon armement, et je crois men être tiré à mon honneur. Bref, je suis content, et jengage fort à ne pas cher la moindre du monde inquiétude. Quand jirai à Lyon cet été, et nous restons plusieurs mois dans la Méditerranée, je te trouverai bien prospère et peut-être petite maman, ce que jattends...
Il me tarde de te donner aussi souvent que possible de mes nouvelles, et jespère que tu ne me laisseras pas sans réponse.
Au revoir, chère petite sœur bien-aimée, jai beaucoup de lettres à confier au pilote, et je nai pas grand temps. Je tembrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari, en vous souhaitant tout le bonheur que vous méritez. Bien des choses de ma part aux cousins et cousines, mes souvenirs respectueux à MMmes Clarion et Revel.
Ton frère dévoué,
Jules Bessolles

16
transcriptions/1884-06-09.md Executable file
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@@ -0,0 +1,16 @@
# Lettre du 9 juin 1884
Rade de Toulon, le 9 Juin 1884
Ma bien chérie,
Cest en revenant de Marseille, que jai trouvé ta lettre qui sétait égarée dans cette ville après mon départ. Et à ce propos, tu nas quà adresser tes lettres toujours à "Albatros, Toulon". Ce navire toujours... Et tes bonnes petites lettres, aussi bonnes que toi, me font grand plaisir quand je les reçois. Je vois que vous êtes une seconde édition du petit ménage de la rue du Courpiquet. Je suis sûr que Dieu vous bénira tous. Cest le plus cher de mes vœux, et je naurai quà vous imiter pour que tout aille bien.
Demain nous appareillons pour la Corse dont nous visiterons les côtes. Le 20 juin nous irons mouiller à Nice où nous attendons en visitant Monaco et tout ce délicieux pays, les ordres de lautorité supérieure. Tu parles de ton père chéri pour le soigner, lui faire la lecture le distraire. Heureusement le cœur de notre Henriette est si vaste quelle vous remplace bien auprès de lui. Prions Dieu, chère Marie, quIl conserve la santé de notre bon père, puisquIl lui a refusé tant de joies ici-bas.
Tu me dis dans ta lettre des choses qui me font beaucoup de bien. Si tu savais combien jaime et jestime Camille, qui te rend si heureuse, combien je voudrais moi aussi pouvoir rendre heureuse une honnête fille !
Au revoir, chère sœur, je tembrasse bien fort ainsi que ton mari. Présente mes respectueuses amitiés à MMmes Revel et Clarion. Quand tu verras mon pauvre oncle, embrasse-le bien fort pour moi.
Ton frère dévoué,
Jules Bessolles

19
transcriptions/1884-07-25.md Executable file
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@@ -0,0 +1,19 @@
# Lettre du 25 juillet 1884
Agde, le 25 Juillet 1884
Ma chère Marie,
Mon cher Camille,
Permettez-moi de vous féliciter de la naissance de votre petit Henry. Japprends seulement hier que le ciel vous a donné un fils, et à moi un neveu de plus à aimer, et je souhaite à ce petit bonhomme toutes les prospérités qui peuvent être données à un honnête homme. Quand il me sera permis de voir ce bonheur, il mappellera déjà tontou.
Jai vu avec le plaisir que vous comprendrez que la mère et lenfant se portaient bien. Bien quun peu curieux, on nest pas sans émotion quand on voit une petite blondine devenir maman, et avoir droit au coup au respect autant quà lamour des siens. Nest-ce pas un grand bonheur pour toi, chère sœur, et pour vous, cher ami, ne sentez-vous pas que vous avez franchi un des plus importants degrés de léchelle sociale ? Vous voilà devenus par la grâce mystérieuse dun être tout-puissant créateurs dun être humain qui le sera lui-même un jour. Vous avez maintenant le devoir de guider cet enfant dans la voie droite, dans celle qui mène à Dieu. Ce ne sera jamais une petite affaire, je vous le prédis ; il souffle en ce moment un vent corrompu actif, pas des meilleurs attraits. Il y a comme disent les Prueduts à Reil en attres, faites bonne garde !
Mais que ai-je besoin, moi pauvre jeune homme sans autorité, de vous donner de tels enseignements ; vous savez toutes ces choses mieux que moi, jen suis sûr.
Je sais que vous allez avoir votre cher père auprès de vous ; soignez-le bien, il a bien besoin de vos caresses et de votre soutien comme il est sûr que ses enfants ne lui refuseront ni les unes ni lautre.
Je vous embrasse de tout mon cœur. Maman, papa, et Hélène. Mes amitiés respectueuses à MMmes Revel et Clarion.
Votre affectionné et dévoué,
Jules Bessolles

3
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@@ -0,0 +1,3 @@
# Lettre du 12 octobre 1884
[Transcription ici]

3
transcriptions/1884-12-29.md Executable file
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@@ -0,0 +1,3 @@
# Lettre du 29 décembre 1884
[Transcription ici]

3
transcriptions/1885-01-16.md Executable file
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@@ -0,0 +1,3 @@
# Lettre du 16 janvier 1885
[Transcription ici]

10
transcriptions/1885-02-20.md Executable file
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@@ -0,0 +1,10 @@
# Lettre du 20 février 1885
_Bord Albatros, le 20 février 1885_
Ma chère Marie,
[Lettres transcrites ici]
Ton frère dévoué,
[Signature]

10
transcriptions/1885-04-07.md Executable file
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@@ -0,0 +1,10 @@
# Lettre du 7 avril 1885
_Bord, Nice, le 7 avril 1885_
Ma bien chère Marie,
[Lettres transcrites ici]
Ton frère dévoué,
[Signature]

10
transcriptions/1885-05-29.md Executable file
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@@ -0,0 +1,10 @@
# Lettre du 29 mai 1885
_Bord, Rade de Toulon, le 29 mai 1885_
Ma bien chère Marie,
[Lettres transcrites ici]
Ton frère dévoué,
[Signature]

29
transcriptions/1885-06-28.md Executable file
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@@ -0,0 +1,29 @@
# Lettre du 28 juin 1885
*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 28 juin 1885)*
Bord, Rade de Toulon, le 28 juin 1885
"Albatros"
Ma chère Marie,
Mercredi 1er juillet, nous partons pour le Gabon, et je ne compte guère revoir les rivages de la France avant un an, car les remplacements dans ces pays sauvages se font difficilement. En passant, si vous voulez quelques détails sur le pays où je vais, lisez les ouvrages suivants :
M. de Compiègne, *L'Afrique Équatoriale : Gabonais, Fânouin, etc.*
Marche, *Trois voyages dans l'Afrique Occidentale*.
D'ailleurs, comme je vous lai dit précédemment, ce sont des contrées encore peu connues. Nous avons fini nos préparatifs, et notre "Albatros" est absolument encombré : moutons, porcs, poulets, pigeons, canards, lapins, conserves de toutes sortes… Nous avons salle de bains, appareils à douches, appareil à glace, etc. Jemporte 600 cartouches, léléphant, lhippopotame, le crocodile, la panthère, lours, le guépard, des oiseaux en abondance, toutes sortes de singes, il faut voir ! Le chimpanzé et le gorille qui se tiennent presque sur lhomme, que de bêtes !
Vous voyez que jai de la besogne à espérer mademoiselle. Beaucoup de pays de lOuest et des habitants divers à connaître. Votre obligeant sentiment qui paraît plus clair que je lespérais me fait grand plaisir, je vous assure. Je compte bien vous revoir et redescendre…
(...)
Adieu, chère petite Marie, soignez-vous bien, et quand je serai de retour en France vers les mois de juin 1886, je trouverai un gros bébé ! Trouvez-moi une femme !
Je casse les oreilles de papa pour cela. Tu liras sa lettre. Je tembrasse de tout mon cœur ainsi que ton excellent Camille.
Mes amitiés sincères et respectueuses à MMmes Revel et Clarion. Bien des choses aux cousins. Quand tu verras mon oncle, embrasse-le bien de ma part et dis-lui quon peut envoyer des mandats à Libreville.
Mille baisers à mon petit Henry, qui ne sera pas oublié du retour par le bonhomme Cadieux.
Ton frère dévoué,
**Jules**

21
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# Lettre du 1er septembre 1885
*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 1er septembre 1885)*
Albatros, Rade de Libreville,
le 1er septembre 1885
Ma bien chère Marie,
Nous sommes arrivés ici le 2 août, après une traversée heureuse et intéressante. Comme tu auras pu en juger par les lettres que papa a bien voulu vous communiquer. Jai pris, en effet, lhabitude décrire à ce cher père de longues lettres qui vous font du bien à tous les deux. Je lui dois tant que je veux lui faire partager ma vie, lavare vie va, et qui na rien denviable !
Mon point de vue de la carrière est très agréable mais à cause des privations morales qui sont les plus dures…
(...)
Adieu chère Marie, je tembrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et Henry. Présente mes respects à MMmes Revel et Clarion. Mes amitiés aux cousins.
Écris-moi à Toulon où jespère être dans quelques jours.
Votre dévoué,
**Jules**

31
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Lorient, le 3 mai 1886
109, rue du Port
Ma chère sœur, mon cher frère et ami,
Je suis arrivé à Lorient le 1er mai à sept heures du matin, après 49 jours de traversée, ayant quitté
Libreville le 13 mars. Je navais reçu encore aucune lettre de toutes celles que vous mavez écrites. Aussi,
à peine à terre, jenvoyai à Paris le télégramme suivant:
“Arrivé bien portant; embrasse.”
Jétais content, heureux de toucher le sol de ma France après 10 mois déloignement; je formais mille projets
heureux, ne pouvant quitter Lorient avant le mois de juin, à cause du désarmement de “lAlbatros”, je pensais partager mon congé entre les trois villes qui se disaient meur affectueuses, les seules! Paris, Lyon et Niort; jattendais le moment où je pourrais serrer dans mes bras ce père chéri, cet homme juste, le modèle du cœur qui se dévoue et de lintelligence qui croit; je croyais déjà la joie de me voir échappé presque sain et sauf du terrible climat, je me représentais le promenant dans Paris bien app...
Je revenais à bord à lheure de laprès-midi, lofficier de quart, Bervant, me dit: “le commandant vous demande”; je croyais à une affaire de service: hélas! hélas! cétait la septième lettre dHenriette! Il y avait près de trois mois que mon papa chéri, mon auteur, mon créateur après Dieu, reposait sous la garde et les bienfaits fortunés de notre Seigneur Jésus! Je ne le reverrai plus sur la terre, précieuse mémoire que jai quittée tout seul, dans lépanouissement dun rêve tranquille et la réalisation...
Lui qui avait tant aimé les hommes, ses frères, et parmi ceux-là, les enfants quil avait engendrés sous la protection divine, en les consacrant à cette religion du Verbe incarné que je professe et dans laquelle je veux mourir comme lui; lui qui sacrifia sa vie pour la patrie, son bonheur à son Dieu, et la tranquillité de ses vieux jours à ses petits; le voilà parti modestement, et nous donnant jusque dans le dévouement de sa fin une dernière et grande leçon: celle de la conscience tranquille et toujours...
Merci, chère Marie, cher Camille, comme Henriette et Louis, vous mouvrez vos bras et vous mappelez votre enfant; songez-vous que je my précipiterai et que je chercherai auprès de vous les consolations et les enseignements que mon père chéri ne cessait de me prodiguer. Chez vous je me sentirai toujours chez moi et vos deux familles me seront aussi chères que si des liens de parenté munissaient à elles. Comptez toujours sur mon dévouement, comme jai le droit descompter le vôtre. Par cette union plus ...
Cette religion que nous tenons toujours dans le fond de nos cœurs, cet amour du bien et de la justice, apanages des esprits marqués du cachet de vie, tout ce que vous nous de bon a nous, en un mot, nous lui devons tout cela; nous avons aimé et cest avec fierté que je porte son nom vénéré. Après cela tâchons de ne pas nous présenter les mains vides devant le souverain Juge qui nous fait naître dun tel père!
Il ne faut pas compter sur moi avant un certain temps: le désarmement dun bâtiment est une affaire dun mois, un mois pour le Commissaire du bord… Enfin il viendra tout de même ce temps où je pourrai retrouver en vous le sang de celui que nous ne verrons plus ici-bas! Et alors, comme nous parlerons de lui! Comme nous vivrons du culte des souvenirs!
Allons, chère blondine ma sœur bien-aimée, du courage et pense bien à tes deux petits enfants dont le jeune âge naime pas la douleur.
Cher Camille, je vous embrasse ainsi que Madame votre mère. Mes amitiés respectueuses à Madame Claron.
Votre dévoué,
Jules Barloy

17
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# Lettre du 15 mai 1886
*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 15 mai 1886)*
Lorient, le 15 mai 1886
109, rue du Port
Ma chère Marie,
LAlbatros nest plus quun pauvre ponton ; tout le monde est parti. Je reste tout seul pour rendre mes comptes.
Comme je lécris à Henriette, je pense partir pour Viorot vers le 25 mai. Le Conseil de Santé ma donné 2 mois de congé de convalescence qui commenceront du jour où je quitterai Lorient.
(...)
Ton frère dévoué,
**Jules**

3
transcriptions/1886-06-05.md Executable file
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# Lettre du 5 juin 1886
Transcription de la lettre manuscrite...

3
transcriptions/1886-07-28.md Executable file
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# Lettre du 28 juillet 1886
Transcription de la lettre manuscrite...

3
transcriptions/1886-08-06.md Executable file
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# Lettre du 6 août 1886
Transcription de la lettre manuscrite...

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transcriptions/1886-08-27.md Executable file
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Toulon, le 27 Août 1886
16 rue Saint-Roch
Ma bien chère Marie,
Il ne faut pas men vouloir si je ne tai pas écrit avant aujourdhui. Jai été très occupé par les nombreux travaux de larmement du “Indomptable”, et de plus il faut bien tout dire (et je vois dici Maman Revel sourire), la vie de Toulon est si agitée que ceux qui lont perdue de vue longtemps, comme moi, sont absolument débordés et pensent à tout autre chose quà écrire des lettres. Et puis, pour finir, tout cela passe, et lon se retrouve gros Jean… Ma sœur, je suis un grand sot et jai peur de ne jamais être sérieux. Quel siècle étrange que le nôtre, et comme notre vie est courte !
Jai vu Henriette, Louis et Amélie à leur passage à Toulon. Tous très contents de se revoir, mais la maman et la fille bien fatiguées de leur nuit en wagon. Dici à quelques jours jirai visiter leur installation à Draguignan.
Larmement se croise très lentement, je ne pense pas que nous soyons en rade avant le 29 septembre, et partis avant le 8 ou 10 octobre. Nous arrêterons-nous en Algérie ? Cest peu probable. Notre seule escale avant la Martinique sera Cadix ou Madère probablement. On nous promet une fort belle campagne, et, à lavenir, dailleurs assez brève. Le commandant et lÉtat-Major semblent bien disposés. Jai mis logs salon, mes désirs, notre carré est très-beau, bref, il ny a quà prier le bon Dieu quIl nous protège toujours. Au commandement aux vents et à la mer, à tout, confiance tranquille de repos en Lui !
Au revoir, chère petite sœur, chère Camille et nos deux nièces, embrasse pour moi les petites Boudons et tous les grands parents. Mes amitiés aux cousins.
Noubliez pas mes cravates, cher beau-frère.
Votre dévoué,
Gaston Balay

45
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Toulon le 25 septembre 1886
Croiseur le “Indomptable”
Ma chère petite sœur,
Nous sommes en rade depuis 3 heures, et dans 15 jours nous aurons sans doute quitté la France. Je te remercie de ta bonne lettre et je souhaite que tous vos ennuis finissent promptement. Les enfants dHenriette ont aussi été très éprouvés, et il faudra du temps pour quils reprennent leurs bonnes couleurs.
Jai reçu mes cravates, elles sont superbes. Je vous enverrai prochainement les 7.20. Quant aux 5 gilets je les expédierai par colis postal. Je suis très pressé en ce moment et te prie de ne pas men vouloir si je suis si bref. As-tu des nouvelles de mon oncle ?
Au revoir ma sœur chérie, je tembrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et tous ces petits mignons. Mes amitiés à la bonne maman.
Ton dévoué frère,
Gaston Balay
---
Fort-de-France, Martinique,
le 21 novembre 1886
“Indomptable”, Division navale de lAtlantique Nord
Ma chère Henriette,
Ma chère Marie,
Nous partons demain pour la Guadeloupe et les Saintes, aussi je ne veux pas laisser partir le courrier du 21 sans quil vous porte de mes nouvelles. Je suis assez surpris de navoir pas encore reçu de vos nouvelles, ni de Lyon, ni de Draguignan. Cependant il y a 3 départs de France par mois, et Louis doit savoir les dates. Sans doute vous avez eu beaucoup de mal avec vos enfants malades. À ce propos, je serai bien heureux dapprendre que tous ces mignons, garçons et filles, sont absolument tirés daffaire.
Et vous mes amies Lyonnais et Draguignanais, vivez-vous toujours dans le calme et le recueillement, trouvant dans vos intérieurs bénis les distractions de tout les visiteurs vous aimant, vous estimant ?
Comment va la famille, et en particulier notre bien aimable oncle ? Faites-moi un peu souvenir de la vie paisible et posante dont jai vécu pendant ces deux mois, où cependant il me manquait toute la paix !
Je vous dirai que quelques mots de Fort-de-France. Cest une petite ville de bois habitée par des nègres ; mais là je ne retrouve pas mes sauvages demi-nus du Gabon, braves gens quoique un peu canailles, ce sont ici des nègres habillés à leuropéenne, ayant tous nos vices mais sans notre intelligence et nos qualités. Des gens-là nous entourent, nous sommes les “seigneurs” mais nous ne sommes plus les “Européens utiles” de là-bas. La politique a fait des citoyens : cest un progrès ! Le jour où les Anglais viendront, cest à bras ouverts quils seront reçus. Lîle est ruinée comme toutes les Antilles françaises, les fortifications sans artillerie sont démantelées. Notre influence perd tout ce quelle tente, à côté de la prospérité de Cuba, de la Jamaïque, de Curaçao, de St-Thomas, nous ne pouvons offrir que la misère de la Martinique et de toutes nos autres Antilles.
Mes chers amis, je crois que les voyages universels et les conditions dans lesquelles nous pouvons les faire affermissent peut-être chez nous la prudence de lamour du foyer et le désir suprême de posséder une famille ; mais à coup sûr ils ne développent pas la fièvre patriotique. Il y a des instants où ils produisent des écœurements et des hontes, et quand on regarde à lhorizon on ne trouve rien, pas dusine !
Le climat à Fort-de-France nest pas désagréable : il est tiède et doux ; seulement actuellement il pleut sans cesse et dune façon épouvantable. Nous pensons néanmoins que le commencement du mois de janvier nous apportera définitivement le beau temps. Le pays est assez gentil, mais quand on revient du Gabon la végétation semble mesquine ; dailleurs jai eu tellement doccupations depuis le 9 jours de notre arrivée, que je nai pu faire les principales excursions qui, paraît-il, en valent la peine.
Cependant, ce soir, nous avons loué, lofficier en second, le docteur et moi, une petite voiture et nous sommes partis dans la direction du Camp de Balata : véritablement le pays est très beau. La végétation intérieure, celle des plantes proprement dites, est superbe. On nous annonce quun peu plus loin commence la région des grands arbres, et là je pourrai retrouver mes émotions du Gabon bien entendu un peu civilisées. Quand nous reviendrons jessaierai de my promener un peu. Dailleurs aucune chasse, cest ce qui mennuie le plus. Je vous avoue franchement que je trouve assez longs les 21 mois denviron que jai à passer dans ces parages, où nous promet lescale à la Martinique, la Nouvelle-Orléans, New-York, le Canada et Québec, mais tout cela pour lannée 1887. Jusquà ce moment nous ferons les Antilles petites et grandes et le Golfe du Mexique. On dit quau mois de juin arrivera lhivernage jusquau mois doctobre ou novembre. Espérons que tout cela passera le plus vite possible. Un de ces jours je vais adresser à Paris ma demande de changement de port, et de cette façon je me réjouis déjà dêtre votre voisin à ma rentrée en France.
Allons, assez bavardé, il est tard et ce temps humide me fatigue toujours un peu.
Je vous embrasse tous, chers amis, de tout mon cœur. Vos noms sont tous les soirs sur mes lèvres quand je prie Dieu, et je lui demande quil vous protège toujours et partout, petits et grands.
Si vous le pouvez, faites parvenir mes lettres à Amiens quand vous les jugerez convenables.
Votre dévoué frère :
Gaston Balay

19
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Le Mans, le 12 Mars 1887
À vous maintenant, mes bien-aimées, à vous… Je viens de remplir un faible et à la fois consolant ministère, à savoir vous que je vous garde et que je vous console. Oui, je veux vous répondre, toi ma Henriette et toi ma Marie, de ce que vous mavez envoyé avec vos lignes si tristes, les signes évidents de vos sanglots et de vos déchirements.
Êtes auprès du bon Dieu, pourquoi donc ne pas contenir un peu votre douleur, pourquoi mettre dans le cœur de votre frère une inquiétude à votre égard bien actuelle, ma foi. Ma pauvre petite Marie, si sensible, ta main ne pouvait pas tracer ces lignes, jai bien compris que ton chagrin ainsi que ta santé sy rendaient, et vous mavez fait souffrir plus que la désolante nouvelle que mapprend votre lettre.
Cest la volonté de Dieu, il voulait que les coups fussent durs et précipités, mais notre chère famille pense quils nous aiment bien, et que notre part est notre force et notre avenir. Il ne semble que nous avons sous embrassant davantage au cœur cela, nous oblige à dignes de nos affections. Que je le bénis donc de ne lavoir pas fini en sourdine, comme tant de jeunes gens que je vois autour de moi. Je pensais de nous rendre heureux ceux que nous aimons et leur faire trouver une bordée aux douleurs si affreuses.
Sil est quelquefois à la faiblesse, chers enfants, ces sortes de coups que nous trouvons bien rudes et bien déchirants. Oh ! La position de nos chères, quand on aime, par Dieu, sur toutes, cest affreux. Jespère que les conséquences seront seulement la résignation et lespérance. Cest un grand malheur que nous avons, et cest pour nos familles.
Je suis heureux que tante puisse aller à Rezé, savez, pour beaucoup de bien à mon oncle : elle le trouvera peut-être à jamais vers cette consolation unique : la religion.
Veillez le cœur le plus tôt possible jusquà venir, jaurai que de vous croire, cela nous fera du bien, mais encore une fois, soyons plus calmes et plus forts, lhumilité est de Dieu.
Ah ! cest alors maintenant que je comprends la vie de famille : comme je vous avais conseillé, si javais été à Ricort, nous aurions sans doute… Je serai prêt à me devouer à mon pays et à ma famille.
Je vous embrasse, répondez vite.
Jules

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Indomptable, le 28 Mars 1887
“La Havane”
Mon cher beau-frère,
Nous sommes arrivés ce matin à la Havane à 6 heures, par un temps splendide. Le courrier Américain pour France part à 10 heures. Par une fatalité stupide (et qui prouve bien la prudence de cet excellent commandant), nous partons la veille de larrivée à la Havane en courrier de France et nous navons ainsi notre correspondance que le 19 avril à la Martinique, ou 12 mars au 15 mai, avouez que cela tient du dernier bêtisier.
Bermudes et Saint-Thomas.
Tout cela nous mènera jusquau 15 mai. À cette époque-là, si je puis prendre la frégate pour France et la résilience quelconque (ça nest pas une scie que je vous monte), je vous baiserai les mains et serai votre valet. Il ne faut pas que cette affaire traîne.
Cest ainsi que notre Corps est condamné par haine et jalousie, à végéter. Plus davancement, tout ce qui on pourra enlever comme belles places on nous larrachera. Et pendant ce temps les colonies se font peu à peu leur vraie place, elles se séparent de cette grande soumission qui les a si longtemps brimées ; là, on cherche des hommes mais on ne veut pas dofficiers, pas de sabre, darbitraire ridicule et cassant ; cest pour cela que à la première vacance, je donnerai ma démission. Les places aux colonies sont bone...
Allons, mon très cher, je vois que je vous serai toujours les mêmes rengaines, cest vous dire quil est temps que cela cesse. Je vous charge pour tout votre monde de mes embrassements les plus sincères et pour vous mes meilleurs serments de main.
Votre dévoué frère,
Gaston Balay

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transcriptions/1887-04-15.md Executable file
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Savannah (Géorgie),
le 15 Avril 1887
Indomptable
Ma chère Henriette, ma chère Marie, Camille et Louis,
Je vous embrasse de tout mon cœur. Depuis le 11 avril nous sommes remontés dans la Géorgie, rivière Savannah, près de la grande et belle ville de ce nom. Étant partis le 3 de la Havane, nous avons relâché le 6 à Nassau dans les Bahamas et de là nous avons piqué sur Savannah ; en route nous avons eu un fort mauvais temps, sauf contre la queue dun cyclone, nous navons cependant eu aucune avarie et pour ma part je remercie Dieu profondément.
Nous partons sans doute lundi 18 avril, peut-être viendrons-nous à Charleston et à Wilmington, mais je ne pense pas que le commandant sy décide, le havre deau de notre bâtiment étant trop fort pour les rivières qui conduisent à ces villes. De toutes façons, nous allons commencer notre voyage aux longs de la côte américaine à la Martinique en passant par les Bermudes et Saint-Thomas ; nous aurons très probablement de gros mauvais temps, car cest un des plus mauvais parages du globe à cause des cyclones et ...
Nous serons à la Martinique vers le 13 mai. Je vous donnerai de mes nouvelles en passant aux Bermudes et à Saint-Thomas, pour vous ôter toute inquiétude. Si je rentre à la Martinique, quelque chose de définitif tombant à ce port, je vous entretiendrai sans cesse. Je serais très heureux de pouvoir partir de suite. Mais pour cela, il faudrait une nomination immédiate et une mise hors cadres de suite, avec cela une destination officielle de telle sorte quil ne puisse y avoir aucune espèce dincertitude et d...
Que résulte-t-il de tous les bruits de guerre qui circulent en ce moment ? Est-ce véritablement nous allons éprouver la haine ou lamitié de toutes les puissances ? Quest-il donc arrivé à Carnes ? Je nai que des nouvelles très décousues et rien de précis, naturellement avec des appréciations étrangères.
Jespère que votre santé est toujours excellente, et mes petits amis sont-ils de bons enfants ! Je vous embrasse tous de tout mon cœur.
Votre dévoué frère :
Gaston Balay

9
transcriptions/1887-04-17.md Executable file
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Indomptable, le 17 Avril 1887
Ma chère Camille, ma chère Marie, Louis, Henriette et tous,
Je viens davoir une lettre de Louis Bourdon datée du 8 mars 1887, dans laquelle, contre tout ce que jespérais, il ne semble rien avoir tenté pour ce dont je vous ai parlé à tous. Jai peur quil nait pas le temps, ou que sa situation de fonctionnaire ne soppose à de semblables démarches. Je lavais prié de faire des démarches auprès des deux députés de Niort (Antonin Proust et De la Porte), le dernier surtout sous-secrétaire dÉtat aux Colonies, presque ministre, ayant la haute main sur les nominations dans les Colonies. Par celles conditions étant déjà fatigués par les Colonies, etc., au ministère, on pourrait sans doute donner suite à ma demande ; mais je ne peux pas écrire au ministère avant davoir trouvé un parrain.
Je mennuie profondément ; javais trouvé à membarquer avec lofficier dadministration du Vigilant, qui rentre en France où il sera rendu au commencement daoût. Je voyais là une issue. Mais le Commandant me a supplié de ne pas le quitter en ce moment, je me suis laissé toucher, et je reste, attendant avec impatience que vous pensiez quune lettre ou même une nomination me mettant hors cadres, me sorte de cette ornière.
Jai regretté vivement que vous nayez pas suivi mon conseil en ne recourant point aux Merceron ; je naime pas ces gens-là, et vous avez vu quils ne peuvent à peu près rien…

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Fort-de-France, le 15 Mai 1887
“Indomptable”
Ma chère Henriette,
En arrivant à Fort-de-France le 12 mai, jai trouvé une lettre de vous du 21 avril. Je suis bien aise de savoir que mes deux chéries vont toutes les deux mettre au monde un gros bébé. Vous êtes de saintes femmes et Dieu vous bénit. Jespère quà lheure actuelle la santé de Louis est absolument rétablie, et que cette indisposition nest plus quun mauvais rêve. Il faut, ma chère, que ton mari se soigne et quil ne se fatigue pas trop par zèle. Avant tout il est père de famille et le reste ne vient quaprès ; que moi je sois imprudent, il ny a pas grand mal. Mais aurait pu beaucoup pour moi dentendre que je crois que non pour avoir en plus avec lui quelques relations.
On voit sérieusement se nommer un Résident à Anjouan, cest quelque chose de semblable quil me faudrait. Si je pouvais avoir la Résidence de Loango ou quelque autre semblable dans les colonies africaines, ou au Cambodge ou aux Indes, etc., je serais satisfait, mais autant que ce me nomment ou fassent mettre de suite hors cadres. Dès arrivée en France je donnerai ma démission, et demanderai une place à lÉtat : Commissaire de Marine, sous-commissaire ou Résidence.
Je vous prie de ne pas men vouloir si je vous donne du tracas. Mais il est temps que cela finisse ; dailleurs je suis absolument déterminé de toutes façons à donner ma démission dans deux mois. La position quon tend de jour en jour à nous faire devient intolérable, au lieu de passer sous-commissaire comme mes prédécesseurs de quelques années et comme je lespérais à la fin de cette campagne, à la fin de 1888, je ne vois, cest tout à fait fini.
Au revoir, chers amis, je vous embrasse de tout mon cœur et je prie Dieu quil protège la mère et lenfant, puisque cela va faire un nouveau chrétien. Que le cher Louis surtout ne fasse plus dimprudences au soleil. Mes amitiés sincères et respectueuses à Monsieur et Madame Bourdon.
Ton dévoué frère,
Gaston Balay

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transcriptions/1888-07-30.md Executable file
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Paris, le 30 Juillet 1888
9, rue Meissonnier
Ma chère Marie,
Avant tout, je te serais reconnaissant de remercier mon cousin Léon davoir bien voulu écrire à M. Millaud. Je nai pas du reste attendu parole de ce dernier depuis 15 jours, et je ne sais rien des Colonies depuis les nouvelles que je vous ai envoyées. Je suis allé hier matin voir M. Gaston, qui mavait mandé près de lui. Il ma conduit chez M. Leroy, député de Saône-et-Loire, rapporteur pour le Budget des Colonies. Ce député ma très bien reçu et ma affirmé quil ferait tout son possible auprès de M. de la ...
Ajoute à cela un temps maussade, un temps de mauvais mois davril pluvieux : froid, pluie, vent, humidité, etc. Impossible de faire des promenades qui me feraient grand bien cependant. Le Cercle militaire est mon refuge habituel ; jy bouquine, et les heures passent !
Je suis bien content de vous savoir tous en bonne santé ; tu ne mas pas dit si ma fillette commençait à avoir des dents. Je suis sûr quelle doit être belle fille ; mais cest surtout dans deux ou trois années que tu seras heureuse. Ton Henri aura 7 1/2 ans, Jean 5 ans révolus. Ils seront bons à embrasser, chers petits, et ce sera pour moi un vrai bonheur que de les sentir dans mes bras. Je trouve que plus on augmente en âge, plus on aime les enfants. Et mes chères sœurs doivent bien remercier le bon Dieu pour ces beaux marmots dont elles ont le droit dêtre fières.
Jachèterai daller demain pour nos tramways parisiens. Que dit ton mari du commerce de Lyon, est-il content ? Il est probable que lExposition de 1889 va leur donner beaucoup douvrage. Je voudrais bien que tous ses désirs fussent comblés. Jaime Camille en frère ami ; jai en lui comme en Louis Bourdon une confiance absolue, et sa bonté douce a saisi toute mon affection.
Aussi, je vous aime que bien souvent, dans mes longues heures dattente décourageante, je me représente mentalement à Lyon, à Draguignan : “Mes sœurs”, ce sera mon cri de petit enfant comme dautre appelant “maman”. Ce sera le cri de toute ma vie ; rien ne pourra changer ces sentiments de mon cœur.
Vous voudrez bien, ma chère petite sœur, regarder sous les chemins de nuit de ton mari, si tu nen as pas deux à moi signalés en rouge ? Vous devez avoir vu les Gouttes-Larons dAlger. M. Gaston ma dit quils étaient à Lyon. Je suis assez étonné de ce voyage, car il y a à peine un mois et demi, M. Gaston mannonçait quHenriette attendait une belle. Je sais par M. Degas que les Romain vont bien tous trois.
Avez-vous des nouvelles de Justin ? Je tengage ainsi que je lai fait vis-à-vis dHenriette à écrire régulièrement à Emile malgré son silence. Il se peut quil reçoive vos lettres et quil ne puisse y répondre. Ce que je sens par moi-même me fait penser combien vos lettres doivent lui être douces. Pauvre ami, il a embrassé une pénible existence !
Au revoir, ma petite sœur Marie, mon frère Camille, et mes chéris blonds comme leur mère, je vous embrasse de tout mon cœur. À bientôt jespère.
Votre dévoué,
Gaston Balay

15
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Bord, Port de Toulon le 20 Juin 1889
“Albatros”
Ma bien chère Marie,
La suite te prouvera que jai eu le nez daller te trouver inopinément, et de surprendre M. Revel en toilette de matin. En arrivant à Toulon, je nai plus trouvé lAlbatros sur rade, mais bien dans le bassin de Castigneau. Nous partons pour… le Gabon dans 8 jours. Cest un voyage dun mois pour y arriver en touchant à Oran et à Madère (sans doute). Je naurai pour mon compte que 8 mois à passer dans ce pays à peu près inconnu, habité par les Pahouins, cannibales et par les fièvres pernicieuses. Cependant je ne suis pas fâché daller goûter cette température spéciale, et jespère bien en revenir entier, après de superbes chasses et en possession dun congé de convalescence de deux à trois mois. Comme tu le comprends sans peine, jai beaucoup de travail et lobsession du départ. Cependant je vous écrirai une longue lettre vous donnant toutes les indications nécessaires pour la correspondance.
Il est inutile que je vous redise de vos bontés à tous pendant les 8 jours que jai passés à Lyon. Jespère un jour pouvoir vous revoir aussi en compagnie de ma femme et dun ou plusieurs bébés.
Jai reçu aujourdhui une lettre de papa qui a appris la nouvelle par un journal de Paris, avant moi. Demain jécrirai à Émile et à Henriette ainsi quà mon oncle et à Justin. Tous les miens auront donc mes adieux.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, mes respects à Mme Revel et Clavière, à mes cousins et cousines.
Ton frère dévoué et affectueux,
Gaston Balay

13
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Paris, 9 rue Monsigny,
le 4 Juillet 1889
Ma chère Marie,
Je vous remercie dabord de vos amicales lettres pour de Chavanon et de vos bons souhaits. Jai reçu ce matin mon ordre de départ ; je dois être rendu le 9 à Bordeaux pour y prendre la “Ville-de-Maranhão” des Chargeurs Réunis qui part le 10 de ce port. Selon toutes probabilités je verrai St-Marc en passant à Poitiers.
Depuis mon arrivée à Paris je suis jusquau cou dans la confection de mes nombreux bagages, et je vous assure que ce nest pas une petite affaire. Enfin je pense avoir prévu presque tout. Dans tous les cas, vous menverrez toujours par colis postal les choses que je vous demanderai, et vous vous mettrez pour cela en compte avec Louis Bourdon.
Je vous embrasse tendrement chers amis, mes trois chers anges, ces dames, et je vous dis “au revoir”, quand il en sera temps.
Votre entièrement dévoué frère,
Gaston Balay

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transcriptions/1889-07-12.md Executable file
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En mer, le 12 Juillet 1889
Le long des côtes de Portugal
Ma bien chère Marie,
Nous avons quitté Bordeaux le 10 à quatre heures du soir, ainsi que vous la annoncé dailleurs le petit bout de billet que je vous ai envoyé à la dernière minute. Je pensais recevoir une lettre de vous et une de Léon, avec la lettre de M. Mezières pour M. de Chavanon, mais je trouverai peut-être quelque chose à Lisbonne.
Le steamer où je suis embarqué est bien aménagé ; la table est bonne, les passagers, tous ou deux, sont peu nombreux mais gentils. Je suis beaucoup logé. Enfin nous nous sommes trouvés trois pour installer un whist pour la traversée, ce qui nous assure une occupation agréable et pas fatigante (lecture par partie) de trois à quatre heures par jour.
Il y a un piano avec musique, mais enfin cela nous manque peu, car ce dessin. Demain nous arriverons à Lisbonne, où nous passerons probablement 48 heures, le temps de visiter la capitale qui paraît-il est fort belle. Nous y passerons donc le 14 juillet, et je vous embrasserai en pensée ce jour-là, ainsi que ton fils aîné, auquel jenvoie à cette occasion beaucoup de bons baisers et de bons souhaits.
Ensuite Dakar et le commencement de cette mystérieuse Afrique !
La mer ma été clémente comme une vieille connaissance polie et affable. Quelques-uns de nos voisins ont eu plus de plaintes. Mon voisin a bien pris ; jai eu une heureuse idée ! En somme, la traversée sera longue sans doute, mais elle sera douce et tranquille. Le commandant, les officiers, les passagers sont de braves gens. Le côté matériel est bon. Tout va bien : all right !
Je suis heureux de savoir que Camille travaille beaucoup, car vous aurez plus de pratiques. Jai été bien ému en pensant que tu voudrais bien avoir une petite préférence pour ma chère Marie. Pendant trois ans je ne la verrai plus. Et puis ensuite, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
Votre dévoué,
Gaston Balay
P.S. — Je prie Camille de voir si je ne pourrais pas avoir une sous-oration pour le journal Le Temps, mais je ne voudrais pas payer trop cher. Louis donnera largent. Bien à vous.

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transcriptions/1889-08-17.md Executable file
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Libreville, le 17 Août 1889
Ma chère petite sœur Marie,
Que cette lettre tapporte mes meilleurs souhaits de fête, mes vœux les plus sincères pour ton entier bonheur et celui de ta chère famille ! Cette journée du 15 août, où me revenait sans cesse aux lèvres ce nom bien-aimé de “Marie” ! Je lai passée sous les immenses futaies de la forêt de Sibangui, errant, seul avec mon boy, le fusil sur lépaule, et mon cœur là-bas ! bien loin, bien loin.
Quelle lamentable ironie de lexistence humaine : deux êtres qui sadorent et qui ne pourront peut-être jamais que se le dire.
Chère Marie, toi tu seras toujours lheureuse mère de famille que je vénère, moi je serai ce que le bon Dieu voudra. Je suis ici chargé dun travail considérable, et qui ne me plaît guère, malgré la grande amabilité du Gouverneur. Jai lhonneur de le connaître et, tout en faisant mon possible pour satisfaire mes chefs et faire mon devoir dans toute lacception du mot, je nai pas laissé ignorer que je nacceptais ces fonctions que provisoirement.
Cest vous dire que je reviendrai à ma marotte, en vous rappelant que tu nas promis de me nommer Administrateur Colonial de 1ère classe, et que mon cousin Léon soccupe bien peu de moi puisque je ne reçois rien, et quil navait encore daigné dire un simple mot à ce sujet.
Je me porte assez bien, avec quelques paquets de quinine. Je vous embrasse de tout mon cœur. Si tu vois à Draguignan lenfant aimée, embrasse-la pour moi.
Ton dévoué frère,
Gaston Balay

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Libreville, le 27 août 1889
Chère petite sœur,
Je suis un peu inquiet au sujet de vos santés à tous ; je voudrais vous voir délivrés de tous ces petits ennuis qui accompagnent lenfance des mômes. Mais, en ce qui concerne Draguignan, je vous avoue que jai eu une vraie chagrin : il ny avait pas pour moi une seule lettre au courrier ! Je vous jai seul reçu deux bonnes lettres, lune du 28 juillet, lautre du 2 août. Elles étaient, par distraction je pense, adressées à bord de la “Ville-de-Maranhão”, où je métais déjà embarqué depuis ce même 2 août.
Je te sais, ma chère sœur Marie, de ta grande affection. Certes, il est probable que jen aurai bien besoin dans quelques années. Mais je crois que tu as tort de prendre létrange affection qui me tient le cœur pour un peu de jalousie. Chercheur didéal, mais dans cet idéal même je mets mon désir suprême. En trouvant Marie sur mon chemin, un être (peut-être fort petit et fort ordinaire pour beaucoup) mest apparu supérieur et charmant. Et, contrairement à ce qui métait arrivé jusque-là, cest mon corps qui a été pris le premier, puis le cœur est venu et lest entier !
Prends dans la bibliothèque de ton cher Camille un livre à “chef-dœuvre”, quon appelle les Contes Drolatiques.

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Libreville, le 27 août 1889
Cherché dans ce livre une histoire intitulée “Le Succube”, ou à peu près, et tu auras mon cas.
Cette aventure mest arrivée déjà une fois; mais à une époque où mes sens en éclosion pouvaient, dans ma nature un peu féminine,
se tromper dans la voie que leur traçait mon cœur. Je ninsisterai pas: citer un nom que tu connais, ne changerait rien au passé;
remuer des cendres pour y retrouver quelques impressions étranges qui ne sont que des songes, ne servirait quà constater que nous avons vieilli…
Jaime Marie comme jai aimé follement mon amie dadolescence. Je laime avec toutes les forces de mon être, et si je trouve en moi quelque chose de bon, bénissons Dieu de mavoir fait ce que je crois que je le dois à cette enfant.
À notre époque sceptique, à travers les mille blessures morales que ma faites ce siècle, si je me suis senti tout dun coup relevé et purifié,
crois que tu dois, sœur chérie, bénir la destinée réunie au champ des morts! Merci, je tai donné toute mon existence pour cela.
Oui, cette pensée sur mon âme est venue quelquefois, dans des heures de nuit, sans sommeil: Marie ne vivra pas. Soit, je laimerai dans ma passion légitime, une affection vraie me venant au cœur avec cette idée fixe…
Au milieu des malheurs, le pauvre ne ment pas! Si la tombe de Marie devait la renfermer dans sa virginité, ne serait-ce pas déjà pour moi une sorte de bonheur!
Voilà, ma bien-aimée sœur, à quoi je me suis surpris à penser, et alors je me suis expliqué pourquoi certains crimes sétaient commis!
Cette passion est devenue victorieuse comme lautre; elle lest à point, parce quelle est soutenue par la volonté dun homme. Mais, jai appris peu à peu à mépriser tellement lhomme que cette contemplation ma donné sur moi-même un grand empire. Au malheur, surtout à celui que jappellerai fatal, joppose la résignation.
Tu vois, chère Marie, combien je vis en double; dès lâge de 15 ans, je me suis habitué à mener presque continuellement de front deux idées: lune de la vie pratique et journalière, lautre du rêve de linstant amoureuse ou musicale, souvent lune et lautre à la fois.
Laisse faire Dieu, chère sœur, jai une foi profonde. Nessaye pas de la saper; mon affection pour la blonde enfant une fois éteinte, que me restera-t-il sur terre? Chaque fois que je pense à cette solitude possible, je pleure. Pourquoi donc vouloir menlever ma seule joie, mon seul but, celui grand auquel je pense à Dieu! Ne veut-il pas lui-même vivre avec un époux au cœur, même doit-il être un jour Dieu! que de raisons!
Une existence pour laquelle je ne trouve pas dexpression… Espoir et vouloir: pour nous tout est là. Et si je dois être malheureux, je le serai bien assez tôt.
Ne sachant pas dune manière technique quelles peuvent être pour notre chère Henriette, les suites de son accident, tes écrits me laissent inquiet. Tu sais que jaime beaucoup notre sœur aimée, dans laquelle je vois une mère, avec un cœur si beau et si tranquille. Que son cœur devienne définitivement heureux.
Si, par hasard, pendant votre réunion de Draguignan, il arrivait quHenriette, qui a certainement compris que jaimais sa fille, te parlât de cela dune façon quelconque, tu dois me le dire. Mais je pense que tu dois être muette comme la tombe de Henriette; ne te dis rien.
Je suis heureux de voir que ton mari et tes enfants vont à ton gré; je les embrasse bien fort de tout mon cœur. Priez tous pour moi.
Je suis triste parce que je nentends parler de rien pour une nomination. Jai bientôt 30 ans!
Je tembrasse, ton dévoué petit Jules.

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Libreville, le 6 septembre 1889
Cher frère Marie,
Je profite du départ de lpaquebot allemand pour vous dire un petit bonjour. Quand cette lettre vous parviendra vous serez sans doute auprès dHenriette ; je vous souhaite beaucoup de plaisir. Je voudrais bien être à votre place, à côté de mon joli lutin blond !
Ma santé se maintient très bonne, jai toujours un excellent appétit et jespère supporter gaillardement la mauvaise saison qui déjà sannonce. Je suis toujours chef du secrétariat du Gouvernement. Jai beaucoup à faire, et ce métier de paperasses ne me plaît guère ; mais je men tire à la satisfaction de M. de Chavannes qui se montre charmant pour moi, et je sens que je rends service.
Inutile de vous dire que je nai rien reçu au sujet de ma nomination comme Administrateur Colonial de 1ère classe. Cependant, dans deux mois il y aura des élections, et je sais quon ma été proposé, et quon avait solennellement opposé à Brazza comme à moi que ce serait pour laprès-vacance !!! Et cependant jaurai 30 ans dans ces deux mois. Je ny comprends véritablement rien du tout. Étant donné surtout le nombre dindividus peu convenables sous tous les rapports quon a introduits dans ce corps-là, on ne veut pas admettre un homme de bonne foi, cest là. Il faudra bien cependant quon prenne une décision à mon égard, et je suis contentement davoir la provision et avenir de bouchon. Cest le seul pour avoir de mon horizon, mais je ne crois pas quon fasse grand chose pour le blanchir.
Jai été surpris du silence de Léon à son retour de Paris ; quel indélicat !
Jespère que toutes vos santés sont au beau, et que ma jolie filleule ne souffre plus de ses cagoules. Quelles vives émotions vous allez passer dans cette Provence, ah ! existence est faite denvies !
Embrasse pour moi mon enfant, ma bien-aimée petite ; je ne la verrai sans doute que dans de longs mois. Croyez tous à mon dévouement, et recevez mille baisers.
Votre frère,
Gaston Balay

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Libreville, le 15 septembre 1889
Mon cher Camille,
Jai reçu votre premier envoi de temps, je vous remercie de ne pas moublier. Cest pour cela que je vous demande encore autre chose : ayez la complaisance de menvoyer une petite caisse de 4 flacons grand modèle (3,50 à 4 f) de leau dentifrice des pères Bénédictins et 6 flacons dalcool de menthe Ricqlès. Vous pourriez vous renseigner sur lenvoi possible de colis postaux, et tâcher denvoyer de façon à ne pas dépasser les limites autorisées. Vous vous ferez rembourser par Léon.
Léon na-t-il pas profité de cette occasion pour lui parler de ce que vous savez, et lui demander quon en finisse ? Réellement, cest idiot.
M. de Brazza ne semble pas prêt de revenir ; on prétend même quil va se marier ! Sil aime et quil soit aimé, il aura joliment raison.
Je vous quitte, mon cher Camille, pour causer un tout petit brin avec votre femme. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre dévoué frère,
Gaston Balay

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Le 15 septembre 1889
Ma chère Marie,
Il fait aujourdhui un temps superbe, aussi la rade est belle, le vent souffle légèrement. Je suis content et bien portant. Content pourquoi? Ce nest assurément pas à cause de la réussite de mes projets qui ne vient pas; non, cest tout simplement parce que je vais causer un peu avec ma chère Calotte, cette méchante sœur dont je nai reçu aucune nouvelle par le paquebot qui a quitté Marseille le 10 août.
Ce matin jai été à la messe à léglise paroissiale de Libreville. Cest pauvre, mais convenable, très propre et bien rempli. Les petites négresses des bonnes sœurs chantent très agréablement accompagnées par un bon harmonium. En un mot, jai été étonné de ce que la piété pouvait faire de gens qui sont trop souvent des brutes, et la morale de ceci est que jy retournerai plus souvent.
Jai fait connaissance avec le fils Espinasse. Cest un jeune homme charmant, très jeune et très simple; il ma semblé encore très naïf au point de vue des voyages, mais jimite cela étant bonne que jai passé par là. Je crois que son destin va partir prochainement pour lAmérique du Sud.
Jai enfin reçu des nouvelles des Draguignanais (ou mieux Draguignan). Henriette se remet lentement. Je vois dun coin certain bébé rose en maillot, coiffé dun grand béret blanc. Quelle drôle de chose que la vie! Souvent je vais rêver sur ces grèves de la Provence; jai retrouvé la portion de mon âme qui sest envolée ici.
Je pense que vous vous embrassez bien dans cette réunion intime! Les femmes, les mères surtout ont mille choses à se raconter, que les hommes ignorent. Être amis denfance se retrouvant souvent, le cœur et les larmes unies, la vie de lhomme en effet, a de rares exceptions près, se compose dévénements routiniers et bourgeois, artificiels, mais où la joie na rien à voir. Au contraire, la vie de la femme se passant bien plus au foyer, me ressort beaucoup plus de petites émotions intimes. Elle en fait sa joie; cette joie, elle aime à la communiquer, surtout à une sœur.
Je ne sais si jargumente juste, mais je sens de plus en plus combien jaime cette nature faible et dun spécimen inférieur au plan masculin. Hélas! plus on aime la femme, plus on a dans la suite dillusions à détruire. Un redouble pour moi lincertitude de lavenir! Que faire à la rencontre dune destinée? Et ce mot nest pas dans ma bouche une expression banale. Sans doute, je ne crois pas à quelque chose de fatal dans nos actions: cest trop absurde et cela nous réduit à létat de machines! Mais, il nen est pas moins vrai que certaines vies sont à jamais gâchées et amères jusquà la mort, parce quun œil vous aura regardé un beau matin de votre existence! Cest immense, mais cela est…
Dans ces conditions, que vous importe tout ce qui nest pas absorbé par une pensée unique: lêtre aimé, idéalisé, voulu. Quelle chose charmante et affreusement logique, quand, irréparable, quelle torture morale peut être comparée à ce déchirement suprême! LAntiquité nous offre un constant rapetissé lorsque nous le prenons comme terme de comparaison!
Que faire? Rien, poursuivre son chemin; que y faire? Mais il ny a plus rien dans votre chemin; un but, un repos: il y a la mort qui vient à saint pas, comme un voleur, dit lÉcriture.
Cest une étude bien curieuse pour un psychologue que cette passion intime contenue dans une seconde de contact! Pourquoi cette petite blondine, au milieu de tous les visages que jai entrevus au loin? Pourquoi ce bouton à peine éclos, quand jai pu respirer des fleurs charmantes? Oui, ma vie a été effacée comme avec la craie ou lalbum noir par léponge du mathématicien. Il me semble quavant le 10 avril 1888, il ny a plus de passé pour moi; cest étrange et nous verrons quand souvrira la troisième période.
Le 20 septembre 1889
Encore un mot avant de fermer lenveloppe. Nous sommes entrés dans la mauvaise saison, mais je pense que je la soutiendrai vaillamment. Japprends à linstant que M. Sabine, le Résident de Brazzaville, va redescendre au Gabon pour rentrer en France: 6 mois de congé, 3 mois de voyage; tout cela à partir du mois de novembre; le remplacer aurait bien fait affaire; malheureusement cette maudite nomination dAdministrateur Colonial de 1ère classe ne vient pas, et il est fort probable que ce sera un autre. Jusque-là, quand durera la situation provisoire et idiote où je suis!
Quel vieux rabâcheur je fais!
Je vous embrasse tous bien tendrement, et je caresse bien mes trois petites blondines, surtout ma pétillante jolie…
Ton dévoué
Jules Barloy

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Libreville, le 27 septembre 1889
Ma chère sœur Marie,
Jai reçu avant-hier 25 septembre ta lettre datée de Vevey 23 août. Je suis bien heureux de vous savoir tous chez notre cher cousin Grumel qui jen doute pas vous a fort bien reçus. Les journaux illustrés nous ont renseignés sur les splendeurs des fêtes de Vevey, et je vois dici ce quil a dû couler de vin blanc. Tu as raison, chère sœur, ce lac de Genève avec son cadre de montagnes et de riantes collines est charmant. Il y a surtout avant darriver à Clarens, en dehors du château de Mme de Warens et de lAriège, une collection de petites villas charmantes au bord de la route du lac. Je ne sais si tu les as remarquées ! Cest là quon serait bien pour passer une lune de miel.
Jespère que ce voyage ne vous empêchera pas de faire celui de Draguignan. Jai reçu de ces chers amis une bonne lettre. Henriette se dit remise, mais qui la connaît quelque peu, je sais par son style quelle est lasse, la pauvre. Les petites auront aussi ; quelle différence entre elles ! Amélie est une véritable petite fille. Et Marie, mon bébé aimé, est déjà une vraie petite femme. Il faut dire en conscience que tu feras bien de les développer.
Comme tes petits blonds ont dû grandir pendant ces jours de beau soleil. Ton petit Henri sera je le pense adoré par ces beaux spectacles de la nature.
Je vous souhaite une bonne année commençante, il est bon en effet que vous fassiez des économies pour votre avenir et celui de vos si jolies et drôles. Vous occupez-vous du logement que vous devez occuper ? Ne vous laissez pas surprendre au dernier moment et songez exigemment.
Je suis toujours bien portant ; jai même engraissé notablement. Joccupe toujours les fonctions de Chef du Secrétariat du Gouvernement. Jattends toujours ma nomination dAdministrateur Colonial de 1ère classe, mais je sais cependant rester indéfiniment dans une situation provisoire, décoré de ce titre absolument fantaisiste de Chef dExploration.
Hier, nous avons reçu une dépêche officielle nous donnant les premiers résultats des élections. Si, comme je le pense, les Républicains ont une majorité de 150 voix, je trouve que Léon devrait bien en finir, et hâter cette nomination. Cette attente indéfinie retarde beaucoup mes projets davenir. Dailleurs, il est entendu dajouter que jirais parfaitement dans une autre colonie, sil le fallait.
Je tembrasse de tout mon cœur, chère sœur Marie, ainsi que tous les tiens. Priez Dieu pour moi.
Ton frère dévoué,
Gaston Balay

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Libreville, le 10 octobre 1889
Ma chère sœur Marie,
Jattends avec impatience une bonne lettre de toi, car ta dernière était datée du 28 août, ce qui commence à être lointain. Jai su, par une lettre dHenriette du 2 septembre que vos santés à tous étaient excellentes, et que vous étiez revenus enchantés de votre voyage en Suisse. Car cétait vraiment une veine pour vous de vous trouver là-bas au moment de la Fête des Vignerons; daprès les journaux les fêtes ont été superbes, on a dû vider quelques bouteilles de vin blanc! Car cest là le défaut de ces gens cependant que lon pense une partie vis-à-vis de moi. Je ne veux rester ainsi longtemps dans le Provisoire, exécute un titre de Chef dExploration, très-fantaisiste puisque, malgré ma bonne volonté, je ne possède pas les qualités techniques pour le rendre utile. Je ne puis dire que je sois mal comme Chef de Secrétariat de M. de Charannes. Mais enfin, ces fonctions darchives et de paperasses mennuient, et de plus, je ne suis quun intérim…
Il serait donc à désirer que je reçoive enfin une nomination comme Administrateur Colonial de 1ère classe, ce qui permettrait de memployer ailleurs au service actif des Résidences, ce quon ne peut faire tant que je ne posséderai pas le titre officiel nécessaire.
Maintenant que la brouhaha des élections est passé, il me semble que lon pourrait un peu soccuper de moi. Léon continue à y apporter autant de désintéressement, Camille ne pourrait-il se servir dun autre intermédiaire? Je vous avoue que je suis las dattendre, et ce qui me fait courage, cest que maintenant vous êtes là au bon moment. Voyez donc sil ny aurait pas moyen de faire pour moi quelque chose de sérieux. Si vous obtenez un bon résultat prompt et assuré, ne regardez pas à un voyage dÉtat aux Colonies. Ceci est très-important parce quon nest pas obligé de passer par de Brazza, qui dailleurs doit être très-bien réprimé prochainement.
Japprends à linstant les résultats définitifs des élections; je les trouve satisfaisants. Je vous avoue plaisir que ce pantin dAudrieux a été blackboulé. Donc, nous avons triomphé dune coalition idiote et méchante; tout est pour le mieux, la République a la part belle pour pratiquer lapaisement. Elle devra sasseoir sur la minorité.
Ces résultats rendront très-faciles les démarches que Léon pourrait faire pour moi. Je lui ai écrit un mot.
11 octobre 1889
Quand vous recevrez ma lettre, Lyon commencera à se couvrir de brouillards. Les petits seront chaudement couverts, et ma Nièce aura peut-être le bout du nez rouge. Remontrance importante; défiez-vous des chorobeski. Comment est ma cousine Octavie? Elle doit être à présent revenue à Lyon au grand contentement de son mari. Que vous font toi et Camille des excursions en Forézienne autour du Chalet, nest-ce pas que cest joli? À te remarquer les petites villas, lune au mois, qui sont sous le château des Crêts, au bord du lac. Quels nids pour une lune de miel? Jespère que Justin ne voudra pas se retirer des affaires de Rouen? Quand tu iras à Fourvière ou dans une église, tu mettras parfois un cierge pour moi, reste en toujours deux, il faut intéresser la Sainte Vierge à mon bonheur.
Je remercie Camille de la régularité avec laquelle il mexpédie le Temps. Henriette ma écrit quon pouvait envoyer des colis postaux; vous pourrez donc menvoyer ce que je vous ai demandé dans ma lettre précédente, surtout des souliers des P.P. Henriettains.
Nous mangeons actuellement assez de légumes, rations des chasseurs. Les Conserves napparaîtront jamais sur cette table, en souvenir depuis 1885. Libreville a rétabli, grâce à la…
Jai lu dans les journaux quun grand incendie avait éclaté à Madrid, beaucoup de tocs revenant à Lyon. Je pense que la maison Atrum na pas fait de gestes à cette occasion.
Réponds-moi au sujet de votre changement de logement; que je sache où vous nicher quand je reviendrai vous voir. Inutile de vous demander de réserver un petit cabinet pour moi; il faudra bien que vous mhébergiez encore quelques fois.
Quand tu recevras ma lettre, vous aurez déjà allumé un peu, dont les fourneaux et avec les doubles fenêtres. Je ne suis pas avec vous la Noël, mais il faut bien remettre avec calme ce quon ne peut empêcher.
Vous déciderez-vous à envoyer Henri à lécole, ce serait pour vous quelques instants de repos. Lessentiel est de bien choisir, selon votre condition sociale et les goûts de Camille. Comment va cette pauvre Mme Clavière? Pensez-vous faire encore maison commune? Ce sera pour vous une charge qui deviendra plus lourde à mesure que la pauvre ira en déclinant. Et la maison de Vienne marche-t-elle mieux en gré de vos désirs? Je vous pose toutes ces questions, parce que je mintéresse beaucoup à votre situation matérielle, et je désire avec ferveur que possible…
Je pense que Camille te fera peut-être entendre cet hiver quelques beautés musicales: si lon joue le Roi dYs ou Esclarmonde, ne manquez pas dy aller, mais pas une seule fois; parce que vous ny comprendriez rien.
Chère sœur, jai reçu par le courrier du 2 septembre, une lettre dHenriette, qui en contenait deux autres, parmi lesquelles une petite blondinette charmante, pleine desprit et de cœur. Comme elle grandit cette chérie, cette blondine, comme on sent que la femme perce déjà sous lenfant. Cela ma fait grande joie au cœur, et ma tout ragaillardi.
Car je venais davoir un gros accès de fièvre, avec sorte de délire, et il a fallu trois jours de purgations pour arriver à chasser tout cela. Je me porte admirablement à présent, et me régale avec de leau de Vichy. Inutile de parler de cela.
Jai donc eu un vrai bonheur, et jai remercié Dieu qui est bon.
Ce sera difficile, chère sœur, mais beaucoup moins quon le pourrait croire. Si ma santé se maintient bonne, mon corps restera jeune comme mon cœur. Dans tous les cas, cette enfant me possède tout entier; cest peut-être pour moi une sauvegarde, et jen remercie le Ciel.
Quelque chose mennuie cest le silence quon garde vis-à-vis de moi à Paris. Je suppose quil faudra fréquenter des paquebots de récits plus gros. Mais la vie est relativement chère; ainsi, je touche par mois 650.00 de solde et je suis logé. Eh bien! Je ne puis guère envoyer en France que 350.00 par mois. Dans lIntérieur, je toucherais seulement 550, et jenverrais au moins 450.00 par mois. Ça viendra bientôt, jespère; ce nest que pour cela que je suis venu ici.
M. de Charannes est malade depuis quelques jours; son moral saffecte très-facilement. Je nattends pas M. de Brazza avant 6 mois, et encore.
Je vous embrasse tous grands et petits, jeunes et vieux, de tout mon cœur. Écrivez-moi longuement. Je compte sur vous pour les démarches actives et sérieuses dont je vous ai parlé en commençant.
Mille baisers. Je vous donne de tout cœur.

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Libreville, le 18 octobre 1889
Ma chère Marie,
Je viens davoir encore un accès de fièvre. Heureusement quinine et purgation, aidées par leau de Vichy, mont vite soulagé ; il ne me reste quune certaine faiblesse, demain il ny paraîtra plus. Je paye ainsi mon tribut au climat de Libreville, qui est certainement le plus malsain de la Colonie. Ne te fais pas dinquiétude de ces petites bêtises, inutile den parler autour de toi. Mais cela prouve surabondamment quil est mauvais pour moi de rester à Libreville.
La position sédentaire de Chef du Secrétariat, la vie active et mouvementée est bien mieux mon affaire, et jattends pour cela quon menvoie dans lintérieur. Seulement, il sera difficile de my utiliser dune façon sérieuse tant que je naurai pas été nommé administrateur de 1ère classe. M. Gobine, ladministrateur résident de Brazzaville, va revenir au chef-lieu au commencement du mois prochain ; il rentre en France pour se reposer. Peut-être M. de Chavannes menverra-t-il à sa place.
Dans tous les cas, jespère que les élections étant heureusement terminées on soccupera peu de moi. Je crois que cela (ma nomination) serait au profit de ma santé qui a besoin repos moral.
Il y a bien longtemps que je nai eu de tes nouvelles, ta dernière lettre était datée du 23 août. Cest long, presque deux mois ; et ce sera encore bien plus long quand je serai dans lintérieur. Mais, cest dans la philosophie quil faut avoir pour se rassurer encore plus vivement contre absence de relations.
19 octobre 1889
Jai fait hier soir une jolie promenade qui jaime beaucoup à renouveler. Je veux parler des plaines de Baraka. De là, c...

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Libreville, le 15 novembre 1889
Ma chère petite sœur,
Jai reçu le 11 courant ta bonne lettre du 3 octobre avec la charmante petite personne quelle contenait, et à laquelle jenvoie un gros baiser. Jétais dautant plus ravi, quHenriette, avec une bonne idée semblable, ma envoyé la photographie de Marguerite. Les deux bébés me sont arrivés par le même courrier, et le Gouverneur, M. de Chavaumes, à qui je les ai montrés, sest extasié sur leur gentillesse mutuelle.
Je nen sais rien du tout. Contesté, hésitations, incertitudes: M. de Chavaumes, à mon avis, nest pas à la hauteur de la tâche que de Brazza lui a confiée. Cest un brave garçon, mais, en le grattant un peu, on retrouve facilement le clerc de notaire. Bien entendu, garde cela pour vous. Aussi, jaspire à quitter le plus promptement possible: cette occupation de bureau ne me donne aucune satisfaction. Jaimerais beaucoup mieux courir un peu la brousse ou du moins avoir une tâche à moi. Je pense que cela viendra.
Jai reçu en même temps que ta bonne lettre, de bonnes nouvelles des Dracénois. Ses aînés sont rentrés; Marie a ressenti un grand bien des bains de mer. Jai reçu également une lettre de Pierre. Il ne me dit pas un mot de sa famille. Néanmoins sa lettre est très amicale. Son candidat boulangiste a reçu une jolie misérable. Jespère que lâge amènera un peu de plomb dans cette tête. Il paraît que Serville Emmanuel va entrer bientôt dans la lagune des ombres; son frère, plus heureux (qui sait?), entre à lÉcole de guerre.
Jespère que vous mavez bientôt expédié les 6 flacons deau dentifrice des Bénédictins de Marseilles: ici, on na que des saletés, des falsifications.
Je reçois toujours le Temps, bien régulièrement, avec cette belle petite gaine de soie verte, que je garde avec soin, car elle me servira à coudre mes Rapports officiels. Ce sera dun bel effet, mon frère Camille, que le Gouverneur en sera jaloux.
Jespère que mes lettres vous arrivent régulièrement; plusieurs à Henriette ne me sont pas parvenues. Je suis bien content de voir le petit Henry avoir bien pris son parti de lécole; dans peu ce sera le tour de Jean: quelle joie pour vous, mes bons amis.
Vous ne me donnez pas de nouvelles des Gouttelaron et de Jean Fabre. Jai écrit le mois dernier à Justin.
Je vais avoir aussi cette série des lettres et des cartes de la nouvelle année: quelle balancerie.
Chers amis, je vous embrasse tous de tout mon cœur, et me dis:
Votre dévoué,
Jules Barloy

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Libreville, le 28 novembre 1889
Ma bien chère Marie,
Jai reçu le 29 courant ta lettre du 17 octobre. Je suis étonné que mes lettres tardent tant à vous arriver, car jécris au moins deux fois par mois. Jai constaté dailleurs que certaines lettres dHenriette ne métaient pas parvenues, il ne serait donc pas étonnant que la réciproque fût exacte. Tu mannonçais dans ta lettre des fleurs ou cires envoyées par Mme H. Maire; je nai rien trouvé dans lenveloppe.
Je vois que vous étiez tous heureux et bien portants, mais je vous plains de la situation qui vous est faite par laggravation de la maladie de Madame Clarion. Enfin, vous ferez appel à toutes les forces de votre cœur; ce sera pour cette malheureuse femme malheureuse aussi sa dernière histoire.
Jai ri surtout avec plaisir quand jai lu votre petit trio dhiver qui venait: beaucoup de soins, de précautions et gare aux choribeks!
Je vous envoie avec ces lignes lexpression la plus sincère de mes meilleurs souhaits. Je tenvoie par le paquebot portugais du 23 de ce mois mes cartes et lettres danniversaire. Vous mavez peut-être cru un peu oublieux; personne, il est véritable cependant que beaucoup mont oublié. Vous me connaissez assez, au-dessus des hommes, pour me donner des liqueurs, de largent et noir à lemployé. Je dois marranger à économiser environ 300 à 350 frs par mois, et cest bien juste de se faire inscrire avec les 300 frs qui maident avec les 300 frs qui restent. Quand je suis arrivé ici, le bon commissaire qui finit lintérim que je remplis actuellement, avait de ce chef un supplément annuel de 2000 frs. On me la supprimé. Toujours deux poids et deux mesures, inutile de vous dire que je nai pas réclamé!
À la longue, je me suis décidé au silence: à considérer la réussite des démarches que jai entreprises depuis 1886 (novembre), jai compris que je me faisais au cerveau et au cœur un mal considérable et irrémédiable. Je suis toujours un peu obsédé par des idées fixes, mais je suis résolu à ne plus ouvrir la bouche pour men plaindre. Le jour où jen aurai assez, surtout si mon cousin Justin venait à men aller, je ferai ce que jai fait déjà une fois.
Il arrive souvent en effet quune ambition ardente fasse place soudain à un amour ancien de la paix, de la tranquillité. Une sorte de fatigue, de lassitude morale conduit à un renoncement des affections. Dans ces moments fréquents, je vous avoue que si jétais en possession des 30.000 frs que jespère de mon cousin Justin, plus des 30.000 frs à moi que jaurai réunis le 1er janvier 1891, soit en tout 3000 frs de rente, je tâcherais dêtre nommé juge de paix, sous un petit trou dun pays où il fait chaud et sec. Peut-être serais-je Volont Point? Peut-être serais-je décidé à linertie tranquille, et à la médiocrité heureuse des années?
Certes, vous devez vous dire que bien des jours dans ma situation actuelle seraient confortés. Cest possible, je ne vous dirai même pas que ma tristesse et mon ennui sont les produits dune jalousie aigrie. Je constate simplement que je suis atteint dune maladie incurable voisine de lhypocondrie. Vous ne devez pas vous étonner lorsque je vous dis que je voudrais trouver encore beaucoup mon corps pour tâcher de soulager cette pauvre tête qui travaille trop.
Navoir à tout jamais des relations de bonne amitié, navoir pas même une amourette, une petite fiancée amoureuse pour parler des bonnes choses de lhumanité! Je ne crois pas que ce soit triste; je crois seulement que cest lécole qui prépare le mieux à la mélancolie incurable et à labandon de soi-même.
Ne vous y trompez pas: cest par là que lon devient philosophe, philosophe amer. Quimportent les conséquences de tel acte pour un esprit modifié qui ne peut plus supporter la moindre fatigue, la moindre peine! On se dit: de jour en jour, de coup et dappoint, la vie suse et sefface. Comme un claqueur de plomb, comme un claqueur grotesque.
Stérile, usagé et inutile. On est tout étonné de se dire un beau matin: jai vécu encore six ans depuis! Cest un déplorable état, mais rien ny fait.
Dans quelle ascendance, par quel phénomène datavisme ai-je trouvé ce masque intellectuel aussi loin que remontent mes souvenirs denfant, je nai rien vu de semblable chez nos familles. Jai bien cru que jai été conçu à une époque où nos chers père et mère avaient de grands soucis. Certaines circonstances de ma vie où javais atteint des situations misérables na pas été ménagé; une inclination naturelle pour les sentiments religieux et humains; enfin des affections extraordinaires où jai épuisé, en peu dannées, les larmes de mon cerveau et les douceurs de mon cœur. Quel fouillis dans cette chose que jappelle le moi!
Le dernier coup, ça a été cette pauvre petite Marie. Un jour, être sûr que jen ai été affreusement blessé et navré! Car, malgré que je me lutte la plaie, essayant de me tromper moi-même, je sais bien que cest impossible. Jamais les parents ne voudront, et je ne puis dire quils aiment tout. Si je pouvais rencontrer une jeune fille simple, et non pas une intellectuelle que jaurai loccasion dencadrer dans un pays plus civilisé que celui où je réside actuellement, il est évident que cela ne serait pas malheureux, parce que chez nous la fille remplace souvent lamour.
Mais le jour où je me trouverai en face de Marie dans dix ans, aurai-je la force de résister à la passion qui fait les minables aussi bien que les héros? On a beau parler du train-train de la vie, des sentiments qui passent et qui seffacent, quand la chair a été prise et bien prise, jusquà ce quelle soit morte, elle revient au moindre coup dœil, au moindre souvenir.
Pauvre enfant, pauvre moi!
Réjouissons un peu tout ce tableau trop gai. Je vais moccuper de ma année nouvelle. Intensément, ainsi toujours plus ardent de vivre que jamais. Bien le cas idéal pour mon déplacement. Hier absolument rien de Paris! En tous cas, envoyez-nous apportant une collection de nominations concernant des gens impartiaux et sous les meilleurs titres (services diplomatiques, etc.). Cest à croire que toutes les difficultés faites, les opportunités en mettant partout des nullités peu propres, mais bien soutenues!
Avez-vous reçu une lettre de moi dans laquelle je vous priais de menvoyer 6 flacons deau dentifrice des RR. PP. Bénédictins? Si oui, ne moubliez pas.
Je reçois toujours le “Temps” bien régulièrement et vous en remercie. Je conserve bien précieusement les ciseaux en soie verte qui me permettront de coudre mes Rapports, si jen ai quelques-uns à envoyer.
Là-dessus, je ferme mon clapet. Comme disait mon voisin aux simouns de lAlbatros, et je vous embrasse de tout mon cœur. En confidence, je vous dirai encore une fois que décidément M. de Chavaumes est très mieux fait pour être clerc de notaire que gouverneur. Je le quitterai sans regret, malgré son amabilité.
Votre dévoué,
Jules Barloy

20
transcriptions/1889-12-03.md Executable file
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@@ -0,0 +1,20 @@
Libreville, le 3 décembre 1889
Ma bien chère Marie,
Je profite dune occasion pour tenvoyer un bon baiser et vous remercier de votre bienveillante obligeance. Jai reçu votre petit colis, je vous remercie, jai écrit à Louis de vous rembourser.
Au reçu de cette lettre, envoyez-moi encore 4 flacons deau dentifrice, où je fais une grande consommation. Mais examinez si vous ne pouvez me les envoyer par la poste, cela mettrait chacun à petit prix. Jai écrit à Louis de menvoyer une douzaine de serviettes de Draguignan en cinq petits paquets.
Je suis heureux de voir que vous êtes tous bien portants. Hier, jai fait une promenade sur une herbe rase, douce et dun vert tendre, qui rappelle absolument vos belles pelouses du Parc de la Tête dOr. Cétait un petit bouquet darbres, les palmiers, le gigantesque bombax (vulgo fromager), tout cela enfoui et couvert de lianes de cent espèces, aux fleurs rouges, jaunes, blanches, quelquefois dune odeur exquise, toutes en général énormes. Jai eu envie sur un sentier, qui serpente, disparaissant brusquement, puis sépanouit de nouveau surveillé par des négresses, leur pipe aux dents.
Si ce pays était sain, ce serait grâce à sa fertilité et à sa beauté un véritable paradis. Ses habitants le gâtent également, car ce sont des fripouilles voleurs et sans morale aucune. Plus ils sont civilisés, plus mauvais ils sont.
Je suis pressé par le courrier à capter qui part le 22 ; je termine ce bavardage. Mais je vous recommande de nouveau ardemment : 1° des démarches sérieuses et actives ; 2° mon envoi deau dentifrice.
Je vous embrasse de tout mon cœur, grands et petits, ma filleule, Mimi, Jean et Henry, et me dis
Votre dévoué,
Gaston Balay
Priez pour moi.

116
transcriptions/1889-12-16.md Executable file
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@@ -0,0 +1,116 @@
# Libreville, le 16 décembre 1889
Ma bien chère Marie,
J'ai 30 ans depuis 10 jours ; 30 ans la moitié de la vie. Je trouve que
c'est bien vite arrivé : pour ceux, regardant autour que nous, or,
années au moins, de cette période qui vient de s'écouler, je n'ai pas de
grands désastres à déplorer. Je puis dire également que je n'ai jamais
connu une seule grande joie. Toutefois je n'ai pas été étranger au
bonheur. Je vis sous très jeune, surtout de tendresse, et j'espère bien
que mon tour viendra enfin d'aimer et d'être aimé, d'une façon pratique
et réalisable. Je ne puis dire que ces deux choses n'existent pas, mais
l'épithète finale est pour moi l'objet d'un doute. Combien les sauvages
sont plus heureux que nous, puisqu'ils n'ont à compter, dans tout ce qui
touche aux affections, ni avec les conventions du monde civilisé qui
nous imposent bonnes mœurs, ni avec les difficultés de la vie sociale
telle que vous l'entendez. En vérité, préservez-nous, vantes
institutions, toutes nos organisations compliquées, pour en arriver à
envier des barbares. N'est-il pas désespérant que l'homme en fasse, à
propos de choses que je qualifierais d'assez secondaires, des lois
prohibitives qui nous empêchent à chaque moment d'être parfaitement
heureux. Au nombre de ces lois qui n'ont qu'un préjugé de classe. Tous
ces préjugés sociaux, qui séparent très souvent des êtres faits l'un
pour l'autre. J'aurais voulu arriver à Noël, pendant que vous êtes à
Lyon, à avoir quitté Libreville. Jamais il n'a été de tentative plus
humanitaire. Négociations plus humanitaires passant le pont Monard, car
je désespère de voir le pont terminé avant de longues années. Puis le
soir, la petite maman va chercher son cher compagnon, avec Henry ou
Jean. On se remet l'un contre l'autre, et l'on va examiner les vitrines
des beaux magasins lyonnais. Moi, aussi, malgré cet ennuyeux bureau qui
me prend tout mon temps, je voudrais aller faire quelques jolies
promenades dans les environs de Libreville. Combien de fois, menant à
travers les lianes embrassées et les pelouses sans fin, composé de temps
en temps d'un sympathique bouquet, combien de fois, dis-je, n'ai-je pas
compris que là était le secret de mon amour pour ce pays, auquel en
somme je ne dois guères que des ennuis. Je n'ai jamais trouvé de joie
qu'au milieu d'une nature adorable, et ma tournure d'esprit amoureux de
la solitude et de la rêverie m'a prodigué une certaine quiétude, pleine
de jouissance, malgré les désillusions qui m'ont été réservées depuis un
an que je suis entré dans une nouvelle carrière. Si Dieu ne m'a donné
que cette jouissance, je la considère comme bien consolante. Elle ne
trompe jamais.
Je me porte bien, et pour longtemps. Pour la même situation que nous
devons occuper, que ce soit au refuge ou à la retraite, avec toute la
foi, je la remplirai avec toute la foi que je puis. Jamais le colonial
que je suis, n'a été aussi fermement résolu à ne jamais travailler par
lui-même, ou moins à travailler par lui-même. Je le dis d'ailleurs sans
amertume, jamais aucune portion, bien que tout cela ne me sourie guère.
Car c'est un travail modeste et oublié. Mais la bonne opinion qu'on a de
moi remplit mes devoirs, même quand une bien des choses, je mène quant
au cœur aussi pur et ambitieux se trouve placé sous la boussole et au
profit d'un imbécile fait pour être gouverneur comme moi pour être
évêque. De Chavannes est un bon garçon, mais tout à fait inférieur. Il
flotte beaucoup de nuages et les RR.PP., tout en ayant l'air très dévoué
pour le gouvernement, c'est un petit aristocrate aux idées anciennes et
sournoises. De plus, à la tournure des gens plus fins, deux tuns les uns
nous arrive d'une nouvelle recrue écrite, dans une convenable réponse
écrite presque. Gardons pour nous toute confiance. Mais j'ai bien vu de
suite qu'il avait perdu de suite qu'il se plaçait supérieur en effet. Il
ne me produisait pas et qu'il me donnait son appui, comme à avoir sous
la main, sous l'apparence civile, lavoir prêtre, l'affectation.
Je n'ai aucune affection pour cet homme qui serait devenu un érudit,
s'il y voyait son intérêt. Néanmoins, nos rapports sont d'une correction
froide, et je dois reconnaître que c'est un homme bien élevé, quoique
sentant un peu la prêtrise.
Je me suis imprégné de philosophie. Je crois que la loi pour moi, la
sainte loi sans doute, j'ai été déçu, mais comme je n'y puis rien,
j'attends le moment de la revanche.
Combien vous êtes plus heureux que moi ! J'ai cru songer comme je vous
le disais dans une lettre précédente, à rentrer définitivement en
France. Mais je sais que Justin ne me le pardonnerait pas, et je ne
tiens pas à me fâcher avec lui. Seulement, il est que je serai nommé
administrateur, mon sort est bien pris. Je demande à vivre outre
Colonie. Seulement, cette nomination me paraît désormais bien
chimérique. Le gouvernement semble bien résolu en effet à ne point
envoyer au département les Notes du personnel du Congo, sous le prétexte
que ce personnel est local. Ainsi donc, que deviennent les assurances
qui m'avaient été données en décembre 1888, vous serez nommé
administrateur dans 2 mois ? me disaient Révoil et de Brazza. Il y a un
an de cela, et je suis convaincu que mon nom est bien oublié dans les
bureaux du Ministère. Vous comprenez, ces combines multiples, j'ai
quelquefois des pensées amères, et combien je regrette de m'être engagé.
Il a déjà assez, dans tout ce fonctionnarisme étroit et ridicule. J'ai
un secret pressentiment que je ne réussirai pas mieux. Mais, encore une
fois, je ferai mon devoir, avec un brin de confiance, pour tout cela une
indifférence qui pourrait affaiblir.
Le jour où je serai dans l'histoire, le temps me semblera au moins
s'avancer vite. Quant à ce que j'ai désiré, un Congo de surveillance et
tâchons de me sortir de cette boîte inutile de vous dire qu'on m'écrit
plus M. de Brazza. D'ailleurs pour ce qu'il a affaire ici, il a, aux
dires de tout le monde en France, perdu bien de rester en France. Ceux
qui ont quelques affections pour lui doivent le laisser soigneusement.
Ils sont comme ces catholiques hostiles qui n'osent plus montrer leur
drapeau. C'est cela est une pénible car en somme, ce n'est pas un homme
ordinaire. J'ai bien peur en toute de n'avoir deux mois encore de cartes
de lettres à l'occasion du 1er janvier. Sans doute la plupart de ces
personnes ne daigneront pas répondre à ma politesse.
Je me demande de nouveau à votre douceur pour 6 flacons d'eau dentifrice
des R.P. Bénédictins. Je pense que vous pourriez les envoyer par la
poste, ou les envoyant séparément. Cela reviendrait plus cher, mais le
service qui ils me rendront vaudront ce prix élevé. Priez Louis de vous
rembourser régulièrement. Il serait bon également qu'il vous rembourse
tous les ports des journaux, car cela ferait une certaine somme dont je
serais désolé de vous laisser. Merci de votre complaisance.
Je vous embrasse de tout mon cœur, que cette petite feuille de papier
vous apporte les meilleurs de mes vœux.
Votre dévoué frère,\
Jules Berton

43
transcriptions/1889-12-29.md Executable file
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@@ -0,0 +1,43 @@
# Lettre du 29 décembre 1889
## Page 1
Quil pourra pour retarder ma nomination, soit en laissant mon nom dans lombre, soit même en me nuisant. — Il est certain que nous ne nous aimons pas, bien quil ne se soit jamais élevé un nuage entre nous. —
Je serais davoir le petit...
Renseignement suivant : au moment où de Chavanes a suivi de Brazza en 1883, dans quelle position financière se trouvait-il donc ? — On ma assuré quil avait actuellement 300.000 f de dettes. — Si cela est vrai, même en admettant que la somme soit moindre, je ne comprends pas que le gouvernement ait accepté de mettre un homme dans cette situation — cest-à-dire à la merci...
## Page 2
Je te félicite ma chère petite sœur de la décision que tu as prise, au sujet de ta dentition, et du courage que tu as montré à loccasion de cette opération douloureuse. — Je pense que le printemps est mauvais, à cause des névralgies dentaires que le froid détermine chez certains tempéraments. — Mais enfin voilà qui est fait : nous nen parlons plus. —
Je suis content de savoir que vous êtes tous bien. Ta lettre respire un contentement qui fait plaisir ; enfin je vois que Camille travaille beaucoup, ce qui me fait penser quil avancera également beaucoup. A ce propos, ai bien...
...vu votre ami par M. Garnier, lequel nest autre quun négociant de Libreville. — Jai reçu également la petite bluette charmante de ma filleule. — Je vous en accuse réception, dailleurs, dans plusieurs lettres précédentes.
Je suis heureux de voir combien sont bonnes vos relations avec les Fabre. — Jaurais été désolé quune lettre certainement mal interprétée pût une cause de froid entre vous ; à ce sujet, je vous dirai simplement en passant que je nai entendu faire parler de rien de Paris ni dailleurs. — Je nécris plus à personne ; adressez que pouvoir. Il est néanmoins certain pour moi que de Chavanes, tout en étant très aimable pour moi, fera tout ce...
## Page 3
Libreville, le 29 décembre 1889
Ma bien chère Marie,
Le courrier qui part le 6 décembre de Lisbonne ma porté une lettre de toi, déjà vieille du 21 novembre. Il me semble que vous pourriez peut-être vous arranger pour menvoyer de vos des nouvelles plus fraîches. —
Cest bien simple : il y a deux départs par mois ; écrivez tous les 15 jours régulièrement, ce sera plus simple et plus fréquent. Le paquebot portugais qui quitte Lisbonne le 6 de chaque mois est rendu à Libreville le 25 du même mois ; il y a donc là une voie rapide, très sûre, dont vous auriez tort de ne pas profiter. — Les paquebots français sont moins rapides, parce que leurs escales sont plus nombreuses...
## Page 4
...du premier créancier venu et aussi de la première tentation — à la tête dune Colonie dont ladministration est aussi importante que celle du Gabon-Congo. —
Ne croyez pas que ce soit le dépit qui me fasse parler ainsi. — Je vous ai dit ce que je pensais de de Chavanes : cest un bon clerc de notaire, qui a été beau garçon, qui a une teinture de beaucoup de choses, mais qui au fond est nul et très persuadé de sa nullité, quil essaye mais en vain de cacher sous des dehors protecteurs. — Vérité acquisition !
Il est arrivé à se faire détester de tous fonctionnaires et colons, par sa faiblesse, sa pose et surtout son étonnant manque de tact.
## Page 5
Jattends voir philosophiquement et tranquillement, mais jai peur dattendre bien longtemps. —
Je suis depuis 10 jours dans ma chambre, frappé par une plaie au pied ; je voilà enfin cicatrisée, je pense que le soir 1er janvier je pourrai reprendre mon service. Jai eu également un flux de bile considérable ; cest le troisième depuis mon arrivée ; la médecine sest décidée à me mettre à larsenic...
Il est évident que toutes les bile que je me suis faite depuis deux ans sont maintenant à loisir. — Malheureusement on nabandonne pas en un jour voluptés des plus fortes passions des mois et des années.
## Page 6
...tu mannonçais une lettre de Camille que je nai pas reçue. —
Jespère quelle me sera apportée par le paquebot français arrivant ici le 10 janvier. — Je reçois toujours très exactement le Temps, et vous en remercie mon cher beau-frère. —
Jai appris que Justin avait vendu sa propriété avec profit. Néanmoins je regrette quun malheureux concours de circonstances nous prive à lavenir du plaisir daller revoir aux bords de la bleu. — Il paraît que la France est absolument finie, et je le regrette autant pour vous que pour Justin.
Pierre, dans sa dernière lettre, disait : "Marc me paraît en effet prévenir la fin de ce pauvre Emmanuel, malheureux, qui doit à un mal élevé jadis, peuvent faire un peu leur mea culpa. — Voilà Georges à la tête dune compagnie, qui doit sourire à son ambition."
## Page 7
Allons chère Marie, je cesse mon bavardage ; et je tembrasse de tout mon cœur ainsi que tous les tiens. — Voici une année qui senfuit ; espérons que 1890 me verra plus tranquille.
Ton dévoué frère,
**Jules Zorn**

35
transcriptions/1890-01-14.md Executable file
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@@ -0,0 +1,35 @@
Libreville le 14 Janvier 1890.
Mes chers amis,
Je m'embarque demain pour une tournée d'Inspection des Postes et
Stations de l'Intérieur. Je pars de Loango me dirigeant vers
Brazzaville, par Londina, Bouenza, Comba, Mayounga. De Brazzaville je
remonte le Congo puis le fleuve Oubanghi jusqu'au 4° 15' Nord. Puis je
redescends. J'entre dans la rivière Olima que je remonte jusqu'à Djélé.
Là, je vais rejoindre par terre Franceville sur la Passa. Je descends
ensuite tout le fleuve Ogone et je serai, s'il plaît à Dieu, à
Libreville à la fin du mois d'Août, soit un voyage d'environ 5000
kilomètres par terre ou par eau...
Je suis muni des pouvoirs les plus étendus. Je pars content, et j'espère
remplir ma Mission à la satisfaction de mes Chefs et aussi des
Inspectés.
J'espère me bien porter ; soyez convaincus que je ne négligerai rien de
ce qui pourra conserver ma santé. Je vous demande à tous vos prières
journalières et votre Confiance dans le résultat final.
Je vous écrirai souvent, le plus possible. Je vous serai même
reconnaissant de garder ce que je vous écrirai. Continuez de m'écrire à
Libreville, on fera suivre. Continuez les journaux.
Je vous embrasse tous bien fort ; ma chère Marie, notre Blondine, à
tous, Camille, Harry, Jean, ma filleule Mimi, Grand-maman Ravel et tante
Cléron. Faites bien mes amitiés à nos parents, aux Fabre et aux
Gottelaron.
Donc, à bientôt.
Votre frère dévoué,\
Jules Jacquot

39
transcriptions/1890-02-05.md Executable file
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@@ -0,0 +1,39 @@
Loango, le 5 Février 1890.
Ma chère Marie,
Après une quinzaine passée à la Résidence de Loango, je pars ce matin
pour Londina, que j'espère atteindre après 10 ou 12 jours de marche. Je
vous enverrai désormais une relation détaillée de mon voyage.
Ma caravane se compose comme suit :\
-- 1 Contre-Maître (interprète, Macaïa)\
-- 1 Boy (domestique particulier, cuisinier)\
-- 1 Lavader (blanchisseur)\
-- 2 Laptots sénégalais (soldats)\
-- 1 ouvrier charpentier-forgeron\
-- 31 porteurs (25 à 30 kgs par tête)\
-- 3 boys de Caravane\
-- Votre serviteur
Soit 41 personnes.
Le temps est superbe, et la chaleur n'est pas excessive. Je suis bien
fourni de tout : linge, armes, médicaments, etc. J'ai 30 litres de très
bon vin et 5 litres de tafia excellent et toutes les denrées nécessaires
à un bon ordinaire. J'ai de nombreux étoffes pour acheter des vivres
pour en route. Tout est bien installé.
J'ai un tipoy (sorte de palanquin-hamac porté par une escouade de 8
vigoureux gaillards). Le dit de Camp, la moustiquaire, la demi-tente, la
batterie de cuisine, etc. et, ce plût à la chair banque, je pense que
tout ira bien.
J'ai, dans deux jours, à traverser la Mayumba, une forêt que je compte
passer en quatre ou cinq jours. Tout cela est bien nouveau et bien
intéressant.
Je vous envoie mes meilleurs baisers et me dis votre dévoué pour la vie.
Priez pour moi.
Jules Jacquot

49
transcriptions/1890-02-22.md Executable file
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@@ -0,0 +1,49 @@
Loudima (sur la rivière Niari), le 22 Février 1890.
Ma chère Marie,
Le courrier arrivé avant-hier de Loango, m'apporte une lettre de toi du
1er Janvier.
Je suis parti de Loango le 5 février, et suis arrivé avec ma caravane le
16 février à Loudima.
Vous trouverez tous ces noms en cherchant sur la Carte. Je repars demain
23 pour Bouenza. Tous ces postes que j'inspecte sont très-bien tenus,
bien installés, très-propres.
J'ai marché pendant 11 jours dans un pays très-beau, mais très-accidenté
et peuplé à peu près seulement d'animaux sauvages. La traversée de la
forêt de Mayumbe m'a pris 6 jours.
Je me porte toujours bien, et suis content de mon Inspection. J'ai reçu
en même temps que la tienne plusieurs lettres et mes journaux. Cela me
fait toujours plaisir de savoir en bonne santé tous ceux que j'aime.
Je serais bien heureux de recevoir enfin la nouvelle de ma nomination
comme administrateur de 1ère classe.
J'apprends à l'instant qu'un Agent français, Monsieur Massy, un
Lyonnais, vient d'être massacré au cours d'une expédition qu'il faisait
autour de son Poste de Bangui, situé au 4° Nord dans le fleuve Oubanghi.
Je dois inspecter ce même poste à la fin du mois d'Avril. J'espère que
ce malheur aura été vengé. C'est le premier Européen mort de la sorte
depuis le commencement des expéditions de M. de Brazza. Vous voyez qu'on
aurait tort de croire que ce voyage dans le Congo comme sur le pont
Neuf...
Je pense sortir en bon état de tout cela, et vous demande naturellement,
mes prières.
Je suis heureux de voir que vous n'avez pas souffert de l'influenza
comme ces pauvres Draguignanais.
J'ai reçu vos flacons d'eau dentifrice envoyés par M. Gravier, mais j'ai
bien peur de ne pas recevoir de quelque temps ceux que je vous ai prié
d'expédier postérieurement. Continuez les envois en temps.
Au revoir, chers amis, je vous embrasse tous de tout mon cœur. J'envoie
mes meilleures amitiés à ces dames, aux Fabre et aux Gouttelarou.
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

30
transcriptions/1890-03-01.md Executable file
View File

@@ -0,0 +1,30 @@
Bouenza, le 1er Mars 1890.
Ma chère Marie,
Mon voyage se continue tranquillement, et ma santé le supporte bien. Je
pars demain pour le poste de Comba, à 3 jours de marche. De là je
reviendrai au sud, à Manyanga. Enfin je pense être à Brazzaville le 20
courant.
Je ne vous envoie, à mon grand regret, aucun récit intéressant. La
vérité est que je n'ai pas le temps : à peine arrivé dans une Station ou
dans un Poste, commence le travail de l'Inspection : recensements,
comptabilité à examiner, visites du personnel, des plantations, examen
des besoins en matériel et en vivres, etc., et enfin rapports
confidentiels et détaillés au Gouvernement. Après tout cela, un instant
de repos, et puis en route.
Je crois que ce sera surtout vos récits que vous aurez à me renvoyer. Ce
sera bien vite venu ; dans 8 mois, j'espère être en France.
Je vous souhaite une bonne santé et vous embrasse de tout mon cœur. Bien
des choses aux Gottelaron et aux Fabre. Y a-t-il quelque chose de
nouveau pour moi ? Je serais bien heureux, au courant de la tournée,
d'apprendre ma nomination comme Administrateur de première classe. Mais
il y a si longtemps que je devrais l'être !
Mille baisers.
Votre dévoué frère,\
Jules Jacquot

28
transcriptions/1890-03-23.md Executable file
View File

@@ -0,0 +1,28 @@
Comba, le 23 Mars 1890.
Chère Marie,
Au moment où j'ai reçu ta douloureuse lettre du 16 Janvier 1890, j'étais
moi-même bien près de la porte funèbre. Enfin me voilà tiré d'affaire,
mais je suis bien faible ! Il va falloir repartir cependant.
Votre ange, mon cher petit Jean, est sauvé ; mais il faudra le soigner
longtemps, longtemps. La pauvre Madame Bourbon est allée rejoindre son
cher mari.
Je serais heureux d'avoir quelques détails ; j'espère bien que mon petit
Jean pourra en ramener un gros.
J'attends la description de l'appartement avec impatience. Inutile de
vous dire que je n'ai rien reçu pour ma nomination. Je n'y compte plus
--- à quoi bon !
Allez quelquefois le Dimanche à Fourvières, vous mettrez pour moi un
cierge et ça vous fera une promenade.
Je suis fatigué d'écrire ; je m'arrête. Je vous embrasse tous de tout
mon cœur. Ecriez des choses aux cousins. Comment vont les affaires de
Camille ?
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

21
transcriptions/1890-04-01.md Executable file
View File

@@ -0,0 +1,21 @@
Manyanga, le 1er Avril 1890.
Ma chère Marie,
Je t'envoie quelques mots par la voie de l'Etat Indépendant. Me voici en
effet aux bords du Congo, dans notre poste frontière.
Je vais mieux ; mais le rétablissement est long, parce que j'ai eu une
rude atteinte. Enfin, espérons que pareille chose ne reviendra pas.
Voilà Pâques, et vous les fêterez plus gaiement que moi, car je serai
justement en route ce jour-là pour Brazzaville. Mangez beaucoup de bonne
nouvelle pour moi. Que Léon ne m'oublie pas.
Mettez quelquefois des cierges pour moi à N.-D. de Fourvières. Je
voudrais bien revoir la France et vous.
Je ne puis plus écrire, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
Votre dévoué frère,\
Jules Jacquot

25
transcriptions/1890-05-08.md Executable file
View File

@@ -0,0 +1,25 @@
Lirianja (Oubanghi), le 8 Mai 1890.
Ma chère Marie,
Demain je quitte le joli petit Poste où je suis pour remonter la fleuve
aux eaux jaunes. Je crois naviguer à bord du "Léon XIII", petit vapeur
appartenant à la mission catholique. C'est un simple canot à vapeur. Je
vais y rester à peu près un mois.
Tout cela est bien lassant. J'ai trop de plaies à panser : aux mains,
aux jambes, etc. Mais la santé est meilleure que précédemment, et
j'espère que je pourrai finir ma mission sans accident.
J'ai trop à vous raconter pour pouvoir vous écrire bien long. Je vous
dirai seulement que je compte vous embrasser avant la fin de l'année, ce
qui me remplit de joie.
Je vous souhaite à tous une bonne santé et prie Dieu qu'Il vous bénisse.
Il y a déjà longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles. Je vous embrasse.
Votre dévoué,\
Jules Jacquot
J'envoie le bonjour à tous nos bons parents de Lyon.

29
transcriptions/1890-05-21.md Executable file
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@@ -0,0 +1,29 @@
Mozaka (Oubanghi), le 21 Mai 1890.
Ma chère sœur Marie,
Je t'envoie un petit bonjour d'un pays qui est bien loin, bien loin. Je
vis en ce moment au milieu des Bonjos, peuple de cannibales renforcés et
cyniques. Ils existent véritablement leurs marchés de femmes et surtout
d'enfants que l'on engraisse pour la table, ainsi que les guerres
continuelles et les razzias qui garnissent le garde-manger.
Ce sont de beaux hommes, clairs de teint, armés de lances énormes et
fort belles, de couteaux fantastiques et de boucliers qui nous
rappellent les guerriers sarrazins. Comme toute, je préférerais beaucoup
être à Lyon me promenant avec vous sur les quais ou dans la rue de la
République.
Je me porte passablement, mais je n'ai plus de jambes, et je souffre
beaucoup de mes nombreuses plaies. Quelle triste certitude que celle
qu'on fait en quittant tout ce qui est si bon chez soi, pour trouver
tout ce qui est si mauvais dans ce triste pays. Je vous assure que si je
reviens du Congo, de ses explorateurs et de ses exploitations, quelle
fumisterie, pardonnez-moi le mot.
Je vous embrasse de tout mon cœur et vous souhaite toutes les
prospérités. Veuillez je vous prie me rappeler au bon souvenir de vos
bons cousins et en particulier des Fabre.
Votre frère dévoué,\
Jules Jacquot

39
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@@ -0,0 +1,39 @@
Lastourville, le 1er Septembre 1890.
Ma chère Marie,
Quelques mots pour vous dire que je ne me porte pas trop mal et que je
ne vous oublie pas, au milieu des Rapides de l'Ogone.
Je vais consacrer mes dernières forces à accomplir une véritable
exploration. Avant de quitter la Colonie, je vais essayer de la doter
d'une route commerciale de l'intérieur qui sera la vraie route de
l'Ogone. C'est une idée subite qui m'est venue et, profitant des pleins
pouvoirs qui m'ont été confiés au début de ma mission, je me suis décidé
à la réaliser.
Si vous regardez la carte du Congo que je vous ai envoyée avant mon
départ, vous pouvez constater qu'entre Lastourville et une grande
rivière tombant dans l'Ogone, appelée N'Gounié, il existe un vaste
espace où est écrit le mot « inexploré ». Depuis de longues années on
pense qu'il existe une route commerciale intérieure, encore inconnue des
Blancs, qui conduit maintenant de Lastourville au N'Gounié, permettant
ainsi de commencer immédiatement et rapidement, au lieu de se confier au
cours même de l'Ogone absolument suivi de rapides dangereux de
Lastourville à N'Djolé. Une question importante et pour le commerce
européen et pour les ravitaillements de l'État est donc ainsi posée.
Depuis de longues années, je vais essayer de la résoudre et j'espère
réussir.
Je désire que vous communiquiez cette lettre à Léon Fabre (spontanément)
afin que mes efforts ne soient pas méconnus et oubliés par qui de droit.
Quand vous recevrez cette lettre, je serai de nouveau rentré au Gabon et
j'espère ne pas être loin de mon départ. J'aurai bien besoin de me
refaire.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Priez pour moi et croyez-moi
toujours
Votre frère dévoué,\
Jules Jacquot

25
transcriptions/1890-11-20.md Executable file
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@@ -0,0 +1,25 @@
Libreville, le 20 Novembre 1890.
Ma chère Marie,
À tout hasard, salut à tout nouvel enfant.
Je suis arrivé à Libreville le 16 Novembre, absolument « hors de service
», comme on dit des vieilles machines ! Ma dernière exploration dans la
Brousse, les Montagnes, et des pays absolument inconnus, a duré 46
jours. Enfin, j'ai réussi à atteindre Samba, sur le N'Gounié ! Avec 15
jours d'approvisionnement j'ai nourri 46 personnes, dont 2 Européens,
pendant 46 jours ! Sans guide, sans soldat, j'ai parcouru 600 kilomètres
dans des régions où jamais le Blanc n'avait mis le pied. Je n'ai jamais
eu avec les indigènes du Palaba ni difficulté aucune. Et j'ai ramené
tout mon petit troupeau qui n'avait (seule consolation) aucun homme
blessé ou malade. Dieu soit loué ! mes souffrances, mes privations, mes
plaies horribles, ma santé en partie ruinée, tout cela a été offert par
moi à la Patrie.
Je pars de Gabon le 7 Décembre par le Stamboul, j'arriverai à Marseille
vers le 10 Janvier.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, et aussi nos parents.
Jules Jacquot

36
transcriptions/1891-01-19.md Executable file
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@@ -0,0 +1,36 @@
Draguignan, le 19 Janvier 1891.
Ma chère Marie,
J'ai reçu ta bonne lettre et j'ai été bien content de vous savoir en
bonne santé. Je suis heureux que Léon veuille bien s'occuper de mes
affaires, car je n'ai guère confiance dans les largesses, même méritées,
venant de l'Administration des Colonies. Pourquoi ? je t'assure que je
l'ignore complètement.
La lettre de M. de Chavanes que je t'envoie depuis avec bien cette
avance que montre notre Département pour récompenser ceux de ses
fonctionnaires qui paient de leur personne. Alors à moins d'y laisser sa
peau, je ne vois pas qu'on puisse faire plus que j'ai fait ; n'est-ce
pas une véritable aventure de penser que même après une semblable
conduite, je doive encore demander et attendre des démarches qui
peut-être n'aboutiront pas !
Je tiens aussi à faire remarquer à Léon, auquel je te prie de remettre
cette lettre ainsi que celle de de Chavanes, que ce dernier parle
d'anciennes propositions qui auraient été faites pour moi. Ainsi, voilà
deux ans que je suis proposé, et rien n'a été fait. Du moment que je ne
suis pas Oranais, il est évident qu'on exigera pour l'avancement et la
croix dix fois plus que pour les citoyens d'Oran. Donc, je ne saurais
trop le répéter.
Caveant Consules !
Il fait assez froid dans notre petite maison. Enfin, j'appelle de tous
mes vœux la guérison de mes jambes qui ne vient pas vite.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Merci de votre envoi du « Temps
».
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

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@@ -0,0 +1,60 @@
Draguignan, le 30 Janvier 1891.
Ma chère Marie,
Je voulais t'écrire la semaine dernière, mais j'ai été fatigué pendant
une huitaine. Si j'ai quitté le Gabon, ce cher pays m'a glissé dans mes
colis quelques misérables fièvres. J'ai eu en effet la fièvre assez
forte pendant quatre jours de suite. Aussi, il m'a fallu me purger et
prendre de la quinine, tout comme à Libreville ou dans l'Oubanghi. Eau
de Vichy, je me soigne consciencieusement. Mais mes pieds vont beaucoup
mieux. Avec cela, depuis 8 jours, le soleil de Provence a fait son
apparition, aussi je...
J'espère aller à Lyon dans les premiers jours de Mars, à moins qu'il n'y
ait encore de la boue ou de l'eau dans votre bonne ville, ce que je
redouterais. Je serai fort facile en effet d'habiter votre nouveau nid,
et aussi de flâner à la recherche d'une Nadine quelconque qui ferait
réellement mon affection. En admettant que je ne puisse me marier de
suite, je pourrais au moins planter un Gabon sérieux. J'avoue que cette
existence solitaire commence à me peser singulièrement.
Je demeure cependant à chercher un peu, et je pourrai me résigner
quelque sujet de récit de série, que Camille et toi seulement pourrez
envoyer chez lui.
Je suis toujours sans nouvelles de Paris ; ces créatures ne m'ont même
pas encore envoyé mon titre de Congé de Convalescence et mon mandat
mensuel. Quel coup de balai on ferait ce qu'il a fait. Je suis révolté
de l'indifférence et de l'injustice de ces gens-là. Cela me navre et
m'empoisonne, et je demande que cette situation d'incertitude finisse.
Il serait d'ailleurs nécessaire que je prépare mes affaires pour
retourner là-bas ou bien alors à peine parti de Draguignan, il faudra
que j'y revienne. Le plus, mon congé expire le 7 avril, et je n'ai aucun
avantage à rester en France comme Chef d'Exploration, puisque je ne puis
songer raisonnablement à m'établir. Tout cela est absolument désagréable
et démontre que cette administration est la dernière des ingratitudes.
Je ne puis vous fixer l'époque à laquelle j'irai vous voir, pour la
bonne raison que cela dépend de ma nomination. En effet, si je ne puis
compter sur rien du tout, dès que mes jambes seront en état je
repartirais pour le Congo. En ce cas, je serai promptement près de vous,
pour vous embrasser avant de partir.
C'est égal, quelle canaille que ce de Chavanes, après la sale conduite
qu'il a menée à Libreville, en compagnie d'une ignoble \[\[?femme\]\] de
la négresse Bouboute, présidente du Tribunal, il devrait bien tâcher de
fermer la bouche de certaines gens. Heureusement que j'ai la collection
de mes rapports qui intéressaient bien le Gouvernement, s'il désirait en
prendre connaissance ! Je les tiens à sa disposition.
Donc, chère Marie, devant l'oubli bien significatif dans lequel me
laissent tous ces gens-là, je pense que tu ne prendras pas la peine de
chercher ce que j'ai l'air d'attendre. Il est écrit que ce bonheur n'est
pas pour moi, hélas !
Je vous embrasse tous, petits et grands, de tout mon cœur. Mes meilleurs
souvenirs à ces dames et à mes cousines.
Ton dévoué frère,\
Jules Jacquot

103
transcriptions/1891-02-17.md Executable file
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@@ -0,0 +1,103 @@
Draguignan, le 17 Février 1891.
Ma bien chère Marie,
Je suis enfin sorti de mon lit hier pour la première fois depuis le 8 de
ce mois. Outre mon influenza, j'ai eu un très-fort accès de fièvre
africaine, qui décidément ne semble guère vouloir me quitter depuis mon
arrivée en France, malgré la quantité de quinine absorbée fréquemment.
C'est d'ailleurs le lot mérité de ceux qui se promènent sous les forêts
et sur les fleuves du centre africain. À ce propos, je viens d'apprendre
avec plaisir que mon ami Fondere vient de châtier les sauvages de
Zalanga, q...
À l'heure actuelle, Henriette est guérie, moi aussi jusqu'à nouvel
ordre. Marie et Marguerite vont bien. Aurélie est toujours couchée, et
le docteur depuis 2 jours ne s'est pas prononcé d'une façon catégorique,
craignant peut-être une fièvre muqueuse. J'avoue que je serais bien
aise... Quant à Magdeleine, elle est toujours un peu souffrante, elle
grandit, et je la crois comme ton fils Henry sous l'influence du
printemps.
Je t'avoue que j'attends ce bienheureux printemps, qui me permettra
d'aller un peu vous voir. Draguignan n'est pas en effet très folichon,
il est même fort ennuyeux. J'avoue que j'ai hâte de me retremper un peu
dans l'atmosphère de la grande ville, entendre un peu de bonne musique ;
enfin ressentir autant que de corps et d'esprit un réveil de cœur. Mais
tout cela ne viendra pas avant le moment bien établi où Lyon n'est plus
froid ni trop pluvieux. Je pense ainsi éviter de me chambrer ce qui ne
me serait g...
Je trouve que toutes les démarches vont bien lentement, mais je crois
aussi que si je n'existais pas, assez peu s'en étonneraient. D'ailleurs
de voir tant d'hésitations et de retards à mon sujet alors que je vois
chaque jour nommés à des places très-élevées des créatures de la plus
belle eau, mais aussi d'anciens constions électoraux d'Étienne. Il y a
eu récemment une grosse promotion administrative coloniale ; elle
contenait plusieurs phénomènes énormes ! tous aussi mauvais
fonctionnaires que peines...
J'accepterais bien une place de Conseiller de préfecture, mais, même à
Lyon, c'est très peu payé, et l'on ne met pas un sol de côté. Une fois
marié, mais une fois marié seulement, je serais content d'une place de
juge de paix, mais d'au moins 4000 f. Je crois qu'on les réorganiserait
et élèverait notoirement leurs appointements.
Tu vois combien je suis embarrassé. J'ai oublié de te dire que
j'épouserais parfaitement une jeune fille d'origine étrangère, et
surtout une Suissesse française et catholique. Souvent elles sont
très-jolies, très-aimantes et bonnes femmes de ménage. À Lyon, il doit y
en avoir beaucoup. Certes je tiens aux convictions et à l'éducation
religieuse, mais je ne veux pas d'une dévote ni d'une sainte-nitouche.
Enfin, par-dessus tout, j'ai horreur de la coquette et de la mondaine.
Je serais très-heureux que ma jeu...
Maintenant, tâche de trouver tout cela à Lyon, afin que si je reste en
France, j'aie pour ma femme la meilleure créature et le meilleur modèle.
Si je suis absent, tu seras là pour la consoler, pour la fortifier et
pour la garantir. J'aimerais beaucoup ton mari, je serais heureux de
l'avoir le plus souvent possible. J'espère que cela ne l'ennuierait pas
trop. Enfin, nous avons à Alger la comtesse de toute notre famille
Mazzarello, et c'est une famille qui est assez bonne pour qu'on ne
regrette pas d'y entre...
Mais Suzanne, Marie, Octavie ne commencent-elles pas des amies en
possession de fruits à croquer ?
Un peu, si tu le veux, écris à Marie Saint-Marc, comme j'ai déjà écrit à
Pierre. Peut-être cette bonne Georgette aurait-elle la main heureuse ?
N'as-tu point aussi pensé à Madame Montessus : il me semble que voilà
une chère innocente qui avait de l'affection pour moi et qui connaît
beaucoup de monde ?
Ouf !!!
Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et les quatre petits.
Bien mes amitiés à ces dames.
Pour Léon, je pense qu'il devrait secouer un peu Jules Ferry ; ce
dernier me ferait nommer Gouverneur, où il lui en prendrait envie !
Ton dévoué,\
Jules Jacquot
...
Je tiens surtout qu'à la très-franche honorabilité et à la forte et
solide éducation, j'épouserais volontiers une jeune veuve sans enfants,
mais de 25 ans au plus. Par exemple, je tiens là à la fortune. Tu
comprends ma chère Marie, tout cela est très difficile à réunir et ne
doit pas être suivi d'une façon trop absolue. Il est évident par exemple
que je serais tout aussi content et que j'aimerais autant épouser une
charmante femme qui serait brune avec les yeux bleus ou châtains, ou
avec les yeux bruns, gais ou v...
Quant à démissionner et à rester en France, j'avoue que cela me coûte un
peu plus que je ne l'aurais cru. Il faudrait pour cela que je trouve
auparavant un joli et sérieux parti qui vaille ce sacrifice. Et alors
que ferais-je, car je ne peux pas rester inactif ? Il me faudrait
obtenir une place équivalente comme traitement et comme situation, en
admettant que je rentre dans une autre administration de l'État. J'avais
bien pensé à une charge, mais il la faudrait d'un bon rapport, et je ne
puis immédiatement ...

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@@ -0,0 +1,55 @@
Draguignan, le 24 Février 1891.
Ma chère Marie,
Je réponds deux mots à ta bonne lettre : la chère Anéloi a bien eu une
sorte de fièvre muqueuse très-légère, mais c'est à peu près fini, elle
n'a plus qu'à reprendre ses forces rapidement parties. Magdeleine se
porte comme un charme ainsi que Marguerite. Seule, cette sorte de Marie
a besoin de soins : la chère a les bronches faibles, elle s'enrhume trop
souvent. Elles sont toutes bien gentilles. Henriette va enfin pouvoir se
reposer, ce qui n'est pas trop tôt. Louis se porte bien, sauf quelques
fréquentes fatigues d'estomac, héritage du siège de Paris.
Quant à moi, je me fortifie ; cependant les croûtes des plaies des pieds
ne sont pas encore tombées, et tous les soirs mes jambes sont fortement
enflées. Il me faut continuer à combattre l'éléphantiasis par les bons
légumes et par le fer. Puis reviendront les sels de Vichy, enfin
j'espère que la fièvre disparaîtra.
Chaque matin je vais faire une course de 4 à 5 kilomètres au soleil. La
Provence renaît, mais Draguignan ne renferme absolument aucune
distraction.
Merci, chère sœur Marie, de ta bonne volonté à me trouver quelque chère
et bonne compagne de ma vie, mais je ne pense pas en engager si je ne
suis pas nommé par le Gouvernement. Or, je n'espère pas en effet un Chef
d'Exploration. D'autant plus que je repose comme tel, il y a beaucoup de
chances pour que je le reçoive pas. Il m'est tout à fait impossible
cette fois-là que sera-ci après une nouvelle période. Car je devrais
bien alors à faire une grande exploration, afin de me poser bien loin et
bien longtemps. Comme pour moi le fleuve des Munières est une sorte de
défi, il est bien évident que ces gens-là ne veulent me pousser aux
armements et ma carrière coloniale.
À quoi bon alors se jeter dans des dévouements inutiles et chercher une
union qui n'aboutirait qu'à faire une veuve d'ici à quelques années.
Quelle comédie ! Je demande quant à moi qu'on me dise si oui ou non on
se fiche de moi. Quand je pense que de Chavanes, l'être de ridicule, à
22 ans et qui n'indique rien de bien troublant, après un faible voyage
de deux ans, était classé et nommé résident avec 18,000 f plus une
gratification renouvelée de 10,000 f, quand je compare ce que j'ai
souffert avec bien de donner dans ces bureaux ou ministères ! J'ai bien
peur qu'on ne me mette de côté, comme on m'a fait il y a déjà deux ans.
Tout cela est véritablement désolant.
Si je puis espérer trouver un bon poste où je pourrais rester plusieurs
années (par exemple, les Indes) et dans un délai raisonnable sinon cette
année y faire venir ma femme, il serait cependant nécessaire que j'en
fasse bientôt la demande.
Je te quitte mais je t'écrirai avant peu ; pense à ce que je te dis. Je
vous embrasse tous tendrement. Mimi à tous les grands.
Ton dévoué frère,\
Jules Jacquot

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@@ -0,0 +1,34 @@
Draguignan, le 25 Février 1891.
Ma chère Marie,
Je réponds de suite à ta lettre du 24 février que je reçois à l'instant.
Certes, je crois que la famille est très aisée et honorable ; mais je
vais te dire ce qui me fait douter de cette nouvelle piste (pardonne-moi
le mot). De la jeune fille en question, je ne puis rien dire, attendu
qu'elle m'est totalement inconnue. Mais je ne la crois pas jolie, si
j'en juge par les membres de sa famille. Il y a le beau aîné et le père
qui doivent être légèrement toqués. En effet, le père, quoique très
aisé, a dépensé de ...
Mais quel frère stupide elle avait ! Et cette chère Jeanne Mossard,
quelle charmante femme, cette petite. On a beau rêver des affections
d'enfant, elles vous rentrent bien au cœur, va. Et la voilà au Carmel,
quelle malheureuse enfant. Je l'ai plainte de tout cœur et je ne la
comprends pas. Ah, je fais le silence sur d'autres noms chéris, d'autres
visages que j'ai aimés, je ne les oublie pas et je leur sais gré de cet
instant de bonheur qu'elles m'ont donné, les pauvres ! sans jamais s'en
douter.
Mais, comme je te le dis dans ma lettre d'hier, il faudrait d'abord
savoir quelque chose de définitif et de clair sur les intentions de
Paris à mon sujet. Si ces gens-là veulent me donner quelque chose,
quelque os à ronger en revanche des années et de la santé qu'ils m'ont
pris, qu'ils le fassent de suite : ce marchandage incertain m'écœure et
me navre.
Bonjour à tous ! Nous serions bien heureux réunis ensemble à Lyon avec
Louis et Henriette nommés dans cette ville.
Votre dévoué frère,\
Jules Jacquot

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@@ -0,0 +1,39 @@
Draguignan, le 19 Mars 1891.
Ma chère Marie,
Que devenez-vous voilà trois semaines que tu ne m'as pas écrit ; aussi
je partirai demain pour Lyon où j'arriverai le soir à 10 h. Faites un
bon feu, chers amis, car j'aurai les pieds sans doute enflés, etc. Ayez
aussi la complaisance de commander le tailleur de Camille avec ses
échantillons demi-saison et étoffes pour redingote bleue de roi, pour
samedi matin à 9 h. Je pense en effet partir pour Paris dès que je serai
habillé. Mon inspection devait être présentée à M. Ferry par Léon qui va
à Paris. En m...
Je dois aller au camp faire constater aux frais de l'État. Enfin,
j'éclaircirai une bonne fois ma situation à mon intention d'ailleurs et
de rester à Paris que quelques jours, en profitant ainsi du séjour de
Léon. Je reverrai ensuite à Lyon où nous jouirons enfin de quelques
repos. Je vous serais reconnaissant de me tenir prêtes quelques
bouteilles d'eau d'orzeya. Je prendrai également chaque jour 1 litre de
bon lait et mange de pain rassis. Vous voyez que je ne suis pas encore
bien vaillant.
Ah ! chérie, quelle comédie que la vie ! Je ne peux penser sans
tristesse à cette pauvre Jeanne Gottelbaron, je l'aimais tant sans le
savoir, et c'était au fond une bonne enfant.
À la séance, je vous embrasse de tout cœur ainsi que tous les habitants
de votre cher nid. Soyez assez bons pour prévenir Léon, sans que cela
bien entendu retarde en rien son départ. Je voudrais pouvoir partir
mardi soir pour Paris, mais je ne sais si je pourrai à cette date avoir
mes habits et mes chaussures, je n'ai cependant aucun habit propre. Il
n'y a donc pas de temps à perdre, d'autant plus qu'il ne faut pas trop
compter sur mes qualités de locomotion. Enfin, je pars comme je pourrai,
mais le rega...
Je vous embrasse tous vivement. Tout le monde ici a pitié de moi. La
santé est sans labeur.
Jules Jacquot

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@@ -0,0 +1,37 @@
Paris, le 28 Avril 1891.
Ma chère Marie,
Je suis arrivé à Paris moins fatigué que je ne le pensais puisque j'ai
pu entendre hier le soir à l'Opéra et passer une bonne nuit bien qu'un
peu courte. Je n'ai pu voir ce matin Monsieur Cloumbé qui est malade
chez lui. Mais j'ai su qu'une prolongation de congé jusqu'au 7 juillet
avait été expédiée le 21 avril à Toulon, d'où je la recevrai
incessamment. Je passerai la visite devant le Conseil supérieur de Santé
jeudi à 2 heures. Ensuite je verrai Etienne et M. Haumann, chef de
cabinet, vendredi matin à 10 h...
Nous avons eu de la pluie depuis hier, c'est te dire que Paris n'est
guère propre ; on endure parfaitement les habits d'hiver.
Brave question : ton excellent blanchisseur m'a rendu des faux cols qui
sont probablement à Camille. Je les envoie ce soir à part. Mais je te
serais obligé de m'envoyer par la poste les quatre faux-cols à moi qui
sont restés à Lyon. Je ne suis guère bien fourni sous ce rapport, et
cependant j'aime autant ne point en acheter d'autres.
Je pense, chère sœur, que tu n'aurais pas besoin pour savoir combien je
vous aime et vous suis dévoué ; que je reçoive exprime en toute la
gratitude que je ressens toujours de votre accueil si bon et si
fraternel. J'y tiens cependant, et je vous remercie du fond du cœur de
votre bonté et de vos soins de tous les instants. Si tu vois quelqu'un
de nos parents dis-leur combien je garde d'eux le meilleur souvenir. Je
pense aller voir M. Ferry dans le courant de la semaine, je pense que
Léon voudra bien se souv...
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, et t'engage à ne pas oublier
d'aller consulter pour ta toux persistante. Il ne faut pas négliger
cela.
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

22
transcriptions/1891-05-02.md Executable file
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@@ -0,0 +1,22 @@
Paris, le 2 Mai 1891 9, rue Monsigny
Ma chère Marie,
Merci de ta bonne lettre ; écris-moi le plus souvent que tu pourras, je
suis toujours heureux de vivre avec vous le plus possible. J'irai lundi
au Bon Marché pour les 3 petits ; il y a justement exposition ce jour-là
pour les toilettes d'été.
Merci aussi de la lettre confiante de la sœur Ste Ophémie. N'allons pas
plus loin dans cette voie : Jésuites et Solignac ou Sarré-leur peuvent
se donner la main et je leur laisse leurs candidats. Rien du côté de
Bourg-la-Reine. C'est donc pour le moment une affaire terminée.
...
Au revoir, chère sœur Marie, je t'embrasse ainsi que Camille et tes
quatre chéris et Madame Revel. Mes meilleurs sentiments à Magdeleine et
aux cousins.
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

20
transcriptions/1891-05-07.md Executable file
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@@ -0,0 +1,20 @@
Paris, le 7 Mai 1891 9, rue Monsigny
Ma chère Marie,
Je pense que décidément vous êtes tous morts. Voici bien longtemps que
vous ne m'avez envoyé de vos nouvelles.
Je viens de recevoir une lettre de Pierre qui me parle de Mlle
Cheminant, il paraît qu'elle est superbe. Moi je pense qu'elle doit
avoir dans les 30 ans et qu'elle n'a pas un sol. Mais les Saint-Marc
seront bien aises de placer un sujet invendable. Enfin, nous verrons
bien.
...
Au revoir, chère sœur Marie, je t'embrasse ainsi que Camille et votre
cher petit famille. Mes souvenirs à ces dames et à votre famille.
Ton dévoué,\
Jules Jacquot

14
transcriptions/1891-05-18.md Executable file
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@@ -0,0 +1,14 @@
Lusignan, le 18 Mai 1891
Ma chère Marie,
Je suis allé à Niort il y a deux jours et j'ai passé la journée chez les
Moncassin. J'ai trouvé la tombe de nos parents admirablement tenue, j'y
ai ajouté une couronne aux nombreuses qui l'ornaient déjà. Je t'envoie
un brin de muguet blanc que j'ai cueilli pour toi.
Je suis chez les St Marc depuis le 10 Mai. J'ai été très bien reçu et
j'ai trouvé tout le monde en bonne santé. Marie est en voyage.
Ton dévoué,\
Jules Jacquot

15
transcriptions/1891-05-25.md Executable file
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@@ -0,0 +1,15 @@
Châtellerault, le 25 Mai 1891
Ma bien chère Marie,
Je suis ici depuis le 22 Mai et j'y resterai encore une huitaine. J'ai
vu toute la famille, les oncles, les cousins. Beaucoup ont vieilli, mais
tous se souviennent de nous et m'ont demandé de vos nouvelles.
...
Je vous embrasse tous de tout mon cœur et envoie à M. Rodet mes
meilleurs souhaits.
Ton dévoué,\
Jules Jacquot

16
transcriptions/1891-05-29.md Executable file
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@@ -0,0 +1,16 @@
Châteauroux, le 29 Mai 1891
Ma bien chère Marie,
Je te plains de tout mon cœur, de te voir entourée de cette maladie et
obligée de soigner tout ton petit monde. J'espère bien que la mignonne
Lili échappera à la contagion et que ta prochaine lettre m'annoncera la
guérison générale de la famille.
\[...\]
Au revoir, chère Marie, je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que
Camille et les enfants.
Ton dévoué,\
Jules Jacquot

17
transcriptions/1891-06-01.md Executable file
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@@ -0,0 +1,17 @@
La Bourboule-les-Bains, le 1er Juin 1891 Grand-Hôtel de Paris
Ma chère Marie,
Je suis bien aise de voir que tous tes petits malades s'acheminent
régulièrement vers une totale guérison. Espérons que le temps va se
remettre tout à fait et qu'ils pourront se dédommager d'un internement
aussi prolongé, qui ne doit être un aspect ni pour les enfants ni pour
les parents.
\[...\]
Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que Camille et les petits.\
Mes meilleurs sentiments à toute la famille.
Votre dévoué,\
Jules Jacquot

25
transcriptions/1891-06-08.md Executable file
View File

@@ -0,0 +1,25 @@
La Bourboule-les-Bains,
le 8 Juin 1891 Grand Hôtel de Paris
Ma très chère Marie,
Jai eu ce matin une longue consultation de mon médecin, le Dr Michel, la seconde. Le brave homme nest pas rassurant : il trouve ma rate énorme puisquelle me fait souffrir jusquau bas de la colonne vertébrale ; il semble surtout inquiet de mes deux oreilles : après examen minutieux à la lumière électrique, il ma déclaré que je pourrais devenir irrémédiablement sourd, si mes tympans ne montraient pas une amélioration notable dans quelque temps. Ma gorge, mon pharynx demandent aussi un traitement compliqué ; bref il paraît que jai été profondément touché. Je men étais bien douté entre nous, et je ne me suis pas trouvé récompensé par mon pays, cest que javais de sérieuses raisons de le penser. Il est regrettable que certains ne laient pas compris…
Je vous serais donc reconnaissant de faire comprendre à Léon que sil pouvait mobtenir un changement de Colonie pour une Colonie dun climat le plus sain possible, je pense quil me rendrait un service réel. Le docteur ma dit en face : « Je suppose que vous navez pas lintention de retourner dans ce pays ce serait une folie ! » Il ma dailleurs déclaré quil me donnerait en fin de saison un certificat destiné à éclairer qui de droit sur ma véritable situation. Quand je songe que ce médecin, membre du Conseil supérieur de santé, nait pas fait droit à ma demande pressante dêtre exempté par corps ! En somme, je suis bien malheureusement en dehors de la satisfaction du nouveau tout ce que jai souffert, et la reconnaissance ne ma apporté aucune compensation. Je tiens à ce que tout le monde le sache, et mon unique orgueil, que vous avez le droit, je crois, de faire, en mon absence, est davoir bien servi mon pays.
Il fallait pourtant que je vous dise tout ce que je pense, ma chère sœur Marie, eh bien ! je crois que le moral est beaucoup plus atteint que le physique. Je suis trop seul, trop livré à mes tristes pensées. Si cela continue, je ne sais ce qui arrivera. Dieu soit béni toutefois, je fais la part de lexagération. Ce docteur que je ne connais pas en homme, peut bien avoir augmenté mon mal fictivement pour être ensuite regardé comme un vrai sauveur. Cest pour cela que vous ne devez pas vous effrayer ; cela ne servirait à rien.
Je pense cependant que vous devez souhaiter avec moi deux choses : pour le corps, une destination plus saine ; pour lâme surtout, un aliment pour le cœur.
Mais je suis bien un égoïste, un vieux garçon déjà je ne parle que de moi ; et tes enfants, commencent-ils à se remettre de leur maladie ? Ma filleule est-elle tirée daffaire ? Comme la pauvre maman doit être fatiguée ! Et avec cela, si vous avez le même temps qui nous poursuit ici sans relâche, je vous plains de tout mon cœur. Orages, pluies continuelles, froid, humidité, tout conspire pour empêcher de respirer un bon air, pour rendre impossibles les promenades. Nous voici cependant à la porte de lété : mais le temps semble une vraie patraque comme votre pauvre…
Camille aurait-il la complaisance de menvoyer : 1° les 2 calques qui contiennent ma dernière exploration ; 2° un calque pour les copies ; 3° une carte manuscrite, contenue dans les dossiers, et représentant grossièrement mon itinéraire de Lastourville à Samba, avec les noms de peuplades au crayon bleu. Cela me créera une occupation pour les jours de pluie. Le tout bien entendu, sous pli recommandé.
Jai reçu une lettre dHenriette qui me dit que son mari a reçu son autorisation pour Paris. Mais elle ne me dit pas ce quelle compte faire de ses deux aînés, ni à quelle époque ils partiront.
Allons, chère Marie, il faut interrompre mon bavardage. Écris-moi souvent et annonce-moi le plus de bonnes choses possibles.
Je vous embrasse tous, grands et petits, de tout mon cœur. Mes amitiés à ces dames et bonjour aux cousins. Bonjour aussi à M. Petit et Rodet.
Ton dévoué :
Jules Greslou

34
transcriptions/1891-06-11.md Executable file
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@@ -0,0 +1,34 @@
La Bourboule-les-Bains
Grand Hôtel de Paris
le 11 Juin 1891
Ma très chère Marie,
Jai reçu ta petite lettre hier soir dans mon lit, car on ne veille guère dans cet horrible pays visité obstinément par le froid et la pluie. Merci de ton affection, cher cœur ; tu ne peux savoir combien elle mest chère et combien je prie Dieu quil te rende en bonheur, à toi et à toute ta chère maison, cette amoureuse bénie que tu me fais dune parcelle de ton affection fraternelle.
Je sais que Léon ne poste de lintérêt, mais je pense que souvent il perd la bonne occasion en laissant passer le temps opportun. Maintenant, il faut agir et voici pourquoi :
1° Pour ce qui est de la réponse de M. de Brazza, elle a dû arriver par le courrier qui est arrivé à Bordeaux le 6 ou le 7 du mois courant. Cette réponse ne concernait dailleurs que la nomination à la 1ère classe et na rien à voir avec mon changement de Colonie, qui dépend uniquement de M. Etienne. De là on attend ; voici ce que va se passer :
2° M. de Chavannes a quitté hier soir Marseille par le Sénégal pour Libreville. M. de Brazza va donc rentrer incessamment en France ; il y sera, jen suis convaincu, à la fin du mois prochain.
Vous voyez que je suis bien renseigné. Or, M. de Brazza sopposera de toutes ses forces à ce que lon menlève du Congo français. De cela je suis certain. Cest très flatteur, mais cest très égoïste. Javoue, quant à moi, que jen ai assez de cette Colonie, et que je dois mettre tout en œuvre pour en sortir.
3° La conclusion, cest quil faut que je sois attaché à une Colonie sainement, pendant le moment où il y a en France, ni M. de Chavannes qui ne maime pas, ni M. de Brazza qui maime trop à sa façon.
4° La chose précise à obtenir, cest celle que jai demandée à M. Etienne par lettre du 24 juin dernier : être désigné pour une des Colonies suivantes : Établissements français de lInde, Dépendances de la Colonie de Tahiti, Nouvelle-Calédonie. Dans tous les cas, une Colonie saine.
Je crois que tout cela est très clair, et très réfléchi, sans emballement. Puisque M. Etienne na pas encore répondu à ma demande, il serait naturel que le sens de cette demande que jexpose au paragraphe précédent fût soutenu énergiquement dès maintenant. Autrement, tel que je connais de Brazza, il mettra en parallèle ma nomination en 1ère classe et mon attachement définitif à sa Colonie : or, je le répète, jen ai assez.
Il se peut dailleurs que M. de Brazza ait envoyé une réponse favorable à ma nomination à la 1ère classe, mais je ne puis le savoir. Seul, le Chef du Cabinet de M. Etienne le sait, mais on a lair rarement pressé dans cette bonne administration centrale ; tu te rappelles combien de temps jai attendu ma prolongation de congé !
Dans tous les cas, et surtout si je veux sérieusement penser à me marier en France, il est nécessaire que mon rattachement à une Colonie saine soit chose faite. Tant que je serai Congolais, je ne suis de nulle part : cela est absolument indiscutable.
Dans ma lettre précédente, je disais que tout ce que javais souffert navait pas été connu de qui de droit. Je le répète ici. Jajoute que je reste toujours dans cette situation que certains trouveraient quelque peu digne sinon unique. De toute cette campagne, il ressort pour moi une diminution de solde de 1000 f, et, comme assimilation hiérarchique, je suis dans la même situation quau 1er décembre 1888, jour de ma nomination au grade de secrétaire particulier de M. de Brazza : voilà la reconnaissance du travail donné, elle est à toucher du doigt.
Je ne serais pas fâché que mon cher cousin Léon lût cette lettre ; il comprendrait sûrement que je ne sois pas gai à certaines heures. Il souhaite beaucoup pour moi de ces heures, hélas ! car je suis très seul.
« Time is money », je conclus ainsi, et je me recommande à votre bonne amitié, en vous embrassant tous de tout mon cœur. Bonjour à ces dames et à tous nos parents.
Votre dévoué,
Jules Greslou

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transcriptions/1891-06-16.md Executable file
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La Bourboule-les-Bains
Grand Hôtel de Paris
le 16 Juin 1891
Mon cher Camille,
Je vous envoie la note du Docteur Michel, médecin de Paris, mon médecin (parent des Monnart-Dorian, amis de M. Ferry). Cette note ne conclut pas à limpossibilité pour moi de retourner au Congo, parce quun médecin ne peut jamais conclure à quelque chose daussi affirmatif. Mais jestime quelle indique suffisamment, sans forcer la note, que je ne dois pas être renvoyé au Congo, sous peine de ny faire aucun service sérieux et dêtre rapatrié au bout dun temps très court.
De Paris, je nai toujours aucune nouvelle de ma demande de fin mai. Jignore donc si de Brazza a répondu au sous-secrétaire dÉtat au sujet de ma nomination à la 1ère classe. Cependant cette lettre lui avait été adressée le 29 mars par les Colonies. Comme tout cela se traîne, comme le temps passe et comme il est facile de cette façon de faire tomber le voile de loubli sur beaucoup daffaires intéressantes. Cest une chose triste à penser.
Mon régime se continue très régulièrement. Je ne pense pas le terminer avant le 27 juin. Le beau temps est revenu depuis 8 ou 9 jours, mais il ne semble pas devoir être de longue durée. Jattends une lettre de votre chère femme ; je pense quelle aura pu my avoir quelques timbres étrangers, par votre intermédiaire. Elle aurait retourné quelques-uns des timbres du Gabon. Si elle pouvait avoir en retour de mes lettres des Antilles, jen serais content.
Je suis content de vous voir tous en bonne santé. Tu dois avoir besoin de te reposer, de prendre lair, tâche daller respirer au jour et de ne pas laisser arriver les grandes chaleurs sans vous être purifiés et fortifiés. Lhygiène joue un grand rôle dans la vie.
Je suis également bien content de vous savoir si proches de la famille Fabre. Ce bout dexcellents parents et damis ne devront que multiplier les rapports avec eux. Je suis à lhôtel avec plusieurs familles qui connaissent les Fabre. Il y a entre autres personnes M. Raumaud, qui est dune famille diplomatique, et ses deux charmantes fillettes qui, si vous en demandez les timbres, ...
Ton pays ten procurer dautres. Je lui serais reconnaissant. Noublie pas de réunir toutes les lettres que jai écrites du Gabon, elles sont très rares. Ai-je reçu également en avoir du Cochinchine, du Japon, de Guyane et des pays du Centre Afrique, des États-Unis, des Colonies anglaises ? Cela ferait une heureuse et précieuse occupation, de faire de beaux enfants leur cahier de timbres. Cest une chose qui arrive parce que leur recommandant la collecte postale, ils sont aussi heureux.
Je tavoue que je voudrais bien, comme toi, trouver enfin quelquun que le sujet trouve. La pauvre Marthe Leriche ne vous empêche pas de chercher ailleurs, et surtout à Lyon. Ce serait beaucoup plus commode et plus vite fait.
Je pense quitter la Bourboule le 27 ou le 28. Mais dans tous les cas, je vous écrirai deux jours à lavance.
Remerciez bien Léon de ma part, jai lespoir que cette démarche peut réussir. Je suis toujours sans réponse de Paris pour ma nomination à la 1ère classe ; il ne faut jamais compter sur de Brazza pour rien. Cest une tristesse de voir toute laffection quon peut ressentir à légard de cet homme sans cesse gâtée par lamertume de se sentir oublié. Est-ce quil ne saurait pas, en bonne justice, me faire décorer ? Cétait là la véritable récompense quil me devait.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, ainsi que nos parents. Amitiés à Léon et remerciements. Veillez à ce quil sactive.
Votre dévoué :
Jules
P.S. Le Dr Michel na pas voulu parler de mes plaies osseuses, parce quofficiellement le traitement de la Bourboule ny a pas trait ; mais il les considère également comme un empêchement.

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La Bourboule-les-Bains
Grand Hôtel de Paris
le 20 Juin 1891
Ma très chère Marie,
Tu es bien gentille de penser à ton frère. Tes lettres, si courtes soient-elles, pourvu quelles soient fréquentes, sont pour moi la plus agréable distraction et pour mon affection un véritable aliment. Il ny a que les cœurs de femmes qui puissent trouver ainsi un peu de bien à faire de tous côtés. Soyons toujours unis comme notre père la toujours voulu. La solitude pèse moins de cette façon.
Je ne serais pas étonné dêtre désigné pour un des archipels qui entourent Tahiti. Les Indes sont, je crois, toujours très connues.
Jattends une lettre de notre chère amie ; elle ne mécrit pas souvent, cependant elle ne manque pas de petits doigts qui conviennent à bien tenir une plume. Ils vont bien tout à fait, semble-t-il.
Il sera assez facile daller à Clermont-Ferrand voir cette jeune Marthe Clément. Dans ce cas, je compte que lun de vous maccompagnera, cest un court voyage.
Au revoir, chère sœur Marie, je tembrasse de tout mon cœur, ainsi que tout ton troupeau. Bonjour à ces dames et à nos parents.
Votre dévoué :
Jules Greslou

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transcriptions/1891-08-14.md Executable file
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Draguignan, le 14 août 1891
Ma chère sœur Marie,
Reçois mes souhaits les plus affectueux et les plus dévoués à loccasion de ta fête, qui est aussi celle de tes deux fillettes que jembrasse de tout mon cœur. La mienne sera pleine et tu menlèveras un souci en soignant la fatigue de ta gorge ; cest un conseil affectueux que me suggèrent ton intention, ma sollicitude et ma reconnaissance envers de tous les bons soins dont tu mas toujours entouré.
Ton frère dévoué,
Jules

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Draguignan, le 21 août 1891
Ma chère Marie,
Je pense que vous avez tous attrapé des rhumatismes dans les phalanges. Aussi, comme le temps passe, je tadresse par votre honorée, et je toffre avec quelques mots et beaucoup de bons baisers, ainsi quà mon frère Camille et à vos chers petits.
Maintenant, vous recevez encore une lettre du frère Jules datée de Marseille, et ensuite ce sera plus rare. Inutile de vous dire que je nai reçu absolument aucun signe de vie de lAdministration centrale. Le Commissaire aux revues de Toulon consulté par moi ma engagé à exécuter lordre de lui envoyer sous forme davis administratif. Il est possible dailleurs que le bureau des Colonies à Marseille ait reçu des instructions à mon sujet. Une partie de mes malles est déjà partie en petites voitures. Je quitterai Draguignan dimanche soir, et jai lespoir que Henriette et son mari passeront avec moi à Marseille la journée de lundi. La revoici, la revoici : je lui donnerai un gros baiser pour toi.
Je suis étonné que vous ne mayez pas expédié mes photographies ; jespérais les recevoir avant de partir. Jai bien écrit aussi à Léon, mais je pense que cela a été inutile. Restez dailleurs très tranquille, ma tante semble définitivement résignée. Dailleurs je te le prie, à toi à laquelle je nai rien caché de ce qui me chagrine, de pas proposer content. Jemporte en mon cœur le parfum exquis dune plante aimée, et les baisers dune enfant charmante que Dieu bénira. Vous ne savez pas combien son affection innocente, quoique elle est jeune et puérile, ma fait du bien. Je sais bien, mais cest un rêve. Il me plaît de me sentir bercé par de telles pensées, et puis lespérance suprême est celle-là : sur le tombeau de sa mère, prier pour nous deux pauvres exilés. Prie pour nous deux, toi, ma sœur, qui porte le même nom et caresse-la pour moi quand elle sera près de toi.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Je prie Camille de mexpédier le livre suivant que Louis lui remboursera :
Atlas des Colonies françaises en 1891 par Paul Pelet, chez Chalamel, libraire à Paris.
Dieu vous garde, et priez pour moi.
Votre dévoué,
Jules Greslou

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transcriptions/1891-08-27.md Executable file
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En mer, Gilberte, le 27 août 1891
Ma très chère Marie,
Ce soir nous sommes à Oran. La mer est belle, le paquebot excellent, les passagers peu nombreux et paisibles. Jai une très grande cabine pour moi seul ; tout me porte à croire que la traversée sera bonne. Dailleurs, je te donnerai de mes nouvelles toutes les fois que je le pourrai.
Par suite dun fâcheux contre-temps, Henriette na pu venir à Marseille pour mon départ. Malgré lamertume de cette déception, jai fait contre fortune bon cœur et, les yeux fixés sur N.-D. de la Garde, je suis parti plein despoir et de philosophie.
Je compte que vous mécrirez souvent : paquebot à Bordeaux le 10, paquebot à Marseille le 15, paquebot à Lisbonne le 6. Les paquebots français prennent les lettres postales ; vous mécrirez à ladresse suivante :
M. Jules Greslou, administrateur colonial, à Libreville, Congo Français.
Daprès des renseignements qui mont été donnés par des personnes européennes, je pense quil sera relativement facile maintenant que je suis parti dobtenir du Sous-secrétaire dÉtat ma nomination à la première classe. Il faudra donc que Léon ne perde pas ses positions et insiste de temps en temps, de faire avancer la chose lors de son voyage à Paris. Quant au changement de Colonie, tout en sen occupant activement, il ne faut pas espérer une solution avant un certain temps.
Vous allez bientôt voir les Gréslou de nouveau, chère sœur et amie. Je te recommande mon petit Bob, je laime ; il y a des moments où je cherche encore auprès de moi lenfant chéri ! Que Dieu prenne pitié de moi.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Je prie Camille de mexpédier le livre suivant que Louis lui remboursera :
Atlas des Colonies françaises en 1891 par Paul Pelet, chez Chalamel, libraire à Paris.
Dieu vous garde, et priez pour moi.
Votre dévoué,
Jules Greslou

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En mer, sur le Gilbet
le 1er septembre 1891
Ma très chère Marie,
Jajoute une autre commission pour Léon.
Il est probable que je ne reverrai pas M. de Brazza, attendu quil repart pour la France dans les premiers jours de septembre (dit-on) et quil arrivera probablement en France le 7 octobre. Avant cette époque, il aurait été très important de faire régler définitivement ma nomination à la première classe par le sous-secrétaire dÉtat et peut-être aussi de solder pour un prochain rattachement à une autre Colonie. Ce homme, ce quil y a de plus abominable dans la répression de M. de Brazza, ça été entre ...
Nous serons à Dakar le 3 septembre au soir. Nous en repartirons le 4 pour la Côte de Guinée. Le temps est beau, la traversée très paisible, les passagers tranquilles, et le bateau confortable. Ma santé et ma philosophie sont convenables ; le temps passe si vite, quand lesprit et le cœur sont ailleurs.
Je te rappelle que dans ma lettre envoyée de Las Palmas, jai mis un petit mot pour mon cher Bob, tu le lui remettras à lui-même et tu me renverras sa réponse. Jy compte, sœur Marie, en lembarrassant de ma part, ou le lui disant.
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Bien des choses aux Fabre et mets Léon au courant de ce que je te dis précisément.
Ton dévoué,
Jules Greslou

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transcriptions/1891-09-03.md Executable file
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En mer, Gilbet, le 3 septembre 1891
Ma chère Marie,
Deux mots pour te dire de menvoyer par colis postal et par retour courrier : 3 cadres pour photographies, cartes-album. Tu trouveras au grand bazar quelque chose de solide pour 4 ou 5 francs ; il men faut quatre à peu près pareils. Louis te remboursera à son passage à Lyon. Adresse-moi cela à mon adresse à Libreville. Jy compte le plus tôt possible.
Je tembrasse de tout mon cœur ainsi que les tiens. Noublie pas ma petite lettre pour Bob.
Ton dévoué,
Jules Greslou

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En mer, sur le Gilbet, le 10 septembre 1891
Ma chère amie Marie,
Quand cette lettre te parviendra, peut-être toute la famille Bourdon sera-t-elle sous votre toit. Bénis et baisers à tout le monde, et une caresse pour Bob. Noublie pas ma petite lettre et sa réponse. Pense aux livres commandés, aux 4 cadres, pense que je taime beaucoup parce que en toi jai mis le secret de lincertitude de mon beau rêve, et que par toi peut-être je verrai un jour du bonheur.
Demain, nous serons à Grand-Bassam, possession française de la Côte dOr. Je retrouve tout ce que jai vu, mais cela mintéresse toujours.
Aujourdhui nous longeons la côte dIvoire, le pays des Kroumens, et nous venons de recevoir à bord la visite du signor Peronquet, roi des Bérés. Dans 6 jours nous serons à Libreville doù jespère repartir de suite pour lintérieur. Je me hâte dêtre moi dans ma résidence, de minstaller pour les mois qui je crois passerai loin de vous, songeant souvent à vous, à ma filleule Ninie, aux gamins que je reverrai grands et embellis, et je vous demande dêtre bien réguliers dans vos correspondances, et de menvoyer toujours la date de votre lettre précédente ainsi que les dates des lettres que vous recevrez de moi.
Je compte sur mon cher cousin Léon pour mon avancement prochain et le soin de mes intérêts. Ferry et Bordeaux sont deux soutiens sérieux, Fémillat et lItalien peuvent certainement beaucoup.
Quand vous irez tous en famille prier à Fourvière, tu rappelleras de ma part à mon cher Bob la promesse quil ma faite de mettre un cierge à la Bonne Mère à votre communion intention, afin que je sois vite réuni vers vous, cher Bob, quil ne faut pas avoir la vilaine peur quand il doit me croire à rien. Dis seulement et en pense pas un mot.
Adieu, chère Marie, cher Camille, mes quatre mignons, je vous embrasse tous de tout mon cœur. Mes amitiés à Madame Revel et Clément ; bon souvenir aux Fabre et aux Gauthier.
Votre dévoué,
Jules

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transcriptions/1891-09-20.md Executable file
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Libreville, le 20 septembre 1891
Ma chère amie Marie,
Je suis arrivé dans lillustre capitale depuis 3 jours et je nai pas encore reçu de destination. Léon auquel jécris une lettre très importante vous donnera certains détails que la proximité dun départ de courrier moblige à omettre. Je prie Camille dinsister auprès du cher cousin pour quil fasse ce que je demande.
Noublie pas mes petites commissions et une grosse caresse pour ma chère Bob.
Je me porte très bien. On ma donné une grande maison neuve pour moi seul. Elle porte le nom de Maison des Palmiers, parce quelle est isolée de Libreville à environ 1 kilomètre et située au centre dun village Palmiers. Jespère bien être affecté ici par à ma résidence, malgré la mauvaise volonté reconnue de Chavannes.
La saison des pluies va commencer. Jespère que la pluie ne me laissera pas finir. Je te promets dêtre sage et de bien me soigner.
Envoie-moi 4 gilets de flanelle de la belle fabrique dans manches de 4 à 5 francs pièce. Mets la boîte de visites de photos et de mes mesures avec, et envoie-moi le tout. Il faut avoir de ma la grande ficelle représentant la longueur précise de la nuque au bas. (bas de la colonne vertébrale).
Je vous embrasse tous de tout mon cœur et prie Dieu quil vous bénisse. Priez beaucoup pour moi.
Votre dévoué,
Jules Greslou

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transcriptions/1891-11-17.md Executable file
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Fernan-Vaz, Mission Ste Anne, le 17 novembre 1891
(jusquà nouvel ordre, écrire toujours à Libreville).
Ma bien chère Marie,
Cest à la Mission catholique de Fernan-Vaz, où je me suis arrêté quelque temps pour la confection du rapport qui devait suivre mon exploration dans ces régions, que je reçois ta bonne lettre du 1er octobre.
Hélas ! pauvre enfant, pauvre sœur, pourquoi ten voudrais-je. Tu ne fais que être un des instruments de la destinée ; je ne sache pas quelle nait jamais été bien douce. Tu es très bonne déjà davoir souci pour un pauvre homme qui erre, et qui erra surtout. Mais, il me vient aux lèvres un sourire quand tu me parles de ton projet de me trouver une compagne. Ma chère Marie, cela est absolument inutile. Il est probable que je vais être désigné pour occuper la nouvelle résidence que le gouvernement d...
Je regrette seulement davoir fait des démarches officielles pour être chargé de Colonie. Le plus tôt la fin viendra, le plus amicalement elle sera reçue.
Je tenvoie une petite rose que jai cueillie au jardin des Pères ; une rose des lagunes, cest une rareté !
Je vous plains combien douce a été votre réunion. Et maintenant tout cela est passé… Ne me parle pas de Léon dans ta lettre, je pense quil aura fait son voyage dans les premiers jours doctobre. Si je me trouve forcé à changer de Colonie, je ne serais tout au moins pas fâché dêtre avisé et décidé, au moins comme tout le monde, comme le premier venu ou Capitaine de soupirs venus.
Chère, chère Marie, je tembrasse de tout mon cœur, ainsi que mon ami Camille et vos quatre mignons.
Votre dévoué,
Jules Greslou

14
transcriptions/1891-12-03.md Executable file
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Libreville, le 3 Décembre 1891
Mon cher beau-frère,
Je suis revenu dans dincertains Dr. Neman-Vaz, et me voici de nouveau comme loiseau sur la branche, cest-à-dire sans résidence ; et cela a des chances de durer jusquau moment où lon se décidera à menvoyer dans une autre Colonie.
À la date du 1er Décembre je vous ai adressé une dépêche dont je suppose que vous avez tenu compte. M. Règnot admis de 1ère classe au sujet X, est mort hier à Mayumba (Congo français) en France. Ayant eu le premier la nouvelle jai pu vous la télégraphier avant même que de Chavannes...
[...]
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre dévoué,
Jules Berton

16
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Libreville, le 8 Décembre 1891
Ma bien chère Marie,
Jai reçu ce matin un colis postal contenant 3 gilets de flanelle. Il y a quelques jours javais reçu un paquet contenant 4 cadres et un atlas. Je te remercie de tout mon cœur de la façon charmante dont tu prends soin de ton frère Jules. Jai trouvé parmi les gilets un bouquet de violettes que jai mis en lieu sûr après lavoir bien embrassé.
Il est probable que le courrier qui court après moi au Fernan-Vaz, maura poursuivi. Je suis à Libreville, contenant une lettre de vous. Les courriers sont dailleurs fort irréguliers. [...]
Ma santé est actuellement très bonne, le voyage que je viens deffectuer, malgré les fatigues inévitables, ne ma causé aucun affaiblissement. Jattends maintenant une destination qui ne saurait demeurer indéfiniment remise.
Je vous demande un bon souvenir pour le jour de Noël.
Au revoir, chère petite bonne Marie, je tembrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari et tes quatre chérubins.
Votre dévoué,
Jules Berton

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