Add transcriptions of letters from Jules Herbovy (1893-1895)
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21 Janvier 1875
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Sœur bien-aimée
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Je te remercie de ton attention envers ton petit frère, mais j’ai aussi
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à te remercier beaucoup de la part de Roger. Le soir il met la
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Vierge devant lui et, après avoir prié pour « les sœurs de Jules », il
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travaille sous la protection de notre mère à tous. Si cela peut t’intéresser,
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je te dirai que sa sœur, charmante entre parenthèses, âgée
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de 14 ans est à Noirmoutiers, près de Tours, chez les dames de
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la Sacré-Cœur. Embrasse mon Henriette pour moi et aussi ……… Madame
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Fruteau.
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Ton frère respectueux
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Bontoux
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21 janvier 1875
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Mon cher papa,
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Ne recevant depuis quelques jours des lettres que de
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mes sœurs chéries, je demande avec impatience une
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lettre de mon cher père.
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Voilà mes notes : A, A, A, A, et mes places 14e en
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diligence et 17e en discours français.
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J’ai tout arrangé pour les billets, et Dieu aidant nos
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10 billets noirs donneront peut-être un beau lot; on
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ne sait jamais.
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J’ai reçu une lettre d’Émile qui se porte toujours
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très-bien; je crois qu’il est plus avancé de son
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écriture pour moi, mes chers Niortais.
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Mon cher papa, je pense depuis bien longtemps au
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triste anniversaire qui m’enleva une mère chérie
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mais, hélas, hélas pour comme de son enfant. Je
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conçois parfaitement toute la douleur que tu as
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d’éprouver de cette perte irréparable; mais ce
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que j’admire et je vénère surtout, c’est ta résignation;
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c’est ton attachement et tes soins pour les
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enfants qu’Elle t’avait laissés.
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Ce n’est pas à moi certainement à te parler de
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consolations; mais laisse-moi cependant te dire que
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si ton malheur a été grand sur la terre, ton bonheur
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n’en sera que plus immense dans le ciel, auprès au
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divin crucifié et de la sainte mère de douleur.
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Tes enfants tâcheront toujours, je l’espère, par
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leur conduite et leur reconnaissance toute empreinte de
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piété filiale, de te consoler et d’affaiblir en ton cœur
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cette grande douleur.
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En pensant, s’il te plaît, mon cher papa, dire à
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ma chère Henriette que je n’ai pas vu une photographie
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de charme, et que je garde mon trésor avec
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avidité. En outre, c’est bien moi qui ai emporté la
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petite album en mettant dans un petit meuble de
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leur chambre, celui qui est près de la fenêtre, les
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sujets religieux qui se trouvaient en tout dedans.
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En récompense de cette intelligente explication, j’aurai
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bientôt, je pense, une longue lettre de ma sœur aimée.
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Bien des choses à M. et Madame Fruteau.
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Adieu, mon cher papa; je t’embrasse de tout mon
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cœur, embrasse pour moi mes chères sœurs.
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Ton fils respectueux
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Bontoux
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P.S. Tu voudras bien remettre ma petite missive
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à ma chère Marie en l’embrassant; et tu auras la bonté d’adresser mes respects à l’illustre
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signor Coco.
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E.J.S.
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9 Novembre 1875
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Ma chère petite sœur Marie,
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Ma chère petite sœur, je viens aujourd’hui adresser à toi seul mes caresses et mes plus tendres
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baisers. Je suis comme tu le sais bien, un grand bavard, et je veux aussi babiller avec toi. Je
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vais te raconter un jour entier de collège; je choisis par exemple cette journée de Mardi 9e
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jour de Novembre 1875.
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En premier lieu, voilà qu’à 5 heures du matin, au milieu d’un rêve délicieux rempli d’Exercitium,
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etc., une inévitable cloche se fait entendre, ainsi que la Bénédicamus Domino du P. Raffrenat.
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Vite, vite, je saute à bas de mon lit, à moitié endormi, en criant Deo gratias, et en me signant du signe de la croix.
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On entre alors dans notre immense dortoir de l’étude, temps épouvantable, un véritable ouragan se
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déchaîne sur nous ! On en voit un qui court après sa casquette, un autre après son gant, d’autres enfin
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après leurs correspondances. Ribault, de Violette, Honoré, de la Perraudère et moi, nous nous prenons par
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la main, et laissant voler au gré du vent nos grands manteaux, nous nous mettons à courir le plus vite
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possible du côté du vent; le vent s’engouffre dans les profondeurs du manteau, et nous faisons ainsi le tour
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de la cour avec une vitesse inouïe. Je cause un moment avec Libault. Tout à coup je vois Carrieux qui me présente
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malheureusement un dos superbe, et j’y applique ma balle de toute ma force, il me la renvoie avec ardeur dans le
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groupe gauche. Mais la cloche sonne, et nous rentrons à l’étude. Je cause quelques peu à de Vassivière, puis nous
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rions comme des fous.
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Puis je me jette à corps perdu dans l’étude de la langue anglaise, en traduisant une très difficile version
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d’Eichoff, intitulée : Le Chêne et la Glycine; nom très poétique, mais version très ennuyeuse. On dit bientôt
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l’Angelus, et je me rends au réfectoire, quand soudain je suis accosté par mon maître de musique, qui me propose
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de prendre une leçon à la place d’un élève qui est absent; je le suis, il répète la promenade et la valse.
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Bientôt je suis dans les délices de la somnambule, puis de Don Juan, de la Juive, d’Auber. Mais le cadran marque
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midi et demi, je signe et je vais déjeuner.
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Déjeuner passable; Du Boullay un des convives de seconde table se passe du premier plat.
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Puis l’on passe en récréation, le jeu est très animé; Libault reçoit des vertes parce qu’il a manqué, avec une
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rapiette, deux balles coup sur coup, un le trot continue en ardeur.
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La cloche sonne, puisque c’est mardi, on va en promenade, nous choisissons le chemin Ray; nous marchons ainsi, Violette
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à droite, Libault au milieu, moi à gauche.
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Durant ce bruit intercopiétion de soleil, d’ombreux, d’eau, de cascades, etc., etc.
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Holà ! Holà ! l’on est passé comme des flèches et au retour, à côté de moi un curieux étonnamment comme il est multiplié
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toute la totalité du Père Castet. Vite, le second coup se donne et j’admire Juliet, notre écolard, tel qu’on a admiré un
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second sur la porte. Je voudrais dire le gymnase. Deuxième hypothèse dont la hâte et chaque insolite se contredisent.
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Il ne saurait pour me donner de lui tout entier, mais quand il aperçoit, il court rapidement d’aller au matin. Pour lui apprendre
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à être ainsi loyal, je lui envoie dans les côtes un coup de poing, qui lui fait découvrir sous sa redingote un os que je
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n’oserais, qui est au dos et l’écolier est un peu fou rire.
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On arrive à l’étude avant la prière, j’ai eu le temps de faire toutes les fatigues de ma version de Vassivière, qui pour son
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bon amusement, s’exerce plus que de nouveau à mot d’allemand. Tous les écoliers arrivent, la prière commence, tout est calme.
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Après la prière lecture spirituelle. Singulier, l’étude commence. Je regarde dans la préface de la Vassivière qui d’une belle chemise
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commence lui, retirant un mot et répété. Je le lui demande, et quelques minutes après, je le lui renvoie avec cette explication
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si magnifique. Je me mets à Orgele. Après avoir fini un chapitre, mon profit d’une moitié sur l’autre en explication. Je trouve ce fidèle
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puis me sourit l’oreiller, je le remercie d’un geste plein de reconnaissance.
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Puis je me plonge dans l’état monotone du Branché et du Gothlandtage. Ô Dieu, Dieu, Dieu, le froid et l’état demi vide au pupitre, bois
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débattus, ou le lit touche aussi bas, mais puisque mon chapelet est fini, que sais-je donc manger, dont j’avais un morceau de pain et
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de lard environ, ainsi que je soupire. Puis, je me précipite, je le partage encore dans toute la longueur, j’offre mon ardeur, à mes
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amis tous. Puis nous entrons dans un cercle tour à tour parlant poétique et bientôt à la main au livre de faire dans lequel nous avons
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à débattre, et cela. Il me fallait de ma logistique. Lundi, je juge.
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Les vers de David sont beaux, il y a du souffle poétique. Mais la cloche sonne, nous voilà en cours, il pleut, je me sauve sous les hangars;
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j’accoste alors Genest, qui me confie son admiration sur Bonnet; mais voici qu’après avoir échangé quelques mots avec mon cher petit ami
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Hébrard d’Alo, je me dirige à grands pas vers Libault, qui me parle d’une belle et chère Alice. Conversation sèche, presque très intéressante.
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L’heure sonne. Nous nous dirigeons vers la chapelle. C’est le P. Girondeville qui dit la messe, chants religieux. Je récite un chapelet selon ma
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respectable habitude, pour tous ceux qui me sont chers.
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La classe a sonné: j’y vais avec plaisir. Le Père Ganeclin professeur de Mathématiques me fait une question, à laquelle je ne puis rien répondre,
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vu que je ne vois rien au tableau. Il veut bien se satisfaire de cette raison.
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Le Père Perrin professeur ordinaire arrive, tout se passe très-bien; la cloche sonne, vite à l’étude on porte ses livres, et de là en association.
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Il fait une version d’Eichoff, intitulée : Le Chêne et la Glycine, nom très poétique, mais version très ennuyeuse. — On dit bientôt l’Angelus, et je
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me rends au réfectoire. Quand soudain je suis accosté par mon maître de musique qui me propose de prendre une leçon à la place d’un élève qui est
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absent, je le suis, il répète la promenade et la valse.
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Bientôt je suis dans les délices de la somnambule, puis de Don Juan, de la Juive, d’Auber. Mais le cadran marque midi et demi, je signe et je vais
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déjeuner.
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Bientôt cependant le temps se couvre, épouvantable nous monte de la tête au pied, nous sommes en désordre.
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Nos figures expriment l’ennui, la fureur. À quatre heures et demie, nous rentrons au collège, mouillés, n’en pouvant plus: nous dévorons notre
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pain et nous allons changer de souliers.
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Nous rentrons à l’étude; quelques minutes après mon voisin de dos souffle à fourgés pleurs. Son sommeil est pénible!
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Nous avons à faire un horrible thème grec, infligé aux élèves indolents. Cependant je travaille bien car je pense à mon cher papa et mes sœurs, à mon
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frère bien-aimé, et puis à ma chère Ernestine.
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Quand tu la verras, ma petite chérie, embrasse bien pour moi Jules, et fais-lui quelques petites commissions dont je t’avais chargée pour elle en particulier.
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N’oublie pas l’image et la petite lettre pour l’oiseau absent qui manquerait à vos réunions, il faut que tu me les envoies tous deux un jour de l’an prochain.
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Bien des choses à Madame Alexandrie, à Clémentine, et à Alice, ainsi qu’aux autres Saint-Marc et Agaceaud.
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Enfin, ma chère petite Marie, je finis cette longue épître, en espérant bien en recevoir une semblable bientôt. J’ajouterai seulement qu’ici le temps est
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épouvantable, le vent malgré les volets casse les carreaux au dortoir, ce qui force les surveillants à accourir en bonnet de coton. Pères Raffrenat,
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Henricane, Castet.
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Détail charmant: Papa doit quelque peu de quantité de pommes qui se trouvaient dans la campagne, et bien! l’eau, la grêle, le vent, les arbres secoués par
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le vent ont fait tomber toutes les pommes, les ont entamées, si bien que les rues du Mans sont pleines de pommes, bonnes affaires pour les pauvres.
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Je finis cette longue lettre en t’embrassant avec tout l’amour que j’aime: Papa, Henriette, Émile, Ernestine.
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Ton frère affectueux et dévoué
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Jules Bontoux
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E.J.S.
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16 décembre 1875
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Ma chère Marie,
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Je vais d’abord t’annoncer une excellente nouvelle,
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qui j’en suis sûr, remplira vos cœurs à tous d’une
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vive joie. Dimanche dernier, 12 décembre 1875, j’ai
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eu le bonheur de faire ma consécration d’enfant de Marie.
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Sur plusieurs approximants une 12 environ, seul j’ai été
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jugé digne de cet honneur. Je me suis préparé à ce
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grand acte avec tout le recueillement possible. Maintenant
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donc, ô ma sœur chérie, je suis véritable enfant
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de Marie; je suis congrégationniste. Et c’est une grâce non
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seulement pour moi, mais encore pour vous tous, et je
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vous conseillerai de remercier la sainte Vierge, de la protection
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qu’elle m’a accordée dans l’élection. Quand je
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vous reverrai, je vous montrerai une petite carte violette
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où, de ma propre main, j’ai écrit mes serments. Elle
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est bien précieusement cachée sous ce poste, mille
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à tant de poches, que tu connais bien, chère curieuse,
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à côté de celle d’Ernest qui lui avait envoyée pour ses vœux. Différente de la mienne,
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au verso elle représente la Vierge Immaculée et
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autour d’Elle, le bras patron de la jeunesse chrétienne. Au bas de cette gravure, il y a un
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petit morceau du jilet de flanelle, que le R.P.
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Chamin portait lors de son exécution. En haut de
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la même gravure, il y a un singulier, qu’une amie
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bien aimée m’a donné, et qui conserve encore toute sa
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couleur. Je suis sûr que c’est cette main, fidèle chérie,
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à cette foi.
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C’est donc à vous ma petite remarque: j’apporte
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mes notes et mes places habituelles: A, A, A, A. Je
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n’ai pas trop mal. 20 en discours français avec une
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bataille d’histoire, a failli prendre tous les bancs de
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la salle. 8 en diligence, toujours aux 7 élèves.
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Notre académie s’est toujours dite grande réunion
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seulement, académicienne de convenance, comme sans
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autre distribution, nous sommes forcés de garder
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le secret le plus profond sous obligation d’extérioriser
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jusqu’au mois de janvier, pour savoir de quoi il
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s’agit. C’est un petit acte de vertu.
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J’espère que tu sauras faire les jours des premiers
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de l’an, aux petites pour accorder une exhortation; il
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faible en ce qu’il n’y avait encore chez l’un et chez
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l’autre. Je te conseille cependant un autre acte
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de foi plus pieux, et de venir avec Henriette
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de lettres de longue soque. Vanité des Vanités,
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tout est Vanité. Je ne sais ce qui me retient de
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faire écrire. Je ne serais pas mal avec une grande
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boule de neige, facile à me consumer. Ce charmant
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avenir me rappelle encore avec ardeur, quand
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j’avais une petite cabane, un petit anneau court
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avec Saint Antoine. Aussi, l’amour pour toi
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c’est ce que je voudrais: en famille, autour de
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la flamme, réunis à donner sa santé de Religion.
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Rappelle-moi, ma chère sœur, au souvenir de nos chers
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amis, et surtout d’une petite lutine que tu verras dans
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quinze jours.
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Embrasse de tout ton cœur pour moi, mon père
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chéri, que je remercie beaucoup de ses timbres, et ma
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gizette. (Je parie qu’elle chantonne encore.)
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Répondez l’un ou l’autre longuement.
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Je te couvre de baisers, ma sœur bien-aimée et chérie.
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||||
Ton frère tendre et dévoué
|
||||
Jules Bontoux
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||||
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75
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||||
E.J.S.
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||||
11 février 1876
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Ma chère Marie,
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Je reçois ta lettre à l’instant et elle me comble de
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surprise: je vous ai écrit vendredi dernier une
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lettre longue et intéressante qui n’était adressée à
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toi, ma chère Marie.
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||||
Je répondrais d’abord à l’objection sur Marie, et
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||||
je réunirai ce que j’avais écrit en un seul mot: fusis
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||||
que tu l’aimes, moi aussi je l’aime. Puis je vous
|
||||
disais que j’avais fait ce que Papa m’avait dit pour
|
||||
les timbres. Puis je vous parlais des vœux des P.P.
|
||||
Hassour et des Mayas. Puis je vous racontais une
|
||||
grande séance dont je vous enverrai le programme, puis
|
||||
après avoir donné mes notes et mes places, je finissais
|
||||
en demandant des nouvelles d’Ernestine, puisque
|
||||
tu me disais la dernière voir le dimanche suivant.
|
||||
Par conséquent: vita mea omni culpa vacat. Tu
|
||||
démontreras à Papa ce que cela veut dire.
|
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||||
Je commence donc par te donner mes places et mes notes:
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||||
12 A, A, A, A: 15e thème grec, 6e diligence...
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22 A, A, A, A: 13e version latine, 7e diligence.
|
||||
|
||||
Maintenant je présente une médaille qui fut patronne
|
||||
une petite félicité à l’égal de ma famille. Elle n’est
|
||||
pas assez charitable. J’envoie à Papa ce timbre: dans
|
||||
une dernière lettre je vous faisais un petit souvenir au
|
||||
souvenir, je regrettais que vous n’ayez pas reçu.
|
||||
Je la remercierai d’un autre côté, et me demanderai
|
||||
ce détail de foi, qui m’intéresse beaucoup.
|
||||
|
||||
J’ai reçu aussi hier une lettre d’Emile qui va
|
||||
très-bien et hier une lettre de Pierre qui va aussi
|
||||
très-bien. Bien des choses de ma part à ma sœur et
|
||||
à ma mère.
|
||||
|
||||
Tu diras à ma chère Henriette qu’elle devrait m’écrire,
|
||||
et j’aurai bientôt une missive que je lui aurai
|
||||
adressée ainsi que celle à ma sœur pour moi.
|
||||
|
||||
Il fait un froid épouvantable, la neige tombe par
|
||||
grands tourbillons. Je suis obligé de mettre deux
|
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paires de bas: je grelotte. Jamais je n’ai eu chose
|
||||
pareille.
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---
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Je vous avais aussi parlé de la loterie, dont les lots
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sont jolis et nombreux, mais dont les billets sont
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2,50 comme tu l’entendras. Lésion en presque un
|
||||
voyage, ainsi respectant d’auguste.
|
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||||
Donnez mes meilleures amitiés à vos amies Honneur,
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son Saint-Marc, et Billouard, et des caresses pour
|
||||
Ernestine.
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Je vous embrasse tous très-tendrement.
|
||||
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||||
J’oubliais: dans ma dernière lettre aussi, je
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||||
vous annonçais une grande joie: j’aurais, c’est-à-dire
|
||||
que mon premier premier m’a envoyé encore donner
|
||||
une belle médaille d’or, qui ferait-il est divine
|
||||
aussi. J’ai remercié, comme vous pouvez le penser.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse encore une fois.
|
||||
|
||||
Ton frère
|
||||
Jules Bontoux
|
||||
33
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|
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||||
E.J.S.
|
||||
15 Juillet 1876
|
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||||
Marie
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||||
A toi, mon enfant, à toi cette dernière
|
||||
page, pour te prouver, je crois que c’est
|
||||
inutile, que je ne t’oublie pas dans
|
||||
ce jour de fête.
|
||||
|
||||
Tu as toujours été beaucoup aimée de moi,
|
||||
parce que tu te rapproches le plus de
|
||||
moi par le cœur.
|
||||
|
||||
Tu es douce, ma sœur, et te dire mes
|
||||
plus profonds secrets ne me coûtera jamais.
|
||||
Dans ma lettre à notre père, j’ai oublié
|
||||
de lui demander d’écrire au secrétaire
|
||||
que je désire passer au commencement
|
||||
et non au milieu du mois
|
||||
d’août, à cause des vacances.
|
||||
|
||||
Beau début à Ste Croix, un
|
||||
philosophe seconde année vient
|
||||
d’être reçu à ses sciences comme
|
||||
il l’avait été à ses lettres: il est
|
||||
heureux celui-là.
|
||||
|
||||
Au revoir, ma chère Marie, je
|
||||
t’embrasse de tout mon cœur.
|
||||
|
||||
Ton Jules
|
||||
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Executable file
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transcriptions/1876-12-13.md
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|
||||
E.J.S.
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Le Mans, le 13 décembre 1876
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Ma chère Marie,
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C’est à toi ma chérie, qu’est adressée la
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missive du Benjamin; et certes tu la mérites
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bien, car je tiens à te remercier de ce que
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tu m’écris souvent. Ton âge te rapproche le
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plus de ton frère: merci, ma charmante sœur,
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de ce que tu ne trouves pas trop long de
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tracer quelques lignes pour l’absent, qui trouve
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tout en jouir l’esprit, bien que, hélas, pour
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le cœur. C’est une erreur de croire que
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le travail étouffe l’affection: au contraire,
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de concert avec l’absence, il en fait sauter
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toutes les chaînes et en augmente les
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regrets. Heureusement, je m’en souviens,
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et je n’ai pas pour ainsi dire une volonté;
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sans cela, la vie serait un fardeau.
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J’espère que notre bien-aimé père ne
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souffre plus du tout de son vilain rhume.
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J’ai la confiance que vous allez toujours bien,
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pour moi, honnêtement je crois me trouver
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mieux, comme dit papa; je suis mon
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petit bonheur de demain.
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Le temps ici aussi, s’est rafraîchi
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considérablement, et ce qui est pis, depuis
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dimanche, plane sur la ville un brouillard
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presque fort épais. Jeudi il régna dans
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la division un bruit et principalement une
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rumeur générale: c’est ainsi intéressant à un
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drame; quant il commence, il y aura
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pour un quart d’heure, c’est à retirer
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les chaises et les éclats de spectateurs en
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passèrent complète…
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J’ai été fort peiné du malheur qui
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a frappé la famille Marrecini: car j’ai été
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en fort grande estime, et le malheur
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qui frappe nos amis me frappe par la
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même; n’oublie pas de présenter à
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M. et Madame mes regrets et mes
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sentiments d’affection les plus sincères…
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Il y a assez longtemps que je n’ai
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reçu des nouvelles de la tante de Saintes.
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Jusqu’ici je ne sais pas si je l’ai à peu
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||||
près résignée avec la confiance des belles jeunes âmes.
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J’attends une lettre d’Ernestine demain
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ou après-demain: c’est un bon mois…
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Lequel j’aime beaucoup et m’intéresse; je
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suis plus sérieux que lui, j’ai surtout
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plus d’expérience. Je me fais donc un
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devoir de lui donner des conseils sur la
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||||
conduite à suivre soit au collège, soit dans
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le monde: il les a toujours pris comme
|
||||
doit le faire un ami, c’est-à-dire, avec gratitude
|
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et bonne humeur.
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J’embrasse de tout mon cœur mon
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père chéri et ma gentille et aimée Henriette.
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Bien des choses de ma part à Ernestine: dis-
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lui de prier pour moi, comme je le fais pour
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elle. Dieu bénit les cœurs qui s’aiment dans
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son cœur divin.
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Reçois, ma chère sœur, mes baisers et
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mes caresses.
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Ton frère affectueux
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Jules Bontoux
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N.B. Merci beaucoup des timbres – voilà mes places et mes notes:
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10e mathématiques, 14e diligence
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A, A, A, A
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||||
+
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||||
E.J.S.
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||||
Le Mans, le 1 juin 1877
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Mes chères petites sœurs,
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||||
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J’ai un peu tardé à vous écrire, parce que j’attendais le pèlerinage.
|
||||
Il a eu lieu hier avec toute la pompe, tout le recueillement, que vous
|
||||
pouvez imaginer. La ville de Laval n’avait pas, comme la nôtre de
|
||||
Niort envers les Jésuites de Poitiers, refusé de nous recevoir, et le bien qui
|
||||
produisit notre passage l’a récompensé de sa foi. Le temps a été mauvais d’abord, beau ensuite; aujourd’hui pour un premier jour de juin, la
|
||||
pluie nous envoie son adieu. L’été n’arrive pas vite, puisse-t-il en
|
||||
prendre bientôt une fois qu’il sera venu.
|
||||
|
||||
Je vous remercie des détails dont vos lettres sont toujours remplies:
|
||||
elles mettent un peu de soleil dans cette vie d’écolier que je
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||||
mène ici. Pourtant je ne dois pas trop me plaindre, car Dieu m’a
|
||||
envoyé une consolation depuis le commencement de l’année, consolation
|
||||
que vous devinez bien, puisque vous connaissez mon cœur. D’ailleurs cette
|
||||
année va bientôt finir.
|
||||
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||||
Voici mes notes et mes places: A, A, A, A – 10e en diligence.
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||||
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||||
N’oubliez pas de demander à notre père chéri de vouloir bien me faire
|
||||
connaître l’époque de l’ouverture des sessions de l’académie de
|
||||
Poitiers, car je désire passer le plus tôt possible, en que des certains
|
||||
professeurs me conseillent, en philosophie, on doit être fort un
|
||||
mois avant l’examen.
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||||
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||||
Donnez-moi quelques détails sur la première communion d’Alice
|
||||
dans votre prochaine lettre; vous avez dû voir ce petit ange du bon Dieu.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que notre père chéri, pour
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||||
qui je voudrais bien vous aussi l’écolier vacancier et aimant.
|
||||
|
||||
Votre
|
||||
Jules Bontoux
|
||||
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||||
+
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||||
Poitiers, le 26 novembre 1877
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Ma chère Marie,
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Tu ne saurais comprendre quel bien, quelle consolation
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a été pour moi ta petite lettre, si affectueuse et
|
||||
si douce… D’ailleurs, je te l’avoue, j’en avais
|
||||
besoin: non pas que pour moi-même je souffrais
|
||||
très-affecté, mais j’étais comme stupéfait de l’existence
|
||||
faite de sacrifices et de privations, de travaux nombreux
|
||||
qui pouvaient parfois s’attacher à tel individu. Quoique
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||||
je fisse de grands efforts pour qu’il n’en parût
|
||||
rien au dehors, néanmoins au dedans je sentais un
|
||||
profond abattement, qui n’était pas loin du découragement.
|
||||
Et puis je pensais à l’ennui que j’allais
|
||||
vous causer bien involontairement, et j’avais peur
|
||||
que cet échec ne vous impressionnât outre mesure. Mais
|
||||
dans cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres,
|
||||
j’ai constaté quel bonheur c’est pour un jeune homme
|
||||
d’avoir pour la conduire et le consoler des parents
|
||||
bons et chrétiens…
|
||||
|
||||
Maintenant, je suis un peu remis dans mon assiette
|
||||
ordinaire: bien que je sois fatigué physiquement et
|
||||
moralement, cet échec m’a donné un sérieux stimulant;
|
||||
mais enfin Dieu l’a voulu, et l’on m’a assuré de
|
||||
tous côtés qu’il l’a voulu pour mon bien.
|
||||
|
||||
Est-ce que je verrai mes chers voyageurs à leur
|
||||
retour? Ne me l’avaient-ils pas espéré? Si oui, ne pourraient-ils
|
||||
s’arranger de façon à passer à Poitiers
|
||||
un mardi ou un jeudi, de façon à me faire sortir.
|
||||
|
||||
C’est Mr. Clément qui a corrigé mes copies; je me
|
||||
comprends donc à tout ce qui s’est passé; je croyais mes
|
||||
versions sans fautes et ma dissertation complète… Enfin!
|
||||
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||||
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||||
Poitiers, le 21 mars 1879
|
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||||
Ma chère Marie,
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Comme tu me le demandes dans ta lettre du 18, je viens
|
||||
t’accuser réception du mandat de 42 fr. 75 qu’elle contenait.
|
||||
Quant à l’autre qui s’est perdu, je voudrais bien savoir
|
||||
si on pourra le retrouver. Louis a eu l’air de me dire, à la
|
||||
gare, que ce ne serait pas difficile…
|
||||
|
||||
Quand ma lettre t’arrivera, chère petite sœur, notre père
|
||||
sera revenu de Limoges; je trouve qu’il y descend bien souvent.
|
||||
Qu’il prenne garde à la fatigue journalière, qui vient lorsqu’on ne
|
||||
s’y attend pas. Mr de Champouger, qui est jeune encore, pourrait
|
||||
bien ne me semble prendre un peu plus de mouvements. Il ne
|
||||
faut jamais excéder ses forces.
|
||||
|
||||
La foire est ouverte depuis huit jours; il y a beaucoup de monde
|
||||
mais les divertissements sont peu nombreux. Il y a même
|
||||
pas un malheureux cirque, et c’est la plus grande foire de Poitiers.
|
||||
On en est réduit à manger des beignets. Tu pourras
|
||||
dire à Perrin que, s’il est sage, je lui en mettrai un petit en
|
||||
réserve pour mon cadeau de Pâques…
|
||||
|
||||
J’espère que la jeune fille a Versailles du jeu quand elle
|
||||
a reçu sa maman, et qu’elle a bien embrassé son papa, sans
|
||||
avoir peur de sa barbe. Quand j’arriverai, lui fera-t-on déjà des
|
||||
tresses?
|
||||
|
||||
Bien des choses aux amies. Le temps est assez beau.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous affectueusement
|
||||
|
||||
Jules Bontoux
|
||||
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||||
Poitiers, le 25 mai 1879
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||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Je croyais que tu avais une grosse rancune contre ton
|
||||
pauvre Jules, et que c’était pour cela que ta chère
|
||||
écriture ne me parvenait pas; enfin j’ai su que
|
||||
ma petite sœur m’aimait encore, et avait de garder
|
||||
pour faire une récréation habituelle, je veux que
|
||||
vous ayez le dernier écho de ma voix… Tu diras à
|
||||
mon cher parrain, que mon cœur ne l’oubliera pas quand
|
||||
il s’élèvera vers Dieu dans ce temps béni. Je demanderai
|
||||
au grand Donateur la santé pour ses affaires, et le repos pour
|
||||
son âme, et j’espère fini de n’avoir de lui appris dans les
|
||||
contrées lointaines. Je voudrais vous voir tous heureux et
|
||||
réunis, dans notre humble ville de Niort. Comme notre
|
||||
père chéri, ce saint imitateur des Patriarches serait heureux
|
||||
de voir à côté de lui pour veiller sur les enfants de son
|
||||
vieillesse la plus de son foyer, et dans cela qu’ils lui arrivent
|
||||
besoin de ses soins et de sa tendre affection. Ma chère petite
|
||||
Marie, elle garde au cœur, à ma réputation une union
|
||||
fidèle et vous croyant très-content. Le bonheur au foyer
|
||||
est bien plus beau, plus précieux, quand il est partagé, quand
|
||||
on sort de son centre de union, on a un fort besoin pour
|
||||
s’y amuser d’attrait. J’ai soif d’espérance, j’ai d’autres pensées,
|
||||
d’autres idées et surtout, c’est la loi et cette loi est belle et
|
||||
consolante. Voilà pourquoi je vous aime tous, et tu supportes
|
||||
si peu de mon bonheur avenir. Mon sort, si j’avais bien
|
||||
espéré, si Dieu m’accordait une épouse, une femme à aimer,
|
||||
mais s’il me la refusait, et la donnait à un autre, qu’il soit
|
||||
alors heureux sans demi et que son contentement s’étende
|
||||
bien plus sur une chère sœur, car elle me sera encore, et je
|
||||
sais bien que telle est une confiance généreuse. Je lui
|
||||
dirais l’autre jour à une réunion de P. Girondeville et
|
||||
lui me souhaitait de lui et de la reposer. C’est là la
|
||||
mystère, prie…
|
||||
|
||||
Soignez bien votre bon oncle, c’est lui la vie aussi, avec
|
||||
et la santé physique; on en dira la tranquillité de
|
||||
vos cœurs. Pour moi, qui ai prié particulièrement de
|
||||
vos bontés, j’espère qu’un jour j’aurai bien présenté un
|
||||
homme digne d’estime et de respect, et lui dirai dans
|
||||
la sincérité de mon cœur: “Si je dois toi, n’y as-tu pas
|
||||
contribué?”
|
||||
|
||||
Je me rappelle de la récréation que le 1er juin; je
|
||||
serais heureux de pouvoir passer à Poitiers le soir de
|
||||
ce jour et non avant; en tout les cas pour recevoir une
|
||||
bien rude et vive réponse, si cela peut s’arranger ainsi.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse de tout mon cœur, Priez Dieu
|
||||
qu’il me fasse bien connaître mes désirs. Qu’il me
|
||||
donne la force et la sagesse afin de les suivre.
|
||||
|
||||
C’est à vous
|
||||
Jules Bontoux
|
||||
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|
||||
Brest, le 20 février 1882,
|
||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Pendant que notre cher papa est parti pour Paris, où il va tenter une entreprise qui réussira, j'en suis convaincu, je suis heureux de trouver un moment de loisir pour venir causer quelque peu avec toi.
|
||||
|
||||
Depuis bientôt 4 mois que je suis dans cette bonne vieille cité bretonne, le temps a passé avec une rapidité effrayante. Je ne sais si c'est un indice de la vieillesse, mais je trouve que plus on avance en âge et plus le temps file, sans qu'on y pense. Je crois qu'actuellement le travail assidu et la régularité de la vie sont les causes du peu de durée qu'ont les journées pour moi. Le cours, le déjeuner, le bureau, le travail dans la chambre, le dîner, la soirée, tout cela va mécaniquement, si je pourrais le dire, comme au collège. Et ma foi, j'aime beaucoup cette vie, vie du marin par excellence, vie commune, vie rapide où l'on s'amuse d'autant plus que l'on travaille beaucoup.
|
||||
|
||||
C'est la plus belle vie à souhaiter à un jeune homme ; si à cela se joignait une certaine fortune, je pourrais me dire très heureux. Entrant dans une carrière où l'avancement est rapide et brillant, où l'on commande, où l'on peut faire beaucoup de bien, au milieu de camarades distingués, intelligents et d'honor[[?]] coeur, je vois la [[?route]] autour de moi, et si je marche gaiement à l'assaut des honneurs et de la fortune (cette dernière sera un peu dure à décrocher) peut-être, mais enfin j'espère y arriver. Si avec cela, vers 29 ou 30 ans je suis placé dans un pays quelconque, la Reine de mon coeur, une bonne petite femme gentille, douce et affectueuse ; si je vois tous ceux que j'aime heureux, alors je [[?accueillerai]] Dieu auquel je dois tout, et je tâcherai d'écarter les mauvais jours.
|
||||
|
||||
Voilà pourquoi il faut que notre père réussisse dans son entreprise qui peut nous donner cette fortune que les événements nous ont jusqu'à ce jour tant refusée. Aussi je compte beaucoup sur le succès, et j'y crois de tout mon coeur. Le moment me paraîtra [[?]]
|
||||
|
||||
bien choisi pour tenter une entreprise financière. Les spéculateurs terrassés par ce [[?krach]] épouvantable, devront solder les pertes et tout vendre qui leur procure une avance sur un solde de richesse. On tir[[?]] sur le bien les em[[?]] et les convaincre, et Dieu ne leur refusera pas les moyens à notre cher père.
|
||||
|
||||
J'espère que tu nous passes joyeusement ces jours gras au milieu de la petite famille de notre cher instituteur. Ses filles doivent être bien gentilles et p[[?]] et bien élevées j'espère. Vous mangez beaucoup de crêpes à ma santé, et vous priez pour que je passe la carrière le plus sagement possible.
|
||||
|
||||
Au revoir, ma chère Marie, je t'embrasse de tout mon coeur, embrasse pour moi toute la famille et présente mes respects à tous nos amis.
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||||
|
||||
Bien des choses de la part des dames Saint-Marc que je viens de voir et qui vont bien.
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||||
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||||
Ton frère dévoué et affectueux
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||||
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||||
Jules Berton
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||||
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||||
Mon cher Papa chéri, Je t'envoie cette lettre de Jules ; elle te fera passer un petit moment heureux. Je te remercie beaucoup de la dernière et j'y répondrai à loisir samedi. Là je te dirai longuement ce qu'elle m'a suggéré de pensées. Aujourd'hui ce n'est qu'un sourire que je t'envoie dans celle d'Henriette.
|
||||
|
||||
Je suis contente de ton voyage de tes malles, j'ai pourtant oublié d'y mettre ta petite statuette de Lourdes. Je l'avais mise après ton départ et ai regrette mon oubli. Porte-toi bien cher Papa et surtout ne te fatigue pas et soigne-toi comme tu le voudrais le ferait, s'il lui était donné d'être près de toi.
|
||||
|
||||
J'ai retrouvée dans ta corbeille de cartes de visites la lettre adressée à Damasone !
|
||||
|
||||
Je t'aime et t'embrasse de coeur.
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||||
|
||||
Marie Berton
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||||
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|
||||
# Lettre du 14 décembre 1882
|
||||
|
||||
Lorient, ce 14 Décembre 1882
|
||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Tu as bien tardé en effet à répondre à ma lettre, et cependant vous n’avez pas grand’chose à faire, Mesdames, et ce n’est pas bien long d’écrire trois pages d’écriture. Mais, une certaine petite paresse vous conseille de rester bien doucement dans votre fauteuil près du feu, et le pauvre bonhomme de frère se passe de correspondance. Enfin, pour cette fois encore je ne vous mettrai pas au pain sec, mais gare la prochaine…
|
||||
|
||||
Je suis heureux de savoir papa au milieu de vous, et jouissant d’un repos relatif. Rien n’égale son chez soi, surtout quand on n’a pas les goûts portés vers le changement et le mouvement. Pour moi, au contraire, il me faut changer souvent de résidence et de genre de vie, pour être content, ou du moins aussi relativement qu’on le peut.
|
||||
|
||||
Je n’amuse toujours autant, seulement comme vous trouvez en Orient la danse est interdite dans les salons, et l’on se contente de jouer aux petits jeux, et surtout de causer avec ces demoiselles. Hier donc c’était soirée chez M. le Commissaire de Marine, notre bon professeur ; il y avait un charmant essaim de jeunesse, 15 élèves commissaires environ, 12 jeunes filles charmantes, à une sardine que je ne connaissais pas encore : cette Adrien, fille d’un juge au Gabon. Une vraie beauté. C’était plaisir de voir tous ces cœurs de 20 ans rayonnant de tendresse, éclats de rire argentins. Je crois que Janvier et Février seront bien gais ainsi.
|
||||
|
||||
Vous avez dû comme nous avoir des froids rigoureux à Paris, comme à Brest (il gèle vite et souvent, et sérieusement). Je crois bien que je demanderai Toulon comme port d’attache. C’est plus grand, c’est plus animé, et mieux entouré comme grands centres : Marseille, Nice, Monaco, etc. De plus, les embarquements sont très nombreux et souvent très beaux. La vie y est joyeuse, et pas plus chère qu’ailleurs. Bref je crois que malgré l’antipathie que je partage avec beaucoup pour les Marseillais, on aime de Midi ! Marseille ! Toulon ! J’écrirai vers ce pays à la fin de l’année. C’est d’ailleurs un fort bon demande, car dans 3 ans nous serons au moins off de 1ère classe.
|
||||
|
||||
Je n’ai pas changé de domicile, et je croyais vous avoir renseignés à ce sujet. Je n’ai pas la fortune de loger commun avec Courtet, mais nous habitons la même maison. J’ai reçu de Courtet une 1ère mise au point ? Nous sommes assez bien.
|
||||
|
||||
Il est fort probable que j’aille à Blanck à Lorient. Chaque année il y a ainsi un petit tribut payé à cette jeune fille colonie qu’on nomme la Mort… J’ai écrit sérieusement à notre Olivier, et je l’espère aujourd’hui. J’espère que son séjour à Nancy lui donne toujours que de la joie, sans qu’il se souvienne trop de ceux qu’il a quittés.
|
||||
|
||||
Est-ce que votre père se porte bien, et vous mademoiselle, avez-vous toujours de belles joues ? Vous allez, me dites-vous, vous promener dans cette bonne ville de Châteauroux. Amusez-vous bien avec vos cousins, et ne ménagez pas la voisine du cousin, si cette aimable grimbarde n’est pas réduite à l’état de bois à brûler ou d’épicerie à poudres.
|
||||
|
||||
J’ai reçu il y a déjà quelque temps, une lettre de mon oncle, qui m’annonçait également la baisse de ses forces, et la venue de quelques toiles au mois d’avril. Je ne puis pas savoir qui elles ne sont pas encore d’autres…
|
||||
|
||||
Au 1er janvier, ce sont des frais de voyage que je ne juge pas nécessaires faire. À propos du 1er janvier serais-tu assez bonne pour me dresser la liste de tous les individus parents, amis, etc. auxquels je dois écrire ou envoyer des cartes, liste relative aux adresses. Fais-la bien étendue. Il n’est jamais mauvais de rappeler qu’on existe.
|
||||
|
||||
J’ai envoyé le journal du Père à l’oncle Francis, aussitôt que je l’ai eu en ma possession. Inutile de vous dire que je n’ai pas reçu de réponse.
|
||||
|
||||
Je plains sincèrement Louis Goutteteron, mais j’ai peur que son mal ne soit une vengeance de Dieu, qui s’y est souvent lassé par le manque de foi.
|
||||
|
||||
Au revoir ma sœur chérie, embrasse bien tout notre monde, et bonjour aux amis.
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||||
|
||||
Ton frère affectueux,
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||||
|
||||
**Jules Bazile**
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||||
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|
||||
# Lettre du 10 février 1883
|
||||
|
||||
Lorient, ce 10 février 1883
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||||
Ma chère Marie,
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||||
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||||
Vois comme le temps passe vite, je voulais te répondre rapidement et nous voici déjà le 10 février. C’est qu’aussi ces jours gras ont été tellement remplis que la paresse, mauvaise conseillère en fait de correspondance, m’a fait oublier ma résolution.
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||||
|
||||
Nous sommes dans la pluie jusqu’aux chevilles, mais il n’y a pas de froid, s’il n’y a point de soleil. Il vente très-fort, et chaque jour un accident est signalé ; encore aujourd’hui une barque de pêche a chaviré à 200 mètres de l’estacade du port de Commerce, et sur 11 hommes 9 seulement ont été sauvés. Il y a 8 jours, un grand schooner a brûlé au rade, deux jours avant un brick-goélette s’échouait. Demain, qui sait, il continue il sera médecin à 30 ans. Quant aux dames St Marc, elles vont bientôt parcourir la France dans tous les sens ; c’est une économie dont je ne saisis pas très-bien la manière.
|
||||
|
||||
Est-ce que votre frère a trouvé ou espère trouver une situation ? J’ai peur qu’il ne soit désoeuvré, et vraiment il y a de quoi. Si seulement ce gouvernement de malheur pouvait finir vite, les affaires deviendraient meilleures. Mais à présent tout est à la dérive ; on allons-nous !
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||||
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||||
Embrasse bien pour moi toute la famille Bourdon, dis à Henriette que je lui écrirai bientôt, et félicite Louis de la stabilité de M. Cochery. Notre ministre à nous est introuvable ; mais il se trouvera bien sur un affaire.
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||||
Au revoir, chère petite sœur, je t’embrasse de tout mon cœur.
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Mille baisers à tout le monde chéri que je verrai bientôt. Parle un peu de moi à Justin.
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Ton frère dévoué,
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**Jules Bazile**
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# Lettre du 9 octobre 1883
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_Lorient, le 9 octobre 1883_
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Ma chère Marie,
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C’est avec grande joie que j’ai reçu tes lettres et aussi cette chère petite médaille qui a été retournée ses sœurs dans mon port-monnaie. Comme vous, mes bons amis, j’ai confiance en ces saintes images, car j’ai toujours vénéré la Vierge Immaculée, dont je suis le compagnoniste bien indigne hélas ! mais enfin bien croyant. Chère petite Marie, tu ne sais pas comme mon cœur est parfois navré de l’abandon où il laisse son Dieu, son créateur et son ami ; certes, je vais tous les dimanches à la messe, je suis de la Conférence de St Vincent de Paul, mais comme je fais peu pour le bon Sauveur qui m’a pourtant tout donné ! Il y a des moments où l’on se sent misérable et lâche.
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Jusqu’ici la Providence m’a bien favorisé : j’ai passé de bons examens, il m’en reste encore un ; je le passerai lundi matin à neuf heures : ainsi une petite prière pour moi, n’est-ce pas ? Je suis content, le clocher va sonner pour mon dernier travail d’écolier et j’entrerai enfin dans une vie plus calme que je tâcherai de faire tranquille et régulière, puisque à ce que me donne enfant la victime partagée. Avec une conscience tranquille et une philosophie chrétienne, que crains une âme ferme et un esprit rassasié.
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Je te remercie des lettres d’Émile ; j’avoue que le temps me manque pour les envoyer à leur double destination. J’espère néanmoins qu’avant la fin de la semaine je les ferai parvenir. Quand tu verras mon oncle, dis-lui bien que le travail ne m’a jamais interdit toute correspondance, mais qu’il y a une fin à tout, et qu’avant deux mois, j’aurai le plaisir de l’embrasser.
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Présente mes affectueux respects à Madame Revel, et à Madame Clarin ; remercie mes cousins de leurs amitiés ; dis à Louis que j’ai vu à cet effet M. le Maguier, mais que je n’ai pas eu le temps de faire connaissance. D’ailleurs, entre nous, quand on a 32 camarades intelligents, il n’est guère possible de se lier avec un monsieur qui a l’air d’un mari et dont la famille est loin d’être estimée à Lorient.
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Là-dessus, ma chère sœur, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari. J’espère être à St-Étienne le mercredi 17 octobre.
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Ton frère,
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_Jules Brelot_
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# Lettre du 5 novembre 1883
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_Lorient, le 5 novembre 1883_
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Ma chère Marie,
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Merci de la charmante lettre que tu as glissée pour moi dans ta dernière lettre à papa. Tu es toujours bonne et gracieuse et tu mérites certainement le bonheur que tes lettres semblent respirer à chaque ligne.
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Dans 15 jours je serai à Lorient, et j’espère que vers le 25 je serai à Lyon où je pourrai t’embrasser enfin. J’y compte rester quelques jours, pendant lesquels je ferai ma courte visite à mon oncle. Quant à Justin, je remettrai sa partie au commencement de janvier. Actuellement en effet, j’ai trop peu de temps ; et puis les voyages coûtent fort cher. De plus pour franchir la frontière, il me faut une permission du pacha-ministre et tout cela demande beaucoup de longues formalités.
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Je t’embrasse de tout mon cœur, ainsi que ton mari. Présente mes amitiés respectueuses à Mme Revel et à Mme Clarin.
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Ton affectueux,
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_Jules Brelot_
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# Lettre du 12 décembre 1883
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_Brest, le 12 décembre 1883_
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Ma chère Marie,
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Je suis enfin installé dans cette bonne vieille cité brestoise, bien à regret hélas ! Je possède une jolie chambre dans une des rues les plus passantes de Brest, en face de chez Coriou le restaurateur. Mais j’y suis à peine 1 heure par jour, car voici l’emploi stupide de ma journée : levé à 7h1/2, au bureau à 8h1/4, à déjeuner à 11h, café, à 12h1/2 retour au bureau, sortie à 4h, ouf ! Je rentre chez moi, je me mets en civil, je sors, je me promène jusqu’au dîner à 6h. Après ce moment que je ne déteste pas, je vais au café ou au théâtre, et je suis au lit à 11h1/2. Bientôt j’espère je pourrai écrire chez moi au lieu de au café, mais pour nous c’est le lieu de réunion et il est difficile de le délaisser.
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Je suis classé le 3ème sur la liste d’embarquement, mais j’espère partir au mois de février. Ainsi j’ai une belle campagne pour débuter si on n’a pas de prévisions bien établies : enfin à la grâce de Dieu.
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Par le même courrier, j’écris à Henriette et à mon oncle, qui je l’ai appris, est fort malade en ce moment. Je regrette vivement de ne pouvoir, comme je l’avais espéré, le voir à Saint-Étienne, comme je désirais vous voir à Lyon, mais dans la Marine, il faut s’habituer à l’imprévu. Pourquoi avoir eu 10 aides-comptes à Brest, quand on en met 8 seulement à Toulon, sans en envoyer un seul à Lorient ? Le Ministère seul pourrait répondre à cette question ; et encore bien souvent ce vieillard de Ministère obéit à des inspirations dont son esprit ignore le but final.
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Votre lettre que j’avais à grand-peine, et son bon sens fait penser qu’il sera rendu. Quand vous serez pelotonnés dans votre doux nid, cher papa pourra voir ses enfants réunis auprès de lui. De plus, je pourrai peut-être trouver dans ces pays un sac et des gorges (expression marine) et j’aimerais bien augmenter la population lyonnaise où nous avons une grande partie de notre famille. Tout cela est un peu enfant et château en Espagne, mais que servirait de vivre si l’on ne pouvait se créer des illusions pour avoir le plaisir de les voir crouler dans la suite.
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Au revoir chère petite sœur, je t’embrasse de tout mon cœur, ainsi que Camille. Présente mes affectueux respects à Mmes Revel et Clarin. Bien des choses à tous mes cousins.
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Ton frère dévoué,
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_Jules Brelot_
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# Lettre du 21 décembre 1883
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*À bord de l'Armoricque, en vue de Concarneau (Finistère)*
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Ma chère Marie,
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[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 21 décembre 1883...]
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# Lettre du 28 décembre 1883
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*Brest, 29 rue d’Aiguillon*
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Ma chère Marie, mon cher Camille,
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[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 28 décembre 1883...]
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7
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# Lettre du 19 janvier 1884
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*Brest*
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Ma chère Marie,
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[Transcription du contenu manuscrit de la lettre du 19 janvier 1884...]
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# Lettre du 11 février 1884
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**Lieu :** Viroit
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**Date :** 11 février 1884
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Ma chère Marie,
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Tu seras sans doute surprise de lire l’en-tête de ma lettre ; je suis en effet à Viroit depuis le 4 de ce mois, et j’espère pouvoir y rester jusqu’au 18 ; ce sont de petites vacances que je prends avec plaisir, surtout à l’approche d’une campagne qui peut être longue et pénible.
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C’est avec regret que je suis obligé de partir sans t’embrasser, car tout me porte à croire que j’embarquerai le mois courant et que je partirai de Brest. Enfin, quand je reviendrai dans une trentaine de mois je trouverai un petit citoyen qui me tendra les bras en m’appelant “tonton Jules”.
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J’ai de grands remerciements à t’adresser pour l’envoi de ta photographie ; elle est fort bien réussie et m’a fait beaucoup de plaisir. Je vois que l’air de Lyon et ta nouvelle vie ne t’ont pas fatiguée et que tu te prépares vaillamment pour la grande lutte. Bravo !
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As-tu de bonnes nouvelles de mon oncle ? Quand tu le verras tu lui diras que je vais bientôt partir pour un voyage d’environ 30 mois (probablement). Je serais heureux qu’il m’envoyât ses jumelles marines dont il n’a que faire.
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J’espère que Justin ne va rien craindre fort sérieusement à ta lettre, et qu’il a été meilleur coucheur qu’il n’a l’habitude de se montrer en famille. Comme d’ici peu je lui enverrai mes adieux, dis-moi donc s’il est à Châteauroux et jusqu’à quand il y restera.
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Adieu ma chère Marie je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari. Présente mes amitiés respectueuses à MM. Revel et Claviou. Bien des compliments à mes cousins.
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Ton frère affectueux,
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**Jules Berloy**
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# Lettre du 22 février 1884
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**Lieu :** Brest
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**Date :** 22 février 1884
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Ma chère Marie,
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Je n’ai pu répondre plus tôt à ta petite lettre, étant jusqu’à ce jour dans les embarras du retour. En effet, tout en ce monde a une fin, et cette permission devait comme toutes les bonnes choses aboutir à un déchirement. Je ne te dirai pas l’ennui avec lequel j’ai quitté cette petite ville de Viroit où je laissais, pour bien longtemps sans doute, des êtres qui me sont chers.
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||||
Il est une chose déjà de remarquer que, plus je prends de l’âge, plus ces séparations me coûtent, tant il est vrai que la famille a des charmes qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Enfin, il faut être philosophe et savoir attendre. Néanmoins, je regrette de ne pouvoir, rentier insouciant, passer ma vie à mon foyer, respirer l’air de la campagne en compagnie d’une femme chérie ou d’un travail soutenu, plutôt convenant parfaitement à mes goûts.
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||||
Ce qui m’a fait plaisir, c’est la bonne santé et la bonne harmonie que respirent tous ces petits coins de Lyon. Henriette y joue un vrai saint rôle, une bonne mère de famille, et elle a le charme de tomber sur une domesticité tellement active et propre. Avec sauf les cris des petits diabolitons, on pourrait prendre sa maison de retraite.
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Que de surprises que, surtout à la vie de café et de bruit que la mienne me force à supporter, cette paix délicieuse au-dessus de toutes les ambitions que peut offrir une carrière. Enfin bientôt aura changé ce vie, bientôt je m’en irai dans des pays extraordinaires, demander à des latitudes lointaines de nouveaux secrets et des révélations inconnues. N’y est-ce pas une occupation sérieuse et sensible que celle de voyager, observant des faits et classifiant des idées. Je pars pour embarquer vers le 10 mars sur l’“Albatros” pour la Cochinchine.
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Adieu ma chère Marie, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Camille. Présente mes amitiés respectueuses à MM. Revel et Claviou. Bien des choses à mes cousins.
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Ton frère dévoué,
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**Jules Berloy**
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# Lettre du 19 avril 1884
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**Lieu :** Rade de Brest
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**Date :** 19 avril 1884
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Ma chère Marie,
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J’ai tardé bien longtemps à te répondre mais j’ai eu tant à faire tous ces jours-ci, que je n’ai pas trouvé un instant pour la correspondance. Aujourd’hui nous avons parcouru la rade de Brest dans tous les sens, et je dois dire que nous avons perdu joyeusement la crampaille, servis par notre cuisinier qui vient du Grand Hôtel, et notre maître d’hôtel qui se nomme Perpignan.
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Jeudi, nous partirons probablement pour Toulon où nous arriverons vers le 6 ou le 8 mai ; tu vois que ce n’est pas un petit voyage. J’espère que la mer me sera aussi clémente qu’elle l’a été jusqu’ici. À Toulon nous resterons deux ou trois mois parcourant les côtes de la Méditerranée : Marseille, Nice, Villefranche, Monaco, Antibes, Cannes, Hyères, le Golfe de la Napoule, la Corse, Cette, et peut-être la Tunisie. Puis nous filerons probablement soit en Cochinchine soit au Tonkin.
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||||
D’un autre côté, il a été avec beaucoup pour moi de bien commencer par un carré chaud, avec un commandant juste et distingué auquel je dois avoir foi. Je pense donc que cette campagne de deux ans sera bonne pour moi, un excellent début dans la Marine.
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C’est pour cela que je suis très reconnaissant envers la Providence, et que j’accepte avec bonheur les vœux que tu fais pour ton frère. À jour de ce poste.
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Adieu ma chère amie, vous allez avec foi le petit être que cesse entre vous un lien encore plus puissant et indissoluble. Qu’il soit ce que vous désirez. Adieu. Bien des choses à tous.
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Ton frère dévoué,
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**Jules Berloy**
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# Lettre du 1er mai 1884
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Brest, le 1er Mai 1884
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"Albatros", Toulon
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Ma bien chère Marie,
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Nous sommes sous pression, il est une heure de l’après-midi. Dans quelques moments, nous serons dans le Goulet et demain matin nous serons entre Lorient et Rochefort. Je compte arriver à Toulon entre le 12 et le 15 mai ; il n’est pas probable que nous fassions escale en route, à moins que le charbon ne vienne à manquer. Le temps sera assez mauvais, d’après ce qu’on nous dit, et les tempêtes sont fréquentes dans le Golfe de Gascogne ; néanmoins j’ai bon espoir, et je ne te cacherai pas que j’aurais assez en bon compte de bobos pour commencer. J’ai eu une très grande réunion pour mon armement, et je crois m’en être tiré à mon honneur. Bref, je suis content, et j’engage fort à ne pas cher la moindre du monde inquiétude. Quand j’irai à Lyon cet été, et nous restons plusieurs mois dans la Méditerranée, je te trouverai bien prospère et peut-être petite maman, ce que j’attends...
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Il me tarde de te donner aussi souvent que possible de mes nouvelles, et j’espère que tu ne me laisseras pas sans réponse.
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Au revoir, chère petite sœur bien-aimée, j’ai beaucoup de lettres à confier au pilote, et je n’ai pas grand temps. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari, en vous souhaitant tout le bonheur que vous méritez. Bien des choses de ma part aux cousins et cousines, mes souvenirs respectueux à MMmes Clarion et Revel.
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Ton frère dévoué,
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Jules Bessolles
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# Lettre du 9 juin 1884
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Rade de Toulon, le 9 Juin 1884
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Ma bien chérie,
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C’est en revenant de Marseille, que j’ai trouvé ta lettre qui s’était égarée dans cette ville après mon départ. Et à ce propos, tu n’as qu’à adresser tes lettres toujours à "Albatros, Toulon". Ce navire toujours... Et tes bonnes petites lettres, aussi bonnes que toi, me font grand plaisir quand je les reçois. Je vois que vous êtes une seconde édition du petit ménage de la rue du Courpiquet. Je suis sûr que Dieu vous bénira tous. C’est le plus cher de mes vœux, et je n’aurai qu’à vous imiter pour que tout aille bien.
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Demain nous appareillons pour la Corse dont nous visiterons les côtes. Le 20 juin nous irons mouiller à Nice où nous attendons en visitant Monaco et tout ce délicieux pays, les ordres de l’autorité supérieure. Tu parles de ton père chéri pour le soigner, lui faire la lecture le distraire. Heureusement le cœur de notre Henriette est si vaste qu’elle vous remplace bien auprès de lui. Prions Dieu, chère Marie, qu’Il conserve la santé de notre bon père, puisqu’Il lui a refusé tant de joies ici-bas.
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Tu me dis dans ta lettre des choses qui me font beaucoup de bien. Si tu savais combien j’aime et j’estime Camille, qui te rend si heureuse, combien je voudrais moi aussi pouvoir rendre heureuse une honnête fille !
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Au revoir, chère sœur, je t’embrasse bien fort ainsi que ton mari. Présente mes respectueuses amitiés à MMmes Revel et Clarion. Quand tu verras mon pauvre oncle, embrasse-le bien fort pour moi.
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Ton frère dévoué,
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Jules Bessolles
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# Lettre du 25 juillet 1884
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Agde, le 25 Juillet 1884
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Ma chère Marie,
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Mon cher Camille,
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Permettez-moi de vous féliciter de la naissance de votre petit Henry. J’apprends seulement hier que le ciel vous a donné un fils, et à moi un neveu de plus à aimer, et je souhaite à ce petit bonhomme toutes les prospérités qui peuvent être données à un honnête homme. Quand il me sera permis de voir ce bonheur, il m’appellera déjà tontou.
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J’ai vu avec le plaisir que vous comprendrez que la mère et l’enfant se portaient bien. Bien qu’un peu curieux, on n’est pas sans émotion quand on voit une petite blondine devenir maman, et avoir droit au coup au respect autant qu’à l’amour des siens. N’est-ce pas un grand bonheur pour toi, chère sœur, et pour vous, cher ami, ne sentez-vous pas que vous avez franchi un des plus importants degrés de l’échelle sociale ? Vous voilà devenus par la grâce mystérieuse d’un être tout-puissant créateurs d’un être humain qui le sera lui-même un jour. Vous avez maintenant le devoir de guider cet enfant dans la voie droite, dans celle qui mène à Dieu. Ce ne sera jamais une petite affaire, je vous le prédis ; il souffle en ce moment un vent corrompu actif, pas des meilleurs attraits. Il y a comme disent les Prueduts à Reil en attres, faites bonne garde !
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Mais que ai-je besoin, moi pauvre jeune homme sans autorité, de vous donner de tels enseignements ; vous savez toutes ces choses mieux que moi, j’en suis sûr.
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Je sais que vous allez avoir votre cher père auprès de vous ; soignez-le bien, il a bien besoin de vos caresses et de votre soutien comme il est sûr que ses enfants ne lui refuseront ni les unes ni l’autre.
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Je vous embrasse de tout mon cœur. Maman, papa, et Hélène. Mes amitiés respectueuses à MMmes Revel et Clarion.
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Votre affectionné et dévoué,
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Jules Bessolles
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3
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# Lettre du 12 octobre 1884
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[Transcription ici]
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3
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# Lettre du 29 décembre 1884
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[Transcription ici]
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3
transcriptions/1885-01-16.md
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3
transcriptions/1885-01-16.md
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# Lettre du 16 janvier 1885
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[Transcription ici]
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transcriptions/1885-02-20.md
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# Lettre du 20 février 1885
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_Bord Albatros, le 20 février 1885_
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Ma chère Marie,
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[Lettres transcrites ici]
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Ton frère dévoué,
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[Signature]
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transcriptions/1885-04-07.md
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# Lettre du 7 avril 1885
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_Bord, Nice, le 7 avril 1885_
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Ma bien chère Marie,
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[Lettres transcrites ici]
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Ton frère dévoué,
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[Signature]
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transcriptions/1885-05-29.md
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# Lettre du 29 mai 1885
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_Bord, Rade de Toulon, le 29 mai 1885_
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Ma bien chère Marie,
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[Lettres transcrites ici]
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Ton frère dévoué,
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[Signature]
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transcriptions/1885-06-28.md
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# Lettre du 28 juin 1885
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*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 28 juin 1885)*
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Bord, Rade de Toulon, le 28 juin 1885
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"Albatros"
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Ma chère Marie,
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Mercredi 1er juillet, nous partons pour le Gabon, et je ne compte guère revoir les rivages de la France avant un an, car les remplacements dans ces pays sauvages se font difficilement. En passant, si vous voulez quelques détails sur le pays où je vais, lisez les ouvrages suivants :
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M. de Compiègne, *L'Afrique Équatoriale : Gabonais, Fânouin, etc.*
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||||
Marche, *Trois voyages dans l'Afrique Occidentale*.
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D'ailleurs, comme je vous l’ai dit précédemment, ce sont des contrées encore peu connues. Nous avons fini nos préparatifs, et notre "Albatros" est absolument encombré : moutons, porcs, poulets, pigeons, canards, lapins, conserves de toutes sortes… Nous avons salle de bains, appareils à douches, appareil à glace, etc. J’emporte 600 cartouches, l’éléphant, l’hippopotame, le crocodile, la panthère, l’ours, le guépard, des oiseaux en abondance, toutes sortes de singes, il faut voir ! Le chimpanzé et le gorille qui se tiennent presque sur l’homme, que de bêtes !
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Vous voyez que j’ai de la besogne à espérer mademoiselle. Beaucoup de pays de l’Ouest et des habitants divers à connaître. Votre obligeant sentiment qui paraît plus clair que je l’espérais me fait grand plaisir, je vous assure. Je compte bien vous revoir et redescendre…
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(...)
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Adieu, chère petite Marie, soignez-vous bien, et quand je serai de retour en France vers les mois de juin 1886, je trouverai un gros bébé ! Trouvez-moi une femme !
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Je casse les oreilles de papa pour cela. Tu liras sa lettre. Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que ton excellent Camille.
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Mes amitiés sincères et respectueuses à MMmes Revel et Clarion. Bien des choses aux cousins. Quand tu verras mon oncle, embrasse-le bien de ma part et dis-lui qu’on peut envoyer des mandats à Libreville.
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Mille baisers à mon petit Henry, qui ne sera pas oublié du retour par le bonhomme Cadieux.
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Ton frère dévoué,
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**Jules**
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# Lettre du 1er septembre 1885
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*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 1er septembre 1885)*
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Albatros, Rade de Libreville,
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le 1er septembre 1885
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Ma bien chère Marie,
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Nous sommes arrivés ici le 2 août, après une traversée heureuse et intéressante. Comme tu auras pu en juger par les lettres que papa a bien voulu vous communiquer. J’ai pris, en effet, l’habitude d’écrire à ce cher père de longues lettres qui vous font du bien à tous les deux. Je lui dois tant que je veux lui faire partager ma vie, l’avare vie va, et qui n’a rien d’enviable !
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Mon point de vue de la carrière est très agréable mais à cause des privations morales qui sont les plus dures…
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(...)
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Adieu chère Marie, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et Henry. Présente mes respects à MMmes Revel et Clarion. Mes amitiés aux cousins.
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Écris-moi à Toulon où j’espère être dans quelques jours.
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Votre dévoué,
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**Jules**
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+
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Lorient, le 3 mai 1886
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109, rue du Port
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Ma chère sœur, mon cher frère et ami,
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Je suis arrivé à Lorient le 1er mai à sept heures du matin, après 49 jours de traversée, ayant quitté
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Libreville le 13 mars. Je n’avais reçu encore aucune lettre de toutes celles que vous m’avez écrites. Aussi,
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à peine à terre, j’envoyai à Paris le télégramme suivant:
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“Arrivé bien portant; embrasse.”
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J’étais content, heureux de toucher le sol de ma France après 10 mois d’éloignement; je formais mille projets
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heureux, ne pouvant quitter Lorient avant le mois de juin, à cause du désarmement de “l’Albatros”, je pensais partager mon congé entre les trois villes qui se disaient meur affectueuses, les seules! Paris, Lyon et Niort; j’attendais le moment où je pourrais serrer dans mes bras ce père chéri, cet homme juste, le modèle du cœur qui se dévoue et de l’intelligence qui croit; je croyais déjà la joie de me voir échappé presque sain et sauf du terrible climat, je me représentais le promenant dans Paris bien app...
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Je revenais à bord à l’heure de l’après-midi, l’officier de quart, Bervant, me dit: “le commandant vous demande”; je croyais à une affaire de service: hélas! hélas! c’était la septième lettre d’Henriette! Il y avait près de trois mois que mon papa chéri, mon auteur, mon créateur après Dieu, reposait sous la garde et les bienfaits fortunés de notre Seigneur Jésus! Je ne le reverrai plus sur la terre, précieuse mémoire que j’ai quittée tout seul, dans l’épanouissement d’un rêve tranquille et la réalisation...
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Lui qui avait tant aimé les hommes, ses frères, et parmi ceux-là, les enfants qu’il avait engendrés sous la protection divine, en les consacrant à cette religion du Verbe incarné que je professe et dans laquelle je veux mourir comme lui; lui qui sacrifia sa vie pour la patrie, son bonheur à son Dieu, et la tranquillité de ses vieux jours à ses petits; le voilà parti modestement, et nous donnant jusque dans le dévouement de sa fin une dernière et grande leçon: celle de la conscience tranquille et toujours...
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Merci, chère Marie, cher Camille, comme Henriette et Louis, vous m’ouvrez vos bras et vous m’appelez votre enfant; songez-vous que je m’y précipiterai et que je chercherai auprès de vous les consolations et les enseignements que mon père chéri ne cessait de me prodiguer. Chez vous je me sentirai toujours chez moi et vos deux familles me seront aussi chères que si des liens de parenté m’unissaient à elles. Comptez toujours sur mon dévouement, comme j’ai le droit d’escompter le vôtre. Par cette union plus ...
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Cette religion que nous tenons toujours dans le fond de nos cœurs, cet amour du bien et de la justice, apanages des esprits marqués du cachet de vie, tout ce que vous nous de bon a nous, en un mot, nous lui devons tout cela; nous avons aimé et c’est avec fierté que je porte son nom vénéré. Après cela tâchons de ne pas nous présenter les mains vides devant le souverain Juge qui nous fait naître d’un tel père!
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Il ne faut pas compter sur moi avant un certain temps: le désarmement d’un bâtiment est une affaire d’un mois, un mois pour le Commissaire du bord… Enfin il viendra tout de même ce temps où je pourrai retrouver en vous le sang de celui que nous ne verrons plus ici-bas! Et alors, comme nous parlerons de lui! Comme nous vivrons du culte des souvenirs!
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Allons, chère blondine ma sœur bien-aimée, du courage et pense bien à tes deux petits enfants dont le jeune âge n’aime pas la douleur.
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Cher Camille, je vous embrasse ainsi que Madame votre mère. Mes amitiés respectueuses à Madame Claron.
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Votre dévoué,
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Jules Barloy
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# Lettre du 15 mai 1886
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*(Transcription de la lettre manuscrite datée du 15 mai 1886)*
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Lorient, le 15 mai 1886
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109, rue du Port
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Ma chère Marie,
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L’Albatros n’est plus qu’un pauvre ponton ; tout le monde est parti. Je reste tout seul pour rendre mes comptes.
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Comme je l’écris à Henriette, je pense partir pour Viorot vers le 25 mai. Le Conseil de Santé m’a donné 2 mois de congé de convalescence qui commenceront du jour où je quitterai Lorient.
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(...)
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Ton frère dévoué,
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**Jules**
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# Lettre du 5 juin 1886
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Transcription de la lettre manuscrite...
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# Lettre du 28 juillet 1886
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Transcription de la lettre manuscrite...
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# Lettre du 6 août 1886
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Transcription de la lettre manuscrite...
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Toulon, le 27 Août 1886
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16 rue Saint-Roch
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Ma bien chère Marie,
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Il ne faut pas m’en vouloir si je ne t’ai pas écrit avant aujourd’hui. J’ai été très occupé par les nombreux travaux de l’armement du “Indomptable”, et de plus il faut bien tout dire (et je vois d’ici Maman Revel sourire), la vie de Toulon est si agitée que ceux qui l’ont perdue de vue longtemps, comme moi, sont absolument débordés et pensent à tout autre chose qu’à écrire des lettres. Et puis, pour finir, tout cela passe, et l’on se retrouve gros Jean… Ma sœur, je suis un grand sot et j’ai peur de ne jamais être sérieux. Quel siècle étrange que le nôtre, et comme notre vie est courte !
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J’ai vu Henriette, Louis et Amélie à leur passage à Toulon. Tous très contents de se revoir, mais la maman et la fille bien fatiguées de leur nuit en wagon. D’ici à quelques jours j’irai visiter leur installation à Draguignan.
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L’armement se croise très lentement, je ne pense pas que nous soyons en rade avant le 29 septembre, et partis avant le 8 ou 10 octobre. Nous arrêterons-nous en Algérie ? C’est peu probable. Notre seule escale avant la Martinique sera Cadix ou Madère probablement. On nous promet une fort belle campagne, et, à l’avenir, d’ailleurs assez brève. Le commandant et l’État-Major semblent bien disposés. J’ai mis logs salon, mes désirs, notre carré est très-beau, bref, il n’y a qu’à prier le bon Dieu qu’Il nous protège toujours. Au commandement aux vents et à la mer, à tout, confiance tranquille de repos en Lui !
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Au revoir, chère petite sœur, chère Camille et nos deux nièces, embrasse pour moi les petites Boudons et tous les grands parents. Mes amitiés aux cousins.
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N’oubliez pas mes cravates, cher beau-frère.
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Votre dévoué,
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Gaston Balay
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Toulon le 25 septembre 1886
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Croiseur le “Indomptable”
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Ma chère petite sœur,
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Nous sommes en rade depuis 3 heures, et dans 15 jours nous aurons sans doute quitté la France. Je te remercie de ta bonne lettre et je souhaite que tous vos ennuis finissent promptement. Les enfants d’Henriette ont aussi été très éprouvés, et il faudra du temps pour qu’ils reprennent leurs bonnes couleurs.
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J’ai reçu mes cravates, elles sont superbes. Je vous enverrai prochainement les 7.20. Quant aux 5 gilets je les expédierai par colis postal. Je suis très pressé en ce moment et te prie de ne pas m’en vouloir si je suis si bref. As-tu des nouvelles de mon oncle ?
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Au revoir ma sœur chérie, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et tous ces petits mignons. Mes amitiés à la bonne maman.
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Ton dévoué frère,
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Gaston Balay
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Fort-de-France, Martinique,
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le 21 novembre 1886
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“Indomptable”, Division navale de l’Atlantique Nord
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Ma chère Henriette,
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Ma chère Marie,
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Nous partons demain pour la Guadeloupe et les Saintes, aussi je ne veux pas laisser partir le courrier du 21 sans qu’il vous porte de mes nouvelles. Je suis assez surpris de n’avoir pas encore reçu de vos nouvelles, ni de Lyon, ni de Draguignan. Cependant il y a 3 départs de France par mois, et Louis doit savoir les dates. Sans doute vous avez eu beaucoup de mal avec vos enfants malades. À ce propos, je serai bien heureux d’apprendre que tous ces mignons, garçons et filles, sont absolument tirés d’affaire.
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Et vous mes amies Lyonnais et Draguignanais, vivez-vous toujours dans le calme et le recueillement, trouvant dans vos intérieurs bénis les distractions de tout les visiteurs vous aimant, vous estimant ?
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Comment va la famille, et en particulier notre bien aimable oncle ? Faites-moi un peu souvenir de la vie paisible et posante dont j’ai vécu pendant ces deux mois, où cependant il me manquait toute la paix !
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Je vous dirai que quelques mots de Fort-de-France. C’est une petite ville de bois habitée par des nègres ; mais là je ne retrouve pas mes sauvages demi-nus du Gabon, braves gens quoique un peu canailles, ce sont ici des nègres habillés à l’européenne, ayant tous nos vices mais sans notre intelligence et nos qualités. Des gens-là nous entourent, nous sommes les “seigneurs” mais nous ne sommes plus les “Européens utiles” de là-bas. La politique a fait des citoyens : c’est un progrès ! Le jour où les Anglais viendront, c’est à bras ouverts qu’ils seront reçus. L’île est ruinée comme toutes les Antilles françaises, les fortifications sans artillerie sont démantelées. Notre influence perd tout ce qu’elle tente, à côté de la prospérité de Cuba, de la Jamaïque, de Curaçao, de St-Thomas, nous ne pouvons offrir que la misère de la Martinique et de toutes nos autres Antilles.
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Mes chers amis, je crois que les voyages universels et les conditions dans lesquelles nous pouvons les faire affermissent peut-être chez nous la prudence de l’amour du foyer et le désir suprême de posséder une famille ; mais à coup sûr ils ne développent pas la fièvre patriotique. Il y a des instants où ils produisent des écœurements et des hontes, et quand on regarde à l’horizon on ne trouve rien, pas d’usine !
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Le climat à Fort-de-France n’est pas désagréable : il est tiède et doux ; seulement actuellement il pleut sans cesse et d’une façon épouvantable. Nous pensons néanmoins que le commencement du mois de janvier nous apportera définitivement le beau temps. Le pays est assez gentil, mais quand on revient du Gabon la végétation semble mesquine ; d’ailleurs j’ai eu tellement d’occupations depuis le 9 jours de notre arrivée, que je n’ai pu faire les principales excursions qui, paraît-il, en valent la peine.
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Cependant, ce soir, nous avons loué, l’officier en second, le docteur et moi, une petite voiture et nous sommes partis dans la direction du Camp de Balata : véritablement le pays est très beau. La végétation intérieure, celle des plantes proprement dites, est superbe. On nous annonce qu’un peu plus loin commence la région des grands arbres, et là je pourrai retrouver mes émotions du Gabon bien entendu un peu civilisées. Quand nous reviendrons j’essaierai de m’y promener un peu. D’ailleurs aucune chasse, c’est ce qui m’ennuie le plus. Je vous avoue franchement que je trouve assez longs les 21 mois d’environ que j’ai à passer dans ces parages, où nous promet l’escale à la Martinique, la Nouvelle-Orléans, New-York, le Canada et Québec, mais tout cela pour l’année 1887. Jusqu’à ce moment nous ferons les Antilles petites et grandes et le Golfe du Mexique. On dit qu’au mois de juin arrivera l’hivernage jusqu’au mois d’octobre ou novembre. Espérons que tout cela passera le plus vite possible. Un de ces jours je vais adresser à Paris ma demande de changement de port, et de cette façon je me réjouis déjà d’être votre voisin à ma rentrée en France.
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Allons, assez bavardé, il est tard et ce temps humide me fatigue toujours un peu.
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Je vous embrasse tous, chers amis, de tout mon cœur. Vos noms sont tous les soirs sur mes lèvres quand je prie Dieu, et je lui demande qu’il vous protège toujours et partout, petits et grands.
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Si vous le pouvez, faites parvenir mes lettres à Amiens quand vous les jugerez convenables.
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Votre dévoué frère :
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Gaston Balay
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Le Mans, le 12 Mars 1887
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À vous maintenant, mes bien-aimées, à vous… Je viens de remplir un faible et à la fois consolant ministère, à savoir vous que je vous garde et que je vous console. Oui, je veux vous répondre, toi ma Henriette et toi ma Marie, de ce que vous m’avez envoyé avec vos lignes si tristes, les signes évidents de vos sanglots et de vos déchirements.
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Êtes auprès du bon Dieu, pourquoi donc ne pas contenir un peu votre douleur, pourquoi mettre dans le cœur de votre frère une inquiétude à votre égard bien actuelle, ma foi. Ma pauvre petite Marie, si sensible, ta main ne pouvait pas tracer ces lignes, j’ai bien compris que ton chagrin ainsi que ta santé s’y rendaient, et vous m’avez fait souffrir plus que la désolante nouvelle que m’apprend votre lettre.
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C’est la volonté de Dieu, il voulait que les coups fussent durs et précipités, mais notre chère famille pense qu’ils nous aiment bien, et que notre part est notre force et notre avenir. Il ne semble que nous avons sous embrassant davantage au cœur cela, nous oblige à dignes de nos affections. Que je le bénis donc de ne l’avoir pas fini en sourdine, comme tant de jeunes gens que je vois autour de moi. Je pensais de nous rendre heureux ceux que nous aimons et leur faire trouver une bordée aux douleurs si affreuses.
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S’il est quelquefois à la faiblesse, chers enfants, ces sortes de coups que nous trouvons bien rudes et bien déchirants. Oh ! La position de nos chères, quand on aime, par Dieu, sur toutes, c’est affreux. J’espère que les conséquences seront seulement la résignation et l’espérance. C’est un grand malheur que nous avons, et c’est pour nos familles.
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Je suis heureux que tante puisse aller à Rezé, savez, pour beaucoup de bien à mon oncle : elle le trouvera peut-être à jamais vers cette consolation unique : la religion.
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Veillez le cœur le plus tôt possible jusqu’à venir, j’aurai que de vous croire, cela nous fera du bien, mais encore une fois, soyons plus calmes et plus forts, l’humilité est de Dieu.
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Ah ! c’est alors maintenant que je comprends la vie de famille : comme je vous avais conseillé, si j’avais été à Ricort, nous aurions sans doute… Je serai prêt à me devouer à mon pays et à ma famille.
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Je vous embrasse, répondez vite.
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Jules
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Indomptable, le 28 Mars 1887
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“La Havane”
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Mon cher beau-frère,
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Nous sommes arrivés ce matin à la Havane à 6 heures, par un temps splendide. Le courrier Américain pour France part à 10 heures. Par une fatalité stupide (et qui prouve bien la prudence de cet excellent commandant), nous partons la veille de l’arrivée à la Havane en courrier de France et nous n’avons ainsi notre correspondance que le 19 avril à la Martinique, ou 12 mars au 15 mai, avouez que cela tient du dernier bêtisier.
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Bermudes et Saint-Thomas.
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Tout cela nous mènera jusqu’au 15 mai. À cette époque-là, si je puis prendre la frégate pour France et la résilience quelconque (ça n’est pas une scie que je vous monte), je vous baiserai les mains et serai votre valet. Il ne faut pas que cette affaire traîne.
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C’est ainsi que notre Corps est condamné par haine et jalousie, à végéter. Plus d’avancement, tout ce qui on pourra enlever comme belles places on nous l’arrachera. Et pendant ce temps les colonies se font peu à peu leur vraie place, elles se séparent de cette grande soumission qui les a si longtemps brimées ; là, on cherche des hommes mais on ne veut pas d’officiers, pas de sabre, d’arbitraire ridicule et cassant ; c’est pour cela que à la première vacance, je donnerai ma démission. Les places aux colonies sont bone...
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Allons, mon très cher, je vois que je vous serai toujours les mêmes rengaines, c’est vous dire qu’il est temps que cela cesse. Je vous charge pour tout votre monde de mes embrassements les plus sincères et pour vous mes meilleurs serments de main.
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Votre dévoué frère,
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Gaston Balay
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Savannah (Géorgie),
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le 15 Avril 1887
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Indomptable
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Ma chère Henriette, ma chère Marie, Camille et Louis,
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Je vous embrasse de tout mon cœur. Depuis le 11 avril nous sommes remontés dans la Géorgie, rivière Savannah, près de la grande et belle ville de ce nom. Étant partis le 3 de la Havane, nous avons relâché le 6 à Nassau dans les Bahamas et de là nous avons piqué sur Savannah ; en route nous avons eu un fort mauvais temps, sauf contre la queue d’un cyclone, nous n’avons cependant eu aucune avarie et pour ma part je remercie Dieu profondément.
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Nous partons sans doute lundi 18 avril, peut-être viendrons-nous à Charleston et à Wilmington, mais je ne pense pas que le commandant s’y décide, le havre d’eau de notre bâtiment étant trop fort pour les rivières qui conduisent à ces villes. De toutes façons, nous allons commencer notre voyage aux longs de la côte américaine à la Martinique en passant par les Bermudes et Saint-Thomas ; nous aurons très probablement de gros mauvais temps, car c’est un des plus mauvais parages du globe à cause des cyclones et ...
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Nous serons à la Martinique vers le 13 mai. Je vous donnerai de mes nouvelles en passant aux Bermudes et à Saint-Thomas, pour vous ôter toute inquiétude. Si je rentre à la Martinique, quelque chose de définitif tombant à ce port, je vous entretiendrai sans cesse. Je serais très heureux de pouvoir partir de suite. Mais pour cela, il faudrait une nomination immédiate et une mise hors cadres de suite, avec cela une destination officielle de telle sorte qu’il ne puisse y avoir aucune espèce d’incertitude et d’...
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Que résulte-t-il de tous les bruits de guerre qui circulent en ce moment ? Est-ce véritablement nous allons éprouver la haine ou l’amitié de toutes les puissances ? Qu’est-il donc arrivé à Carnes ? Je n’ai que des nouvelles très décousues et rien de précis, naturellement avec des appréciations étrangères.
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J’espère que votre santé est toujours excellente, et mes petits amis sont-ils de bons enfants ! Je vous embrasse tous de tout mon cœur.
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Votre dévoué frère :
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Gaston Balay
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Indomptable, le 17 Avril 1887
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Ma chère Camille, ma chère Marie, Louis, Henriette et tous,
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Je viens d’avoir une lettre de Louis Bourdon datée du 8 mars 1887, dans laquelle, contre tout ce que j’espérais, il ne semble rien avoir tenté pour ce dont je vous ai parlé à tous. J’ai peur qu’il n’ait pas le temps, ou que sa situation de fonctionnaire ne s’oppose à de semblables démarches. Je l’avais prié de faire des démarches auprès des deux députés de Niort (Antonin Proust et De la Porte), le dernier surtout sous-secrétaire d’État aux Colonies, presque ministre, ayant la haute main sur les nominations dans les Colonies. Par celles conditions étant déjà fatigués par les Colonies, etc., au ministère, on pourrait sans doute donner suite à ma demande ; mais je ne peux pas écrire au ministère avant d’avoir trouvé un parrain.
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Je m’ennuie profondément ; j’avais trouvé à m’embarquer avec l’officier d’administration du Vigilant, qui rentre en France où il sera rendu au commencement d’août. Je voyais là une issue. Mais le Commandant me a supplié de ne pas le quitter en ce moment, je me suis laissé toucher, et je reste, attendant avec impatience que vous pensiez qu’une lettre ou même une nomination me mettant hors cadres, me sorte de cette ornière.
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J’ai regretté vivement que vous n’ayez pas suivi mon conseil en ne recourant point aux Merceron ; je n’aime pas ces gens-là, et vous avez vu qu’ils ne peuvent à peu près rien…
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Fort-de-France, le 15 Mai 1887
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“Indomptable”
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Ma chère Henriette,
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En arrivant à Fort-de-France le 12 mai, j’ai trouvé une lettre de vous du 21 avril. Je suis bien aise de savoir que mes deux chéries vont toutes les deux mettre au monde un gros bébé. Vous êtes de saintes femmes et Dieu vous bénit. J’espère qu’à l’heure actuelle la santé de Louis est absolument rétablie, et que cette indisposition n’est plus qu’un mauvais rêve. Il faut, ma chère, que ton mari se soigne et qu’il ne se fatigue pas trop par zèle. Avant tout il est père de famille et le reste ne vient qu’après ; que moi je sois imprudent, il n’y a pas grand mal. Mais aurait pu beaucoup pour moi d’entendre que je crois que non pour avoir en plus avec lui quelques relations.
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On voit sérieusement se nommer un Résident à Anjouan, c’est quelque chose de semblable qu’il me faudrait. Si je pouvais avoir la Résidence de Loango ou quelque autre semblable dans les colonies africaines, ou au Cambodge ou aux Indes, etc., je serais satisfait, mais autant que ce me nomment ou fassent mettre de suite hors cadres. Dès arrivée en France je donnerai ma démission, et demanderai une place à l’État : Commissaire de Marine, sous-commissaire ou Résidence.
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Je vous prie de ne pas m’en vouloir si je vous donne du tracas. Mais il est temps que cela finisse ; d’ailleurs je suis absolument déterminé de toutes façons à donner ma démission dans deux mois. La position qu’on tend de jour en jour à nous faire devient intolérable, au lieu de passer sous-commissaire comme mes prédécesseurs de quelques années et comme je l’espérais à la fin de cette campagne, à la fin de 1888, je ne vois, c’est tout à fait fini.
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Au revoir, chers amis, je vous embrasse de tout mon cœur et je prie Dieu qu’il protège la mère et l’enfant, puisque cela va faire un nouveau chrétien. Que le cher Louis surtout ne fasse plus d’imprudences au soleil. Mes amitiés sincères et respectueuses à Monsieur et Madame Bourdon.
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Ton dévoué frère,
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Gaston Balay
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Paris, le 30 Juillet 1888
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9, rue Meissonnier
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Ma chère Marie,
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Avant tout, je te serais reconnaissant de remercier mon cousin Léon d’avoir bien voulu écrire à M. Millaud. Je n’ai pas du reste attendu parole de ce dernier depuis 15 jours, et je ne sais rien des Colonies depuis les nouvelles que je vous ai envoyées. Je suis allé hier matin voir M. Gaston, qui m’avait mandé près de lui. Il m’a conduit chez M. Leroy, député de Saône-et-Loire, rapporteur pour le Budget des Colonies. Ce député m’a très bien reçu et m’a affirmé qu’il ferait tout son possible auprès de M. de la ...
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Ajoute à cela un temps maussade, un temps de mauvais mois d’avril pluvieux : froid, pluie, vent, humidité, etc. Impossible de faire des promenades qui me feraient grand bien cependant. Le Cercle militaire est mon refuge habituel ; j’y bouquine, et les heures passent !
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Je suis bien content de vous savoir tous en bonne santé ; tu ne m’as pas dit si ma fillette commençait à avoir des dents. Je suis sûr qu’elle doit être belle fille ; mais c’est surtout dans deux ou trois années que tu seras heureuse. Ton Henri aura 7 1/2 ans, Jean 5 ans révolus. Ils seront bons à embrasser, chers petits, et ce sera pour moi un vrai bonheur que de les sentir dans mes bras. Je trouve que plus on augmente en âge, plus on aime les enfants. Et mes chères sœurs doivent bien remercier le bon Dieu pour ces beaux marmots dont elles ont le droit d’être fières.
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J’achèterai d’aller demain pour nos tramways parisiens. Que dit ton mari du commerce de Lyon, est-il content ? Il est probable que l’Exposition de 1889 va leur donner beaucoup d’ouvrage. Je voudrais bien que tous ses désirs fussent comblés. J’aime Camille en frère ami ; j’ai en lui comme en Louis Bourdon une confiance absolue, et sa bonté douce a saisi toute mon affection.
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Aussi, je vous aime que bien souvent, dans mes longues heures d’attente décourageante, je me représente mentalement à Lyon, à Draguignan : “Mes sœurs”, ce sera mon cri de petit enfant comme d’autre appelant “maman”. Ce sera le cri de toute ma vie ; rien ne pourra changer ces sentiments de mon cœur.
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Vous voudrez bien, ma chère petite sœur, regarder sous les chemins de nuit de ton mari, si tu n’en as pas deux à moi signalés en rouge ? Vous devez avoir vu les Gouttes-Larons d’Alger. M. Gaston m’a dit qu’ils étaient à Lyon. Je suis assez étonné de ce voyage, car il y a à peine un mois et demi, M. Gaston m’annonçait qu’Henriette attendait une belle. Je sais par M. Degas que les Romain vont bien tous trois.
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Avez-vous des nouvelles de Justin ? Je t’engage ainsi que je l’ai fait vis-à-vis d’Henriette à écrire régulièrement à Emile malgré son silence. Il se peut qu’il reçoive vos lettres et qu’il ne puisse y répondre. Ce que je sens par moi-même me fait penser combien vos lettres doivent lui être douces. Pauvre ami, il a embrassé une pénible existence !
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Au revoir, ma petite sœur Marie, mon frère Camille, et mes chéris blonds comme leur mère, je vous embrasse de tout mon cœur. À bientôt j’espère.
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Votre dévoué,
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Gaston Balay
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Bord, Port de Toulon le 20 Juin 1889
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“Albatros”
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Ma bien chère Marie,
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La suite te prouvera que j’ai eu le nez d’aller te trouver inopinément, et de surprendre M. Revel en toilette de matin. En arrivant à Toulon, je n’ai plus trouvé l’Albatros sur rade, mais bien dans le bassin de Castigneau. Nous partons pour… le Gabon dans 8 jours. C’est un voyage d’un mois pour y arriver en touchant à Oran et à Madère (sans doute). Je n’aurai pour mon compte que 8 mois à passer dans ce pays à peu près inconnu, habité par les Pahouins, cannibales et par les fièvres pernicieuses. Cependant je ne suis pas fâché d’aller goûter cette température spéciale, et j’espère bien en revenir entier, après de superbes chasses et en possession d’un congé de convalescence de deux à trois mois. Comme tu le comprends sans peine, j’ai beaucoup de travail et l’obsession du départ. Cependant je vous écrirai une longue lettre vous donnant toutes les indications nécessaires pour la correspondance.
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Il est inutile que je vous redise de vos bontés à tous pendant les 8 jours que j’ai passés à Lyon. J’espère un jour pouvoir vous revoir aussi en compagnie de ma femme et d’un ou plusieurs bébés.
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J’ai reçu aujourd’hui une lettre de papa qui a appris la nouvelle par un journal de Paris, avant moi. Demain j’écrirai à Émile et à Henriette ainsi qu’à mon oncle et à Justin. Tous les miens auront donc mes adieux.
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur, mes respects à Mme Revel et Clavière, à mes cousins et cousines.
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Ton frère dévoué et affectueux,
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Gaston Balay
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Paris, 9 rue Monsigny,
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le 4 Juillet 1889
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Ma chère Marie,
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Je vous remercie d’abord de vos amicales lettres pour de Chavanon et de vos bons souhaits. J’ai reçu ce matin mon ordre de départ ; je dois être rendu le 9 à Bordeaux pour y prendre la “Ville-de-Maranhão” des Chargeurs Réunis qui part le 10 de ce port. Selon toutes probabilités je verrai St-Marc en passant à Poitiers.
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Depuis mon arrivée à Paris je suis jusqu’au cou dans la confection de mes nombreux bagages, et je vous assure que ce n’est pas une petite affaire. Enfin je pense avoir prévu presque tout. Dans tous les cas, vous m’enverrez toujours par colis postal les choses que je vous demanderai, et vous vous mettrez pour cela en compte avec Louis Bourdon.
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Je vous embrasse tendrement chers amis, mes trois chers anges, ces dames, et je vous dis “au revoir”, quand il en sera temps.
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Votre entièrement dévoué frère,
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Gaston Balay
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En mer, le 12 Juillet 1889
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Le long des côtes de Portugal
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Ma bien chère Marie,
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Nous avons quitté Bordeaux le 10 à quatre heures du soir, ainsi que vous l’a annoncé d’ailleurs le petit bout de billet que je vous ai envoyé à la dernière minute. Je pensais recevoir une lettre de vous et une de Léon, avec la lettre de M. Mezières pour M. de Chavanon, mais je trouverai peut-être quelque chose à Lisbonne.
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Le steamer où je suis embarqué est bien aménagé ; la table est bonne, les passagers, tous ou deux, sont peu nombreux mais gentils. Je suis beaucoup logé. Enfin nous nous sommes trouvés trois pour installer un whist pour la traversée, ce qui nous assure une occupation agréable et pas fatigante (lecture par partie) de trois à quatre heures par jour.
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Il y a un piano avec musique, mais enfin cela nous manque peu, car ce dessin. Demain nous arriverons à Lisbonne, où nous passerons probablement 48 heures, le temps de visiter la capitale qui paraît-il est fort belle. Nous y passerons donc le 14 juillet, et je vous embrasserai en pensée ce jour-là, ainsi que ton fils aîné, auquel j’envoie à cette occasion beaucoup de bons baisers et de bons souhaits.
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Ensuite Dakar et le commencement de cette mystérieuse Afrique !
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La mer m’a été clémente comme une vieille connaissance polie et affable. Quelques-uns de nos voisins ont eu plus de plaintes. Mon voisin a bien pris ; j’ai eu une heureuse idée ! En somme, la traversée sera longue sans doute, mais elle sera douce et tranquille. Le commandant, les officiers, les passagers sont de braves gens. Le côté matériel est bon. Tout va bien : all right !
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Je suis heureux de savoir que Camille travaille beaucoup, car vous aurez plus de pratiques. J’ai été bien ému en pensant que tu voudrais bien avoir une petite préférence pour ma chère Marie. Pendant trois ans je ne la verrai plus. Et puis ensuite, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
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Votre dévoué,
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Gaston Balay
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P.S. — Je prie Camille de voir si je ne pourrais pas avoir une sous-oration pour le journal Le Temps, mais je ne voudrais pas payer trop cher. Louis donnera l’argent. Bien à vous.
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Libreville, le 17 Août 1889
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Ma chère petite sœur Marie,
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Que cette lettre t’apporte mes meilleurs souhaits de fête, mes vœux les plus sincères pour ton entier bonheur et celui de ta chère famille ! Cette journée du 15 août, où me revenait sans cesse aux lèvres ce nom bien-aimé de “Marie” ! Je l’ai passée sous les immenses futaies de la forêt de Sibangui, errant, seul avec mon boy, le fusil sur l’épaule, et mon cœur là-bas ! bien loin, bien loin.
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Quelle lamentable ironie de l’existence humaine : deux êtres qui s’adorent et qui ne pourront peut-être jamais que se le dire.
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Chère Marie, toi tu seras toujours l’heureuse mère de famille que je vénère, moi je serai ce que le bon Dieu voudra. Je suis ici chargé d’un travail considérable, et qui ne me plaît guère, malgré la grande amabilité du Gouverneur. J’ai l’honneur de le connaître et, tout en faisant mon possible pour satisfaire mes chefs et faire mon devoir dans toute l’acception du mot, je n’ai pas laissé ignorer que je n’acceptais ces fonctions que provisoirement.
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C’est vous dire que je reviendrai à ma marotte, en vous rappelant que tu n’as promis de me nommer Administrateur Colonial de 1ère classe, et que mon cousin Léon s’occupe bien peu de moi puisque je ne reçois rien, et qu’il n’avait encore daigné dire un simple mot à ce sujet.
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Je me porte assez bien, avec quelques paquets de quinine. Je vous embrasse de tout mon cœur. Si tu vois à Draguignan l’enfant aimée, embrasse-la pour moi.
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Ton dévoué frère,
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Gaston Balay
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Libreville, le 27 août 1889
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Chère petite sœur,
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Je suis un peu inquiet au sujet de vos santés à tous ; je voudrais vous voir délivrés de tous ces petits ennuis qui accompagnent l’enfance des mômes. Mais, en ce qui concerne Draguignan, je vous avoue que j’ai eu une vraie chagrin : il n’y avait pas pour moi une seule lettre au courrier ! Je vous j’ai seul reçu deux bonnes lettres, l’une du 28 juillet, l’autre du 2 août. Elles étaient, par distraction je pense, adressées à bord de la “Ville-de-Maranhão”, où je m’étais déjà embarqué depuis ce même 2 août.
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Je te sais, ma chère sœur Marie, de ta grande affection. Certes, il est probable que j’en aurai bien besoin dans quelques années. Mais je crois que tu as tort de prendre l’étrange affection qui me tient le cœur pour un peu de jalousie. Chercheur d’idéal, mais dans cet idéal même je mets mon désir suprême. En trouvant Marie sur mon chemin, un être (peut-être fort petit et fort ordinaire pour beaucoup) m’est apparu supérieur et charmant. Et, contrairement à ce qui m’était arrivé jusque-là, c’est mon corps qui a été pris le premier, puis le cœur est venu et l’est entier !
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Prends dans la bibliothèque de ton cher Camille un livre à “chef-d’œuvre”, qu’on appelle les Contes Drolatiques.
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Libreville, le 27 août 1889
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Cherché dans ce livre une histoire intitulée “Le Succube”, ou à peu près, et tu auras mon cas.
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Cette aventure m’est arrivée déjà une fois; mais à une époque où mes sens en éclosion pouvaient, dans ma nature un peu féminine,
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se tromper dans la voie que leur traçait mon cœur. Je n’insisterai pas: citer un nom que tu connais, ne changerait rien au passé;
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remuer des cendres pour y retrouver quelques impressions étranges qui ne sont que des songes, ne servirait qu’à constater que nous avons vieilli…
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J’aime Marie comme j’ai aimé follement mon amie d’adolescence. Je l’aime avec toutes les forces de mon être, et si je trouve en moi quelque chose de bon, bénissons Dieu de m’avoir fait ce que je crois que je le dois à cette enfant.
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À notre époque sceptique, à travers les mille blessures morales que m’a faites ce siècle, si je me suis senti tout d’un coup relevé et purifié,
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crois que tu dois, sœur chérie, bénir la destinée réunie au champ des morts! Merci, je t’ai donné toute mon existence pour cela.
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Oui, cette pensée sur mon âme est venue quelquefois, dans des heures de nuit, sans sommeil: Marie ne vivra pas. Soit, je l’aimerai dans ma passion légitime, une affection vraie me venant au cœur avec cette idée fixe…
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Au milieu des malheurs, le pauvre ne ment pas! Si la tombe de Marie devait la renfermer dans sa virginité, ne serait-ce pas déjà pour moi une sorte de bonheur!
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Voilà, ma bien-aimée sœur, à quoi je me suis surpris à penser, et alors je me suis expliqué pourquoi certains crimes s’étaient commis!
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Cette passion est devenue victorieuse comme l’autre; elle l’est à point, parce qu’elle est soutenue par la volonté d’un homme. Mais, j’ai appris peu à peu à mépriser tellement l’homme que cette contemplation m’a donné sur moi-même un grand empire. Au malheur, surtout à celui que j’appellerai fatal, j’oppose la résignation.
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Tu vois, chère Marie, combien je vis en double; dès l’âge de 15 ans, je me suis habitué à mener presque continuellement de front deux idées: l’une de la vie pratique et journalière, l’autre du rêve de l’instant amoureuse ou musicale, souvent l’une et l’autre à la fois.
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Laisse faire Dieu, chère sœur, j’ai une foi profonde. N’essaye pas de la saper; mon affection pour la blonde enfant une fois éteinte, que me restera-t-il sur terre? Chaque fois que je pense à cette solitude possible, je pleure. Pourquoi donc vouloir m’enlever ma seule joie, mon seul but, celui grand auquel je pense à Dieu! Ne veut-il pas lui-même vivre avec un époux au cœur, même doit-il être un jour Dieu! que de raisons!
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Une existence pour laquelle je ne trouve pas d’expression… Espoir et vouloir: pour nous tout est là. Et si je dois être malheureux, je le serai bien assez tôt.
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Ne sachant pas d’une manière technique quelles peuvent être pour notre chère Henriette, les suites de son accident, tes écrits me laissent inquiet. Tu sais que j’aime beaucoup notre sœur aimée, dans laquelle je vois une mère, avec un cœur si beau et si tranquille. Que son cœur devienne définitivement heureux.
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Si, par hasard, pendant votre réunion de Draguignan, il arrivait qu’Henriette, qui a certainement compris que j’aimais sa fille, te parlât de cela d’une façon quelconque, tu dois me le dire. Mais je pense que tu dois être muette comme la tombe de Henriette; ne te dis rien.
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Je suis heureux de voir que ton mari et tes enfants vont à ton gré; je les embrasse bien fort de tout mon cœur. Priez tous pour moi.
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Je suis triste parce que je n’entends parler de rien pour une nomination. J’ai bientôt 30 ans!
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Je t’embrasse, ton dévoué petit Jules.
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Libreville, le 6 septembre 1889
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Cher frère Marie,
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Je profite du départ de l’paquebot allemand pour vous dire un petit bonjour. Quand cette lettre vous parviendra vous serez sans doute auprès d’Henriette ; je vous souhaite beaucoup de plaisir. Je voudrais bien être à votre place, à côté de mon joli lutin blond !
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Ma santé se maintient très bonne, j’ai toujours un excellent appétit et j’espère supporter gaillardement la mauvaise saison qui déjà s’annonce. Je suis toujours chef du secrétariat du Gouvernement. J’ai beaucoup à faire, et ce métier de paperasses ne me plaît guère ; mais je m’en tire à la satisfaction de M. de Chavannes qui se montre charmant pour moi, et je sens que je rends service.
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Inutile de vous dire que je n’ai rien reçu au sujet de ma nomination comme Administrateur Colonial de 1ère classe. Cependant, dans deux mois il y aura des élections, et je sais qu’on m’a été proposé, et qu’on avait solennellement opposé à Brazza comme à moi que ce serait pour l’après-vacance !!! Et cependant j’aurai 30 ans dans ces deux mois. Je n’y comprends véritablement rien du tout. Étant donné surtout le nombre d’individus peu convenables sous tous les rapports qu’on a introduits dans ce corps-là, on ne veut pas admettre un homme de bonne foi, c’est là. Il faudra bien cependant qu’on prenne une décision à mon égard, et je suis contentement d’avoir la provision et avenir de bouchon. C’est le seul pour avoir de mon horizon, mais je ne crois pas qu’on fasse grand chose pour le blanchir.
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J’ai été surpris du silence de Léon à son retour de Paris ; quel indélicat !
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J’espère que toutes vos santés sont au beau, et que ma jolie filleule ne souffre plus de ses cagoules. Quelles vives émotions vous allez passer dans cette Provence, ah ! existence est faite d’envies !
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Embrasse pour moi mon enfant, ma bien-aimée petite ; je ne la verrai sans doute que dans de longs mois. Croyez tous à mon dévouement, et recevez mille baisers.
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Votre frère,
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Gaston Balay
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Libreville, le 15 septembre 1889
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Mon cher Camille,
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J’ai reçu votre premier envoi de temps, je vous remercie de ne pas m’oublier. C’est pour cela que je vous demande encore autre chose : ayez la complaisance de m’envoyer une petite caisse de 4 flacons grand modèle (3,50 à 4 f) de l’eau dentifrice des pères Bénédictins et 6 flacons d’alcool de menthe Ricqlès. Vous pourriez vous renseigner sur l’envoi possible de colis postaux, et tâcher d’envoyer de façon à ne pas dépasser les limites autorisées. Vous vous ferez rembourser par Léon.
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Léon n’a-t-il pas profité de cette occasion pour lui parler de ce que vous savez, et lui demander qu’on en finisse ? Réellement, c’est idiot.
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M. de Brazza ne semble pas prêt de revenir ; on prétend même qu’il va se marier ! S’il aime et qu’il soit aimé, il aura joliment raison.
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Je vous quitte, mon cher Camille, pour causer un tout petit brin avec votre femme. Je vous embrasse de tout mon cœur.
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Votre dévoué frère,
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Gaston Balay
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Le 15 septembre 1889
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Ma chère Marie,
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Il fait aujourd’hui un temps superbe, aussi la rade est belle, le vent souffle légèrement. Je suis content et bien portant. Content pourquoi? Ce n’est assurément pas à cause de la réussite de mes projets qui ne vient pas; non, c’est tout simplement parce que je vais causer un peu avec ma chère Calotte, cette méchante sœur dont je n’ai reçu aucune nouvelle par le paquebot qui a quitté Marseille le 10 août.
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Ce matin j’ai été à la messe à l’église paroissiale de Libreville. C’est pauvre, mais convenable, très propre et bien rempli. Les petites négresses des bonnes sœurs chantent très agréablement accompagnées par un bon harmonium. En un mot, j’ai été étonné de ce que la piété pouvait faire de gens qui sont trop souvent des brutes, et la morale de ceci est que j’y retournerai plus souvent.
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J’ai fait connaissance avec le fils Espinasse. C’est un jeune homme charmant, très jeune et très simple; il m’a semblé encore très naïf au point de vue des voyages, mais j’imite cela étant bonne que j’ai passé par là. Je crois que son destin va partir prochainement pour l’Amérique du Sud.
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J’ai enfin reçu des nouvelles des Draguignanais (ou mieux Draguignan). Henriette se remet lentement. Je vois d’un coin certain bébé rose en maillot, coiffé d’un grand béret blanc. Quelle drôle de chose que la vie! Souvent je vais rêver sur ces grèves de la Provence; j’ai retrouvé la portion de mon âme qui s’est envolée ici.
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Je pense que vous vous embrassez bien dans cette réunion intime! Les femmes, les mères surtout ont mille choses à se raconter, que les hommes ignorent. Être amis d’enfance se retrouvant souvent, le cœur et les larmes unies, la vie de l’homme en effet, a de rares exceptions près, se compose d’événements routiniers et bourgeois, artificiels, mais où la joie n’a rien à voir. Au contraire, la vie de la femme se passant bien plus au foyer, me ressort beaucoup plus de petites émotions intimes. Elle en fait sa joie; cette joie, elle aime à la communiquer, surtout à une sœur.
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Je ne sais si j’argumente juste, mais je sens de plus en plus combien j’aime cette nature faible et d’un spécimen inférieur au plan masculin. Hélas! plus on aime la femme, plus on a dans la suite d’illusions à détruire. Un redouble pour moi l’incertitude de l’avenir! Que faire à la rencontre d’une destinée? Et ce mot n’est pas dans ma bouche une expression banale. Sans doute, je ne crois pas à quelque chose de fatal dans nos actions: c’est trop absurde et cela nous réduit à l’état de machines! Mais, il n’en est pas moins vrai que certaines vies sont à jamais gâchées et amères jusqu’à la mort, parce qu’un œil vous aura regardé un beau matin de votre existence! C’est immense, mais cela est…
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Dans ces conditions, que vous importe tout ce qui n’est pas absorbé par une pensée unique: l’être aimé, idéalisé, voulu. Quelle chose charmante et affreusement logique, quand, irréparable, quelle torture morale peut être comparée à ce déchirement suprême! L’Antiquité nous offre un constant rapetissé lorsque nous le prenons comme terme de comparaison!
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Que faire? Rien, poursuivre son chemin; que y faire? Mais il n’y a plus rien dans votre chemin; un but, un repos: il y a la mort qui vient à saint pas, comme un voleur, dit l’Écriture.
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C’est une étude bien curieuse pour un psychologue que cette passion intime contenue dans une seconde de contact! Pourquoi cette petite blondine, au milieu de tous les visages que j’ai entrevus au loin? Pourquoi ce bouton à peine éclos, quand j’ai pu respirer des fleurs charmantes? Oui, ma vie a été effacée comme avec la craie ou l’album noir par l’éponge du mathématicien. Il me semble qu’avant le 10 avril 1888, il n’y a plus de passé pour moi; c’est étrange et nous verrons quand s’ouvrira la troisième période.
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Le 20 septembre 1889
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Encore un mot avant de fermer l’enveloppe. Nous sommes entrés dans la mauvaise saison, mais je pense que je la soutiendrai vaillamment. J’apprends à l’instant que M. Sabine, le Résident de Brazzaville, va redescendre au Gabon pour rentrer en France: 6 mois de congé, 3 mois de voyage; tout cela à partir du mois de novembre; le remplacer aurait bien fait affaire; malheureusement cette maudite nomination d’Administrateur Colonial de 1ère classe ne vient pas, et il est fort probable que ce sera un autre. Jusque-là, quand durera la situation provisoire et idiote où je suis!
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Quel vieux rabâcheur je fais!
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Je vous embrasse tous bien tendrement, et je caresse bien mes trois petites blondines, surtout ma pétillante jolie…
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Ton dévoué
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Jules Barloy
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Libreville, le 27 septembre 1889
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Ma chère sœur Marie,
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J’ai reçu avant-hier 25 septembre ta lettre datée de Vevey 23 août. Je suis bien heureux de vous savoir tous chez notre cher cousin Grumel qui j’en doute pas vous a fort bien reçus. Les journaux illustrés nous ont renseignés sur les splendeurs des fêtes de Vevey, et je vois d’ici ce qu’il a dû couler de vin blanc. Tu as raison, chère sœur, ce lac de Genève avec son cadre de montagnes et de riantes collines est charmant. Il y a surtout avant d’arriver à Clarens, en dehors du château de Mme de Warens et de l’Ariège, une collection de petites villas charmantes au bord de la route du lac. Je ne sais si tu les as remarquées ! C’est là qu’on serait bien pour passer une lune de miel.
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J’espère que ce voyage ne vous empêchera pas de faire celui de Draguignan. J’ai reçu de ces chers amis une bonne lettre. Henriette se dit remise, mais qui la connaît quelque peu, je sais par son style qu’elle est lasse, la pauvre. Les petites auront aussi ; quelle différence entre elles ! Amélie est une véritable petite fille. Et Marie, mon bébé aimé, est déjà une vraie petite femme. Il faut dire en conscience que tu feras bien de les développer.
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Comme tes petits blonds ont dû grandir pendant ces jours de beau soleil. Ton petit Henri sera je le pense adoré par ces beaux spectacles de la nature.
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Je vous souhaite une bonne année commençante, il est bon en effet que vous fassiez des économies pour votre avenir et celui de vos si jolies et drôles. Vous occupez-vous du logement que vous devez occuper ? Ne vous laissez pas surprendre au dernier moment et songez exigemment.
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Je suis toujours bien portant ; j’ai même engraissé notablement. J’occupe toujours les fonctions de Chef du Secrétariat du Gouvernement. J’attends toujours ma nomination d’Administrateur Colonial de 1ère classe, mais je sais cependant rester indéfiniment dans une situation provisoire, décoré de ce titre absolument fantaisiste de Chef d’Exploration.
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Hier, nous avons reçu une dépêche officielle nous donnant les premiers résultats des élections. Si, comme je le pense, les Républicains ont une majorité de 150 voix, je trouve que Léon devrait bien en finir, et hâter cette nomination. Cette attente indéfinie retarde beaucoup mes projets d’avenir. D’ailleurs, il est entendu d’ajouter que j’irais parfaitement dans une autre colonie, s’il le fallait.
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Je t’embrasse de tout mon cœur, chère sœur Marie, ainsi que tous les tiens. Priez Dieu pour moi.
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Ton frère dévoué,
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Gaston Balay
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Libreville, le 10 octobre 1889
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Ma chère sœur Marie,
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J’attends avec impatience une bonne lettre de toi, car ta dernière était datée du 28 août, ce qui commence à être lointain. J’ai su, par une lettre d’Henriette du 2 septembre que vos santés à tous étaient excellentes, et que vous étiez revenus enchantés de votre voyage en Suisse. Car c’était vraiment une veine pour vous de vous trouver là-bas au moment de la Fête des Vignerons; d’après les journaux les fêtes ont été superbes, on a dû vider quelques bouteilles de vin blanc! Car c’est là le défaut de ces gens cependant que l’on pense une partie vis-à-vis de moi. Je ne veux rester ainsi longtemps dans le Provisoire, exécute un titre de Chef d’Exploration, très-fantaisiste puisque, malgré ma bonne volonté, je ne possède pas les qualités techniques pour le rendre utile. Je ne puis dire que je sois mal comme Chef de Secrétariat de M. de Charannes. Mais enfin, ces fonctions d’archives et de paperasses m’ennuient, et de plus, je ne suis qu’un intérim…
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Il serait donc à désirer que je reçoive enfin une nomination comme Administrateur Colonial de 1ère classe, ce qui permettrait de m’employer ailleurs au service actif des Résidences, ce qu’on ne peut faire tant que je ne posséderai pas le titre officiel nécessaire.
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Maintenant que la brouhaha des élections est passé, il me semble que l’on pourrait un peu s’occuper de moi. Léon continue à y apporter autant de désintéressement, Camille ne pourrait-il se servir d’un autre intermédiaire? Je vous avoue que je suis las d’attendre, et ce qui me fait courage, c’est que maintenant vous êtes là au bon moment. Voyez donc s’il n’y aurait pas moyen de faire pour moi quelque chose de sérieux. Si vous obtenez un bon résultat prompt et assuré, ne regardez pas à un voyage d’État aux Colonies. Ceci est très-important parce qu’on n’est pas obligé de passer par de Brazza, qui d’ailleurs doit être très-bien réprimé prochainement.
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J’apprends à l’instant les résultats définitifs des élections; je les trouve satisfaisants. Je vous avoue plaisir que ce pantin d’Audrieux a été blackboulé. Donc, nous avons triomphé d’une coalition idiote et méchante; tout est pour le mieux, la République a la part belle pour pratiquer l’apaisement. Elle devra s’asseoir sur la minorité.
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Ces résultats rendront très-faciles les démarches que Léon pourrait faire pour moi. Je lui ai écrit un mot.
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11 octobre 1889
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Quand vous recevrez ma lettre, Lyon commencera à se couvrir de brouillards. Les petits seront chaudement couverts, et ma Nièce aura peut-être le bout du nez rouge. Remontrance importante; défiez-vous des chorobeski. Comment est ma cousine Octavie? Elle doit être à présent revenue à Lyon au grand contentement de son mari. Que vous font toi et Camille des excursions en Forézienne autour du Chalet, n’est-ce pas que c’est joli? À te remarquer les petites villas, l’une au mois, qui sont sous le château des Crêts, au bord du lac. Quels nids pour une lune de miel? J’espère que Justin ne voudra pas se retirer des affaires de Rouen? Quand tu iras à Fourvière ou dans une église, tu mettras parfois un cierge pour moi, reste en toujours deux, il faut intéresser la Sainte Vierge à mon bonheur.
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Je remercie Camille de la régularité avec laquelle il m’expédie le Temps. Henriette m’a écrit qu’on pouvait envoyer des colis postaux; vous pourrez donc m’envoyer ce que je vous ai demandé dans ma lettre précédente, surtout des souliers des P.P. Henriettains.
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Nous mangeons actuellement assez de légumes, rations des chasseurs. Les Conserves n’apparaîtront jamais sur cette table, en souvenir depuis 1885. Libreville a rétabli, grâce à la…
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J’ai lu dans les journaux qu’un grand incendie avait éclaté à Madrid, beaucoup de tocs revenant à Lyon. Je pense que la maison Atrum n’a pas fait de gestes à cette occasion.
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Réponds-moi au sujet de votre changement de logement; que je sache où vous nicher quand je reviendrai vous voir. Inutile de vous demander de réserver un petit cabinet pour moi; il faudra bien que vous m’hébergiez encore quelques fois.
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Quand tu recevras ma lettre, vous aurez déjà allumé un peu, dont les fourneaux et avec les doubles fenêtres. Je ne suis pas avec vous la Noël, mais il faut bien remettre avec calme ce qu’on ne peut empêcher.
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Vous déciderez-vous à envoyer Henri à l’école, ce serait pour vous quelques instants de repos. L’essentiel est de bien choisir, selon votre condition sociale et les goûts de Camille. Comment va cette pauvre Mme Clavière? Pensez-vous faire encore maison commune? Ce sera pour vous une charge qui deviendra plus lourde à mesure que la pauvre ira en déclinant. Et la maison de Vienne marche-t-elle mieux en gré de vos désirs? Je vous pose toutes ces questions, parce que je m’intéresse beaucoup à votre situation matérielle, et je désire avec ferveur que possible…
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Je pense que Camille te fera peut-être entendre cet hiver quelques beautés musicales: si l’on joue le Roi d’Ys ou Esclarmonde, ne manquez pas d’y aller, mais pas une seule fois; parce que vous n’y comprendriez rien.
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Chère sœur, j’ai reçu par le courrier du 2 septembre, une lettre d’Henriette, qui en contenait deux autres, parmi lesquelles une petite blondinette charmante, pleine d’esprit et de cœur. Comme elle grandit cette chérie, cette blondine, comme on sent que la femme perce déjà sous l’enfant. Cela m’a fait grande joie au cœur, et m’a tout ragaillardi.
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Car je venais d’avoir un gros accès de fièvre, avec sorte de délire, et il a fallu trois jours de purgations pour arriver à chasser tout cela. Je me porte admirablement à présent, et me régale avec de l’eau de Vichy. Inutile de parler de cela.
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J’ai donc eu un vrai bonheur, et j’ai remercié Dieu qui est bon.
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Ce sera difficile, chère sœur, mais beaucoup moins qu’on le pourrait croire. Si ma santé se maintient bonne, mon corps restera jeune comme mon cœur. Dans tous les cas, cette enfant me possède tout entier; c’est peut-être pour moi une sauvegarde, et j’en remercie le Ciel.
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Quelque chose m’ennuie c’est le silence qu’on garde vis-à-vis de moi à Paris. Je suppose qu’il faudra fréquenter des paquebots de récits plus gros. Mais la vie est relativement chère; ainsi, je touche par mois 650.00 de solde et je suis logé. Eh bien! Je ne puis guère envoyer en France que 350.00 par mois. Dans l’Intérieur, je toucherais seulement 550, et j’enverrais au moins 450.00 par mois. Ça viendra bientôt, j’espère; ce n’est que pour cela que je suis venu ici.
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M. de Charannes est malade depuis quelques jours; son moral s’affecte très-facilement. Je n’attends pas M. de Brazza avant 6 mois, et encore.
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Je vous embrasse tous grands et petits, jeunes et vieux, de tout mon cœur. Écrivez-moi longuement. Je compte sur vous pour les démarches actives et sérieuses dont je vous ai parlé en commençant.
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Mille baisers. Je vous donne de tout cœur.
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Libreville, le 18 octobre 1889
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Ma chère Marie,
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Je viens d’avoir encore un accès de fièvre. Heureusement quinine et purgation, aidées par l’eau de Vichy, m’ont vite soulagé ; il ne me reste qu’une certaine faiblesse, demain il n’y paraîtra plus. Je paye ainsi mon tribut au climat de Libreville, qui est certainement le plus malsain de la Colonie. Ne te fais pas d’inquiétude de ces petites bêtises, inutile d’en parler autour de toi. Mais cela prouve surabondamment qu’il est mauvais pour moi de rester à Libreville.
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La position sédentaire de Chef du Secrétariat, la vie active et mouvementée est bien mieux mon affaire, et j’attends pour cela qu’on m’envoie dans l’intérieur. Seulement, il sera difficile de m’y utiliser d’une façon sérieuse tant que je n’aurai pas été nommé administrateur de 1ère classe. M. Gobine, l’administrateur résident de Brazzaville, va revenir au chef-lieu au commencement du mois prochain ; il rentre en France pour se reposer. Peut-être M. de Chavannes m’enverra-t-il à sa place.
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Dans tous les cas, j’espère que les élections étant heureusement terminées on s’occupera peu de moi. Je crois que cela (ma nomination) serait au profit de ma santé qui a besoin repos moral.
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Il y a bien longtemps que je n’ai eu de tes nouvelles, ta dernière lettre était datée du 23 août. C’est long, presque deux mois ; et ce sera encore bien plus long quand je serai dans l’intérieur. Mais, c’est dans la philosophie qu’il faut avoir pour se rassurer encore plus vivement contre absence de relations.
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19 octobre 1889
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J’ai fait hier soir une jolie promenade qui j’aime beaucoup à renouveler. Je veux parler des plaines de Baraka. De là, c...
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Libreville, le 15 novembre 1889
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Ma chère petite sœur,
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J’ai reçu le 11 courant ta bonne lettre du 3 octobre avec la charmante petite personne qu’elle contenait, et à laquelle j’envoie un gros baiser. J’étais d’autant plus ravi, qu’Henriette, avec une bonne idée semblable, m’a envoyé la photographie de Marguerite. Les deux bébés me sont arrivés par le même courrier, et le Gouverneur, M. de Chavaumes, à qui je les ai montrés, s’est extasié sur leur gentillesse mutuelle.
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Je n’en sais rien du tout. Contesté, hésitations, incertitudes: M. de Chavaumes, à mon avis, n’est pas à la hauteur de la tâche que de Brazza lui a confiée. C’est un brave garçon, mais, en le grattant un peu, on retrouve facilement le clerc de notaire. Bien entendu, garde cela pour vous. Aussi, j’aspire à quitter le plus promptement possible: cette occupation de bureau ne me donne aucune satisfaction. J’aimerais beaucoup mieux courir un peu la brousse ou du moins avoir une tâche à moi. Je pense que cela viendra.
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J’ai reçu en même temps que ta bonne lettre, de bonnes nouvelles des Dracénois. Ses aînés sont rentrés; Marie a ressenti un grand bien des bains de mer. J’ai reçu également une lettre de Pierre. Il ne me dit pas un mot de sa famille. Néanmoins sa lettre est très amicale. Son candidat boulangiste a reçu une jolie misérable. J’espère que l’âge amènera un peu de plomb dans cette tête. Il paraît que Serville Emmanuel va entrer bientôt dans la lagune des ombres; son frère, plus heureux (qui sait?), entre à l’École de guerre.
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J’espère que vous m’avez bientôt expédié les 6 flacons d’eau dentifrice des Bénédictins de Marseilles: ici, on n’a que des saletés, des falsifications.
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Je reçois toujours le Temps, bien régulièrement, avec cette belle petite gaine de soie verte, que je garde avec soin, car elle me servira à coudre mes Rapports officiels. Ce sera d’un bel effet, mon frère Camille, que le Gouverneur en sera jaloux.
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J’espère que mes lettres vous arrivent régulièrement; plusieurs à Henriette ne me sont pas parvenues. Je suis bien content de voir le petit Henry avoir bien pris son parti de l’école; dans peu ce sera le tour de Jean: quelle joie pour vous, mes bons amis.
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Vous ne me donnez pas de nouvelles des Gouttelaron et de Jean Fabre. J’ai écrit le mois dernier à Justin.
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Je vais avoir aussi cette série des lettres et des cartes de la nouvelle année: quelle balancerie.
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Chers amis, je vous embrasse tous de tout mon cœur, et me dis:
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Votre dévoué,
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Jules Barloy
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Libreville, le 28 novembre 1889
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Ma bien chère Marie,
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J’ai reçu le 29 courant ta lettre du 17 octobre. Je suis étonné que mes lettres tardent tant à vous arriver, car j’écris au moins deux fois par mois. J’ai constaté d’ailleurs que certaines lettres d’Henriette ne m’étaient pas parvenues, il ne serait donc pas étonnant que la réciproque fût exacte. Tu m’annonçais dans ta lettre des fleurs ou cires envoyées par Mme H. Maire; je n’ai rien trouvé dans l’enveloppe.
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Je vois que vous étiez tous heureux et bien portants, mais je vous plains de la situation qui vous est faite par l’aggravation de la maladie de Madame Clarion. Enfin, vous ferez appel à toutes les forces de votre cœur; ce sera pour cette malheureuse femme malheureuse aussi sa dernière histoire.
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J’ai ri surtout avec plaisir quand j’ai lu votre petit trio d’hiver qui venait: beaucoup de soins, de précautions et gare aux choribeks!
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Je vous envoie avec ces lignes l’expression la plus sincère de mes meilleurs souhaits. Je t’envoie par le paquebot portugais du 23 de ce mois mes cartes et lettres d’anniversaire. Vous m’avez peut-être cru un peu oublieux; personne, il est véritable cependant que beaucoup m’ont oublié. Vous me connaissez assez, au-dessus des hommes, pour me donner des liqueurs, de l’argent et noir à l’employé. Je dois m’arranger à économiser environ 300 à 350 frs par mois, et c’est bien juste de se faire inscrire avec les 300 frs qui m’aident avec les 300 frs qui restent. Quand je suis arrivé ici, le bon commissaire qui finit l’intérim que je remplis actuellement, avait de ce chef un supplément annuel de 2000 frs. On me l’a supprimé. Toujours deux poids et deux mesures, inutile de vous dire que je n’ai pas réclamé!
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À la longue, je me suis décidé au silence: à considérer la réussite des démarches que j’ai entreprises depuis 1886 (novembre), j’ai compris que je me faisais au cerveau et au cœur un mal considérable et irrémédiable. Je suis toujours un peu obsédé par des idées fixes, mais je suis résolu à ne plus ouvrir la bouche pour m’en plaindre. Le jour où j’en aurai assez, surtout si mon cousin Justin venait à m’en aller, je ferai ce que j’ai fait déjà une fois.
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Il arrive souvent en effet qu’une ambition ardente fasse place soudain à un amour ancien de la paix, de la tranquillité. Une sorte de fatigue, de lassitude morale conduit à un renoncement des affections. Dans ces moments fréquents, je vous avoue que si j’étais en possession des 30.000 frs que j’espère de mon cousin Justin, plus des 30.000 frs à moi que j’aurai réunis le 1er janvier 1891, soit en tout 3000 frs de rente, je tâcherais d’être nommé juge de paix, sous un petit trou d’un pays où il fait chaud et sec. Peut-être serais-je Volont Point? Peut-être serais-je décidé à l’inertie tranquille, et à la médiocrité heureuse des années?
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Certes, vous devez vous dire que bien des jours dans ma situation actuelle seraient confortés. C’est possible, je ne vous dirai même pas que ma tristesse et mon ennui sont les produits d’une jalousie aigrie. Je constate simplement que je suis atteint d’une maladie incurable voisine de l’hypocondrie. Vous ne devez pas vous étonner lorsque je vous dis que je voudrais trouver encore beaucoup mon corps pour tâcher de soulager cette pauvre tête qui travaille trop.
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N’avoir à tout jamais des relations de bonne amitié, n’avoir pas même une amourette, une petite fiancée amoureuse pour parler des bonnes choses de l’humanité! Je ne crois pas que ce soit triste; je crois seulement que c’est l’école qui prépare le mieux à la mélancolie incurable et à l’abandon de soi-même.
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Ne vous y trompez pas: c’est par là que l’on devient philosophe, philosophe amer. Qu’importent les conséquences de tel acte pour un esprit modifié qui ne peut plus supporter la moindre fatigue, la moindre peine! On se dit: de jour en jour, de coup et d’appoint, la vie s’use et s’efface. Comme un claqueur de plomb, comme un claqueur grotesque.
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Stérile, usagé et inutile. On est tout étonné de se dire un beau matin: j’ai vécu encore six ans depuis! C’est un déplorable état, mais rien n’y fait.
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Dans quelle ascendance, par quel phénomène d’atavisme ai-je trouvé ce masque intellectuel aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfant, je n’ai rien vu de semblable chez nos familles. J’ai bien cru que j’ai été conçu à une époque où nos chers père et mère avaient de grands soucis. Certaines circonstances de ma vie où j’avais atteint des situations misérables n’a pas été ménagé; une inclination naturelle pour les sentiments religieux et humains; enfin des affections extraordinaires où j’ai épuisé, en peu d’années, les larmes de mon cerveau et les douceurs de mon cœur. Quel fouillis dans cette chose que j’appelle le moi!
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Le dernier coup, ça a été cette pauvre petite Marie. Un jour, être sûr que j’en ai été affreusement blessé et navré! Car, malgré que je me lutte la plaie, essayant de me tromper moi-même, je sais bien que c’est impossible. Jamais les parents ne voudront, et je ne puis dire qu’ils aiment tout. Si je pouvais rencontrer une jeune fille simple, et non pas une intellectuelle que j’aurai l’occasion d’encadrer dans un pays plus civilisé que celui où je réside actuellement, il est évident que cela ne serait pas malheureux, parce que chez nous la fille remplace souvent l’amour.
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Mais le jour où je me trouverai en face de Marie dans dix ans, aurai-je la force de résister à la passion qui fait les minables aussi bien que les héros? On a beau parler du train-train de la vie, des sentiments qui passent et qui s’effacent, quand la chair a été prise et bien prise, jusqu’à ce qu’elle soit morte, elle revient au moindre coup d’œil, au moindre souvenir.
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Pauvre enfant, pauvre moi!
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Réjouissons un peu tout ce tableau trop gai. Je vais m’occuper de ma année nouvelle. Intensément, ainsi toujours plus ardent de vivre que jamais. Bien le cas idéal pour mon déplacement. Hier absolument rien de Paris! En tous cas, envoyez-nous apportant une collection de nominations concernant des gens impartiaux et sous les meilleurs titres (services diplomatiques, etc.). C’est à croire que toutes les difficultés faites, les opportunités en mettant partout des nullités peu propres, mais bien soutenues!
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Avez-vous reçu une lettre de moi dans laquelle je vous priais de m’envoyer 6 flacons d’eau dentifrice des RR. PP. Bénédictins? Si oui, ne m’oubliez pas.
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Je reçois toujours le “Temps” bien régulièrement et vous en remercie. Je conserve bien précieusement les ciseaux en soie verte qui me permettront de coudre mes Rapports, si j’en ai quelques-uns à envoyer.
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Là-dessus, je ferme mon clapet. Comme disait mon voisin aux simouns de l’Albatros, et je vous embrasse de tout mon cœur. En confidence, je vous dirai encore une fois que décidément M. de Chavaumes est très mieux fait pour être clerc de notaire que gouverneur. Je le quitterai sans regret, malgré son amabilité.
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Votre dévoué,
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||||
Jules Barloy
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Libreville, le 3 décembre 1889
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Ma bien chère Marie,
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Je profite d’une occasion pour t’envoyer un bon baiser et vous remercier de votre bienveillante obligeance. J’ai reçu votre petit colis, je vous remercie, j’ai écrit à Louis de vous rembourser.
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||||
Au reçu de cette lettre, envoyez-moi encore 4 flacons d’eau dentifrice, où je fais une grande consommation. Mais examinez si vous ne pouvez me les envoyer par la poste, cela mettrait chacun à petit prix. J’ai écrit à Louis de m’envoyer une douzaine de serviettes de Draguignan en cinq petits paquets.
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Je suis heureux de voir que vous êtes tous bien portants. Hier, j’ai fait une promenade sur une herbe rase, douce et d’un vert tendre, qui rappelle absolument vos belles pelouses du Parc de la Tête d’Or. C’était un petit bouquet d’arbres, les palmiers, le gigantesque bombax (vulgo fromager), tout cela enfoui et couvert de lianes de cent espèces, aux fleurs rouges, jaunes, blanches, quelquefois d’une odeur exquise, toutes en général énormes. J’ai eu envie sur un sentier, qui serpente, disparaissant brusquement, puis s’épanouit de nouveau surveillé par des négresses, leur pipe aux dents.
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||||
Si ce pays était sain, ce serait grâce à sa fertilité et à sa beauté un véritable paradis. Ses habitants le gâtent également, car ce sont des fripouilles voleurs et sans morale aucune. Plus ils sont civilisés, plus mauvais ils sont.
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||||
Je suis pressé par le courrier à capter qui part le 22 ; je termine ce bavardage. Mais je vous recommande de nouveau ardemment : 1° des démarches sérieuses et actives ; 2° mon envoi d’eau dentifrice.
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Je vous embrasse de tout mon cœur, grands et petits, ma filleule, Mimi, Jean et Henry, et me dis
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Votre dévoué,
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||||
Gaston Balay
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Priez pour moi.
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# Libreville, le 16 décembre 1889
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Ma bien chère Marie,
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J'ai 30 ans depuis 10 jours ; 30 ans la moitié de la vie. Je trouve que
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c'est bien vite arrivé : pour ceux, regardant autour que nous, or,
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années au moins, de cette période qui vient de s'écouler, je n'ai pas de
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grands désastres à déplorer. Je puis dire également que je n'ai jamais
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connu une seule grande joie. Toutefois je n'ai pas été étranger au
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bonheur. Je vis sous très jeune, surtout de tendresse, et j'espère bien
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que mon tour viendra enfin d'aimer et d'être aimé, d'une façon pratique
|
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et réalisable. Je ne puis dire que ces deux choses n'existent pas, mais
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l'épithète finale est pour moi l'objet d'un doute. Combien les sauvages
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sont plus heureux que nous, puisqu'ils n'ont à compter, dans tout ce qui
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touche aux affections, ni avec les conventions du monde civilisé qui
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nous imposent bonnes mœurs, ni avec les difficultés de la vie sociale
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telle que vous l'entendez. En vérité, préservez-nous, vantes
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institutions, toutes nos organisations compliquées, pour en arriver à
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envier des barbares. N'est-il pas désespérant que l'homme en fasse, à
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propos de choses que je qualifierais d'assez secondaires, des lois
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prohibitives qui nous empêchent à chaque moment d'être parfaitement
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heureux. Au nombre de ces lois qui n'ont qu'un préjugé de classe. Tous
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ces préjugés sociaux, qui séparent très souvent des êtres faits l'un
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pour l'autre. J'aurais voulu arriver à Noël, pendant que vous êtes à
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Lyon, à avoir quitté Libreville. Jamais il n'a été de tentative plus
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humanitaire. Négociations plus humanitaires passant le pont Monard, car
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je désespère de voir le pont terminé avant de longues années. Puis le
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soir, la petite maman va chercher son cher compagnon, avec Henry ou
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Jean. On se remet l'un contre l'autre, et l'on va examiner les vitrines
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des beaux magasins lyonnais. Moi, aussi, malgré cet ennuyeux bureau qui
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me prend tout mon temps, je voudrais aller faire quelques jolies
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promenades dans les environs de Libreville. Combien de fois, menant à
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travers les lianes embrassées et les pelouses sans fin, composé de temps
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en temps d'un sympathique bouquet, combien de fois, dis-je, n'ai-je pas
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compris que là était le secret de mon amour pour ce pays, auquel en
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somme je ne dois guères que des ennuis. Je n'ai jamais trouvé de joie
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qu'au milieu d'une nature adorable, et ma tournure d'esprit amoureux de
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la solitude et de la rêverie m'a prodigué une certaine quiétude, pleine
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de jouissance, malgré les désillusions qui m'ont été réservées depuis un
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an que je suis entré dans une nouvelle carrière. Si Dieu ne m'a donné
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que cette jouissance, je la considère comme bien consolante. Elle ne
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trompe jamais.
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Je me porte bien, et pour longtemps. Pour la même situation que nous
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devons occuper, que ce soit au refuge ou à la retraite, avec toute la
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foi, je la remplirai avec toute la foi que je puis. Jamais le colonial
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que je suis, n'a été aussi fermement résolu à ne jamais travailler par
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lui-même, ou moins à travailler par lui-même. Je le dis d'ailleurs sans
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amertume, jamais aucune portion, bien que tout cela ne me sourie guère.
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Car c'est un travail modeste et oublié. Mais la bonne opinion qu'on a de
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moi remplit mes devoirs, même quand une bien des choses, je mène quant
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au cœur aussi pur et ambitieux se trouve placé sous la boussole et au
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profit d'un imbécile fait pour être gouverneur comme moi pour être
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évêque. De Chavannes est un bon garçon, mais tout à fait inférieur. Il
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flotte beaucoup de nuages et les RR.PP., tout en ayant l'air très dévoué
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pour le gouvernement, c'est un petit aristocrate aux idées anciennes et
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sournoises. De plus, à la tournure des gens plus fins, deux tuns les uns
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nous arrive d'une nouvelle recrue écrite, dans une convenable réponse
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écrite presque. Gardons pour nous toute confiance. Mais j'ai bien vu de
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suite qu'il avait perdu de suite qu'il se plaçait supérieur en effet. Il
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ne me produisait pas et qu'il me donnait son appui, comme à avoir sous
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la main, sous l'apparence civile, lavoir prêtre, l'affectation.
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Je n'ai aucune affection pour cet homme qui serait devenu un érudit,
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s'il y voyait son intérêt. Néanmoins, nos rapports sont d'une correction
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froide, et je dois reconnaître que c'est un homme bien élevé, quoique
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sentant un peu la prêtrise.
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Je me suis imprégné de philosophie. Je crois que la loi pour moi, la
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sainte loi sans doute, j'ai été déçu, mais comme je n'y puis rien,
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||||
j'attends le moment de la revanche.
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Combien vous êtes plus heureux que moi ! J'ai cru songer comme je vous
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le disais dans une lettre précédente, à rentrer définitivement en
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France. Mais je sais que Justin ne me le pardonnerait pas, et je ne
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tiens pas à me fâcher avec lui. Seulement, il est que je serai nommé
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administrateur, mon sort est bien pris. Je demande à vivre outre
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Colonie. Seulement, cette nomination me paraît désormais bien
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chimérique. Le gouvernement semble bien résolu en effet à ne point
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||||
envoyer au département les Notes du personnel du Congo, sous le prétexte
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que ce personnel est local. Ainsi donc, que deviennent les assurances
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qui m'avaient été données en décembre 1888, vous serez nommé
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administrateur dans 2 mois ? me disaient Révoil et de Brazza. Il y a un
|
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an de cela, et je suis convaincu que mon nom est bien oublié dans les
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bureaux du Ministère. Vous comprenez, ces combines multiples, j'ai
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quelquefois des pensées amères, et combien je regrette de m'être engagé.
|
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Il a déjà assez, dans tout ce fonctionnarisme étroit et ridicule. J'ai
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un secret pressentiment que je ne réussirai pas mieux. Mais, encore une
|
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fois, je ferai mon devoir, avec un brin de confiance, pour tout cela une
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indifférence qui pourrait affaiblir.
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Le jour où je serai dans l'histoire, le temps me semblera au moins
|
||||
s'avancer vite. Quant à ce que j'ai désiré, un Congo de surveillance et
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||||
tâchons de me sortir de cette boîte inutile de vous dire qu'on m'écrit
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plus M. de Brazza. D'ailleurs pour ce qu'il a affaire ici, il a, aux
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dires de tout le monde en France, perdu bien de rester en France. Ceux
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qui ont quelques affections pour lui doivent le laisser soigneusement.
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Ils sont comme ces catholiques hostiles qui n'osent plus montrer leur
|
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drapeau. C'est cela est une pénible car en somme, ce n'est pas un homme
|
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ordinaire. J'ai bien peur en toute de n'avoir deux mois encore de cartes
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de lettres à l'occasion du 1er janvier. Sans doute la plupart de ces
|
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personnes ne daigneront pas répondre à ma politesse.
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Je me demande de nouveau à votre douceur pour 6 flacons d'eau dentifrice
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des R.P. Bénédictins. Je pense que vous pourriez les envoyer par la
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||||
poste, ou les envoyant séparément. Cela reviendrait plus cher, mais le
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||||
service qui ils me rendront vaudront ce prix élevé. Priez Louis de vous
|
||||
rembourser régulièrement. Il serait bon également qu'il vous rembourse
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tous les ports des journaux, car cela ferait une certaine somme dont je
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||||
serais désolé de vous laisser. Merci de votre complaisance.
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||||
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Je vous embrasse de tout mon cœur, que cette petite feuille de papier
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vous apporte les meilleurs de mes vœux.
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||||
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||||
Votre dévoué frère,\
|
||||
Jules Berton
|
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|
||||
# Lettre du 29 décembre 1889
|
||||
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||||
## Page 1
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||||
Qu’il pourra pour retarder ma nomination, soit en laissant mon nom dans l’ombre, soit même en me nuisant. — Il est certain que nous ne nous aimons pas, bien qu’il ne se soit jamais élevé un nuage entre nous. —
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||||
Je serais d’avoir le petit...
|
||||
Renseignement suivant : au moment où de Chavanes a suivi de Brazza en 1883, dans quelle position financière se trouvait-il donc ? — On m’a assuré qu’il avait actuellement 300.000 f de dettes. — Si cela est vrai, même en admettant que la somme soit moindre, je ne comprends pas que le gouvernement ait accepté de mettre un homme dans cette situation — c’est-à-dire à la merci...
|
||||
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## Page 2
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Je te félicite ma chère petite sœur de la décision que tu as prise, au sujet de ta dentition, et du courage que tu as montré à l’occasion de cette opération douloureuse. — Je pense que le printemps est mauvais, à cause des névralgies dentaires que le froid détermine chez certains tempéraments. — Mais enfin voilà qui est fait : nous n’en parlons plus. —
|
||||
Je suis content de savoir que vous êtes tous bien. Ta lettre respire un contentement qui fait plaisir ; enfin je vois que Camille travaille beaucoup, ce qui me fait penser qu’il avancera également beaucoup. A ce propos, ai bien...
|
||||
...vu votre ami par M. Garnier, lequel n’est autre qu’un négociant de Libreville. — J’ai reçu également la petite bluette charmante de ma filleule. — Je vous en accuse réception, d’ailleurs, dans plusieurs lettres précédentes.
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||||
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||||
Je suis heureux de voir combien sont bonnes vos relations avec les Fabre. — J’aurais été désolé qu’une lettre certainement mal interprétée pût une cause de froid entre vous ; à ce sujet, je vous dirai simplement en passant que je n’ai entendu faire parler de rien de Paris ni d’ailleurs. — Je n’écris plus à personne ; adressez que pouvoir. Il est néanmoins certain pour moi que de Chavanes, tout en étant très aimable pour moi, fera tout ce...
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## Page 3
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Libreville, le 29 décembre 1889
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Ma bien chère Marie,
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Le courrier qui part le 6 décembre de Lisbonne m’a porté une lettre de toi, déjà vieille du 21 novembre. Il me semble que vous pourriez peut-être vous arranger pour m’envoyer de vos des nouvelles plus fraîches. —
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||||
C’est bien simple : il y a deux départs par mois ; écrivez tous les 15 jours régulièrement, ce sera plus simple et plus fréquent. Le paquebot portugais qui quitte Lisbonne le 6 de chaque mois est rendu à Libreville le 25 du même mois ; il y a donc là une voie rapide, très sûre, dont vous auriez tort de ne pas profiter. — Les paquebots français sont moins rapides, parce que leurs escales sont plus nombreuses...
|
||||
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## Page 4
|
||||
...du premier créancier venu et aussi de la première tentation — à la tête d’une Colonie dont l’administration est aussi importante que celle du Gabon-Congo. —
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||||
Ne croyez pas que ce soit le dépit qui me fasse parler ainsi. — Je vous ai dit ce que je pensais de de Chavanes : c’est un bon clerc de notaire, qui a été beau garçon, qui a une teinture de beaucoup de choses, mais qui au fond est nul et très persuadé de sa nullité, qu’il essaye mais en vain de cacher sous des dehors protecteurs. — Vérité acquisition !
|
||||
Il est arrivé à se faire détester de tous fonctionnaires et colons, par sa faiblesse, sa pose et surtout son étonnant manque de tact.
|
||||
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||||
## Page 5
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||||
J’attends voir philosophiquement et tranquillement, mais j’ai peur d’attendre bien longtemps. —
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||||
Je suis depuis 10 jours dans ma chambre, frappé par une plaie au pied ; je voilà enfin cicatrisée, je pense que le soir 1er janvier je pourrai reprendre mon service. J’ai eu également un flux de bile considérable ; c’est le troisième depuis mon arrivée ; la médecine s’est décidée à me mettre à l’arsenic...
|
||||
Il est évident que toutes les bile que je me suis faite depuis deux ans sont maintenant à loisir. — Malheureusement on n’abandonne pas en un jour voluptés des plus fortes passions des mois et des années.
|
||||
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## Page 6
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||||
...tu m’annonçais une lettre de Camille que je n’ai pas reçue. —
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||||
J’espère qu’elle me sera apportée par le paquebot français arrivant ici le 10 janvier. — Je reçois toujours très exactement le Temps, et vous en remercie mon cher beau-frère. —
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||||
J’ai appris que Justin avait vendu sa propriété avec profit. Néanmoins je regrette qu’un malheureux concours de circonstances nous prive à l’avenir du plaisir d’aller revoir aux bords de la bleu. — Il paraît que la France est absolument finie, et je le regrette autant pour vous que pour Justin.
|
||||
|
||||
Pierre, dans sa dernière lettre, disait : "Marc me paraît en effet prévenir la fin de ce pauvre Emmanuel, malheureux, qui doit à un mal élevé jadis, peuvent faire un peu leur mea culpa. — Voilà Georges à la tête d’une compagnie, qui doit sourire à son ambition."
|
||||
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||||
## Page 7
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||||
Allons chère Marie, je cesse mon bavardage ; et je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que tous les tiens. — Voici une année qui s’enfuit ; espérons que 1890 me verra plus tranquille.
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||||
|
||||
Ton dévoué frère,
|
||||
**Jules Zorn**
|
||||
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|
||||
Libreville le 14 Janvier 1890.
|
||||
|
||||
Mes chers amis,
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||||
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||||
Je m'embarque demain pour une tournée d'Inspection des Postes et
|
||||
Stations de l'Intérieur. Je pars de Loango me dirigeant vers
|
||||
Brazzaville, par Londina, Bouenza, Comba, Mayounga. De Brazzaville je
|
||||
remonte le Congo puis le fleuve Oubanghi jusqu'au 4° 15' Nord. Puis je
|
||||
redescends. J'entre dans la rivière Olima que je remonte jusqu'à Djélé.
|
||||
Là, je vais rejoindre par terre Franceville sur la Passa. Je descends
|
||||
ensuite tout le fleuve Ogone et je serai, s'il plaît à Dieu, à
|
||||
Libreville à la fin du mois d'Août, soit un voyage d'environ 5000
|
||||
kilomètres par terre ou par eau...
|
||||
|
||||
Je suis muni des pouvoirs les plus étendus. Je pars content, et j'espère
|
||||
remplir ma Mission à la satisfaction de mes Chefs et aussi des
|
||||
Inspectés.
|
||||
|
||||
J'espère me bien porter ; soyez convaincus que je ne négligerai rien de
|
||||
ce qui pourra conserver ma santé. Je vous demande à tous vos prières
|
||||
journalières et votre Confiance dans le résultat final.
|
||||
|
||||
Je vous écrirai souvent, le plus possible. Je vous serai même
|
||||
reconnaissant de garder ce que je vous écrirai. Continuez de m'écrire à
|
||||
Libreville, on fera suivre. Continuez les journaux.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous bien fort ; ma chère Marie, notre Blondine, à
|
||||
tous, Camille, Harry, Jean, ma filleule Mimi, Grand-maman Ravel et tante
|
||||
Cléron. Faites bien mes amitiés à nos parents, aux Fabre et aux
|
||||
Gottelaron.
|
||||
|
||||
Donc, à bientôt.
|
||||
|
||||
Votre frère dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Loango, le 5 Février 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Après une quinzaine passée à la Résidence de Loango, je pars ce matin
|
||||
pour Londina, que j'espère atteindre après 10 ou 12 jours de marche. Je
|
||||
vous enverrai désormais une relation détaillée de mon voyage.
|
||||
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||||
Ma caravane se compose comme suit :\
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||||
-- 1 Contre-Maître (interprète, Macaïa)\
|
||||
-- 1 Boy (domestique particulier, cuisinier)\
|
||||
-- 1 Lavader (blanchisseur)\
|
||||
-- 2 Laptots sénégalais (soldats)\
|
||||
-- 1 ouvrier charpentier-forgeron\
|
||||
-- 31 porteurs (25 à 30 kgs par tête)\
|
||||
-- 3 boys de Caravane\
|
||||
-- Votre serviteur
|
||||
|
||||
Soit 41 personnes.
|
||||
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||||
Le temps est superbe, et la chaleur n'est pas excessive. Je suis bien
|
||||
fourni de tout : linge, armes, médicaments, etc. J'ai 30 litres de très
|
||||
bon vin et 5 litres de tafia excellent et toutes les denrées nécessaires
|
||||
à un bon ordinaire. J'ai de nombreux étoffes pour acheter des vivres
|
||||
pour en route. Tout est bien installé.
|
||||
|
||||
J'ai un tipoy (sorte de palanquin-hamac porté par une escouade de 8
|
||||
vigoureux gaillards). Le dit de Camp, la moustiquaire, la demi-tente, la
|
||||
batterie de cuisine, etc. et, ce plût à la chair banque, je pense que
|
||||
tout ira bien.
|
||||
|
||||
J'ai, dans deux jours, à traverser la Mayumba, une forêt que je compte
|
||||
passer en quatre ou cinq jours. Tout cela est bien nouveau et bien
|
||||
intéressant.
|
||||
|
||||
Je vous envoie mes meilleurs baisers et me dis votre dévoué pour la vie.
|
||||
Priez pour moi.
|
||||
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Loudima (sur la rivière Niari), le 22 Février 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Le courrier arrivé avant-hier de Loango, m'apporte une lettre de toi du
|
||||
1er Janvier.
|
||||
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||||
Je suis parti de Loango le 5 février, et suis arrivé avec ma caravane le
|
||||
16 février à Loudima.
|
||||
|
||||
Vous trouverez tous ces noms en cherchant sur la Carte. Je repars demain
|
||||
23 pour Bouenza. Tous ces postes que j'inspecte sont très-bien tenus,
|
||||
bien installés, très-propres.
|
||||
|
||||
J'ai marché pendant 11 jours dans un pays très-beau, mais très-accidenté
|
||||
et peuplé à peu près seulement d'animaux sauvages. La traversée de la
|
||||
forêt de Mayumbe m'a pris 6 jours.
|
||||
|
||||
Je me porte toujours bien, et suis content de mon Inspection. J'ai reçu
|
||||
en même temps que la tienne plusieurs lettres et mes journaux. Cela me
|
||||
fait toujours plaisir de savoir en bonne santé tous ceux que j'aime.
|
||||
|
||||
Je serais bien heureux de recevoir enfin la nouvelle de ma nomination
|
||||
comme administrateur de 1ère classe.
|
||||
|
||||
J'apprends à l'instant qu'un Agent français, Monsieur Massy, un
|
||||
Lyonnais, vient d'être massacré au cours d'une expédition qu'il faisait
|
||||
autour de son Poste de Bangui, situé au 4° Nord dans le fleuve Oubanghi.
|
||||
Je dois inspecter ce même poste à la fin du mois d'Avril. J'espère que
|
||||
ce malheur aura été vengé. C'est le premier Européen mort de la sorte
|
||||
depuis le commencement des expéditions de M. de Brazza. Vous voyez qu'on
|
||||
aurait tort de croire que ce voyage dans le Congo comme sur le pont
|
||||
Neuf...
|
||||
|
||||
Je pense sortir en bon état de tout cela, et vous demande naturellement,
|
||||
mes prières.
|
||||
|
||||
Je suis heureux de voir que vous n'avez pas souffert de l'influenza
|
||||
comme ces pauvres Draguignanais.
|
||||
|
||||
J'ai reçu vos flacons d'eau dentifrice envoyés par M. Gravier, mais j'ai
|
||||
bien peur de ne pas recevoir de quelque temps ceux que je vous ai prié
|
||||
d'expédier postérieurement. Continuez les envois en temps.
|
||||
|
||||
Au revoir, chers amis, je vous embrasse tous de tout mon cœur. J'envoie
|
||||
mes meilleures amitiés à ces dames, aux Fabre et aux Gouttelarou.
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
30
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30
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|
||||
Bouenza, le 1er Mars 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Mon voyage se continue tranquillement, et ma santé le supporte bien. Je
|
||||
pars demain pour le poste de Comba, à 3 jours de marche. De là je
|
||||
reviendrai au sud, à Manyanga. Enfin je pense être à Brazzaville le 20
|
||||
courant.
|
||||
|
||||
Je ne vous envoie, à mon grand regret, aucun récit intéressant. La
|
||||
vérité est que je n'ai pas le temps : à peine arrivé dans une Station ou
|
||||
dans un Poste, commence le travail de l'Inspection : recensements,
|
||||
comptabilité à examiner, visites du personnel, des plantations, examen
|
||||
des besoins en matériel et en vivres, etc., et enfin rapports
|
||||
confidentiels et détaillés au Gouvernement. Après tout cela, un instant
|
||||
de repos, et puis en route.
|
||||
|
||||
Je crois que ce sera surtout vos récits que vous aurez à me renvoyer. Ce
|
||||
sera bien vite venu ; dans 8 mois, j'espère être en France.
|
||||
|
||||
Je vous souhaite une bonne santé et vous embrasse de tout mon cœur. Bien
|
||||
des choses aux Gottelaron et aux Fabre. Y a-t-il quelque chose de
|
||||
nouveau pour moi ? Je serais bien heureux, au courant de la tournée,
|
||||
d'apprendre ma nomination comme Administrateur de première classe. Mais
|
||||
il y a si longtemps que je devrais l'être !
|
||||
|
||||
Mille baisers.
|
||||
|
||||
Votre dévoué frère,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
28
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|
||||
Comba, le 23 Mars 1890.
|
||||
|
||||
Chère Marie,
|
||||
|
||||
Au moment où j'ai reçu ta douloureuse lettre du 16 Janvier 1890, j'étais
|
||||
moi-même bien près de la porte funèbre. Enfin me voilà tiré d'affaire,
|
||||
mais je suis bien faible ! Il va falloir repartir cependant.
|
||||
|
||||
Votre ange, mon cher petit Jean, est sauvé ; mais il faudra le soigner
|
||||
longtemps, longtemps. La pauvre Madame Bourbon est allée rejoindre son
|
||||
cher mari.
|
||||
|
||||
Je serais heureux d'avoir quelques détails ; j'espère bien que mon petit
|
||||
Jean pourra en ramener un gros.
|
||||
|
||||
J'attends la description de l'appartement avec impatience. Inutile de
|
||||
vous dire que je n'ai rien reçu pour ma nomination. Je n'y compte plus
|
||||
--- à quoi bon !
|
||||
|
||||
Allez quelquefois le Dimanche à Fourvières, vous mettrez pour moi un
|
||||
cierge et ça vous fera une promenade.
|
||||
|
||||
Je suis fatigué d'écrire ; je m'arrête. Je vous embrasse tous de tout
|
||||
mon cœur. Ecriez des choses aux cousins. Comment vont les affaires de
|
||||
Camille ?
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
21
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21
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@@ -0,0 +1,21 @@
|
||||
Manyanga, le 1er Avril 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je t'envoie quelques mots par la voie de l'Etat Indépendant. Me voici en
|
||||
effet aux bords du Congo, dans notre poste frontière.
|
||||
|
||||
Je vais mieux ; mais le rétablissement est long, parce que j'ai eu une
|
||||
rude atteinte. Enfin, espérons que pareille chose ne reviendra pas.
|
||||
|
||||
Voilà Pâques, et vous les fêterez plus gaiement que moi, car je serai
|
||||
justement en route ce jour-là pour Brazzaville. Mangez beaucoup de bonne
|
||||
nouvelle pour moi. Que Léon ne m'oublie pas.
|
||||
|
||||
Mettez quelquefois des cierges pour moi à N.-D. de Fourvières. Je
|
||||
voudrais bien revoir la France et vous.
|
||||
|
||||
Je ne puis plus écrire, je vous embrasse tous de tout mon cœur.
|
||||
|
||||
Votre dévoué frère,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Lirianja (Oubanghi), le 8 Mai 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Demain je quitte le joli petit Poste où je suis pour remonter la fleuve
|
||||
aux eaux jaunes. Je crois naviguer à bord du "Léon XIII", petit vapeur
|
||||
appartenant à la mission catholique. C'est un simple canot à vapeur. Je
|
||||
vais y rester à peu près un mois.
|
||||
|
||||
Tout cela est bien lassant. J'ai trop de plaies à panser : aux mains,
|
||||
aux jambes, etc. Mais la santé est meilleure que précédemment, et
|
||||
j'espère que je pourrai finir ma mission sans accident.
|
||||
|
||||
J'ai trop à vous raconter pour pouvoir vous écrire bien long. Je vous
|
||||
dirai seulement que je compte vous embrasser avant la fin de l'année, ce
|
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qui me remplit de joie.
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Je vous souhaite à tous une bonne santé et prie Dieu qu'Il vous bénisse.
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Il y a déjà longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles. Je vous embrasse.
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||||
Votre dévoué,\
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||||
Jules Jacquot
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||||
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||||
J'envoie le bonjour à tous nos bons parents de Lyon.
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||||
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|
||||
Mozaka (Oubanghi), le 21 Mai 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère sœur Marie,
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||||
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||||
Je t'envoie un petit bonjour d'un pays qui est bien loin, bien loin. Je
|
||||
vis en ce moment au milieu des Bonjos, peuple de cannibales renforcés et
|
||||
cyniques. Ils existent véritablement leurs marchés de femmes et surtout
|
||||
d'enfants que l'on engraisse pour la table, ainsi que les guerres
|
||||
continuelles et les razzias qui garnissent le garde-manger.
|
||||
|
||||
Ce sont de beaux hommes, clairs de teint, armés de lances énormes et
|
||||
fort belles, de couteaux fantastiques et de boucliers qui nous
|
||||
rappellent les guerriers sarrazins. Comme toute, je préférerais beaucoup
|
||||
être à Lyon me promenant avec vous sur les quais ou dans la rue de la
|
||||
République.
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||||
|
||||
Je me porte passablement, mais je n'ai plus de jambes, et je souffre
|
||||
beaucoup de mes nombreuses plaies. Quelle triste certitude que celle
|
||||
qu'on fait en quittant tout ce qui est si bon chez soi, pour trouver
|
||||
tout ce qui est si mauvais dans ce triste pays. Je vous assure que si je
|
||||
reviens du Congo, de ses explorateurs et de ses exploitations, quelle
|
||||
fumisterie, pardonnez-moi le mot.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse de tout mon cœur et vous souhaite toutes les
|
||||
prospérités. Veuillez je vous prie me rappeler au bon souvenir de vos
|
||||
bons cousins et en particulier des Fabre.
|
||||
|
||||
Votre frère dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Lastourville, le 1er Septembre 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Quelques mots pour vous dire que je ne me porte pas trop mal et que je
|
||||
ne vous oublie pas, au milieu des Rapides de l'Ogone.
|
||||
|
||||
Je vais consacrer mes dernières forces à accomplir une véritable
|
||||
exploration. Avant de quitter la Colonie, je vais essayer de la doter
|
||||
d'une route commerciale de l'intérieur qui sera la vraie route de
|
||||
l'Ogone. C'est une idée subite qui m'est venue et, profitant des pleins
|
||||
pouvoirs qui m'ont été confiés au début de ma mission, je me suis décidé
|
||||
à la réaliser.
|
||||
|
||||
Si vous regardez la carte du Congo que je vous ai envoyée avant mon
|
||||
départ, vous pouvez constater qu'entre Lastourville et une grande
|
||||
rivière tombant dans l'Ogone, appelée N'Gounié, il existe un vaste
|
||||
espace où est écrit le mot « inexploré ». Depuis de longues années on
|
||||
pense qu'il existe une route commerciale intérieure, encore inconnue des
|
||||
Blancs, qui conduit maintenant de Lastourville au N'Gounié, permettant
|
||||
ainsi de commencer immédiatement et rapidement, au lieu de se confier au
|
||||
cours même de l'Ogone absolument suivi de rapides dangereux de
|
||||
Lastourville à N'Djolé. Une question importante et pour le commerce
|
||||
européen et pour les ravitaillements de l'État est donc ainsi posée.
|
||||
Depuis de longues années, je vais essayer de la résoudre et j'espère
|
||||
réussir.
|
||||
|
||||
Je désire que vous communiquiez cette lettre à Léon Fabre (spontanément)
|
||||
afin que mes efforts ne soient pas méconnus et oubliés par qui de droit.
|
||||
|
||||
Quand vous recevrez cette lettre, je serai de nouveau rentré au Gabon et
|
||||
j'espère ne pas être loin de mon départ. J'aurai bien besoin de me
|
||||
refaire.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Priez pour moi et croyez-moi
|
||||
toujours
|
||||
|
||||
Votre frère dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Libreville, le 20 Novembre 1890.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
À tout hasard, salut à tout nouvel enfant.
|
||||
|
||||
Je suis arrivé à Libreville le 16 Novembre, absolument « hors de service
|
||||
», comme on dit des vieilles machines ! Ma dernière exploration dans la
|
||||
Brousse, les Montagnes, et des pays absolument inconnus, a duré 46
|
||||
jours. Enfin, j'ai réussi à atteindre Samba, sur le N'Gounié ! Avec 15
|
||||
jours d'approvisionnement j'ai nourri 46 personnes, dont 2 Européens,
|
||||
pendant 46 jours ! Sans guide, sans soldat, j'ai parcouru 600 kilomètres
|
||||
dans des régions où jamais le Blanc n'avait mis le pied. Je n'ai jamais
|
||||
eu avec les indigènes du Palaba ni difficulté aucune. Et j'ai ramené
|
||||
tout mon petit troupeau qui n'avait (seule consolation) aucun homme
|
||||
blessé ou malade. Dieu soit loué ! mes souffrances, mes privations, mes
|
||||
plaies horribles, ma santé en partie ruinée, tout cela a été offert par
|
||||
moi à la Patrie.
|
||||
|
||||
Je pars de Gabon le 7 Décembre par le Stamboul, j'arriverai à Marseille
|
||||
vers le 10 Janvier.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, et aussi nos parents.
|
||||
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 19 Janvier 1891.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
J'ai reçu ta bonne lettre et j'ai été bien content de vous savoir en
|
||||
bonne santé. Je suis heureux que Léon veuille bien s'occuper de mes
|
||||
affaires, car je n'ai guère confiance dans les largesses, même méritées,
|
||||
venant de l'Administration des Colonies. Pourquoi ? je t'assure que je
|
||||
l'ignore complètement.
|
||||
|
||||
La lettre de M. de Chavanes que je t'envoie depuis avec bien cette
|
||||
avance que montre notre Département pour récompenser ceux de ses
|
||||
fonctionnaires qui paient de leur personne. Alors à moins d'y laisser sa
|
||||
peau, je ne vois pas qu'on puisse faire plus que j'ai fait ; n'est-ce
|
||||
pas une véritable aventure de penser que même après une semblable
|
||||
conduite, je doive encore demander et attendre des démarches qui
|
||||
peut-être n'aboutiront pas !
|
||||
|
||||
Je tiens aussi à faire remarquer à Léon, auquel je te prie de remettre
|
||||
cette lettre ainsi que celle de de Chavanes, que ce dernier parle
|
||||
d'anciennes propositions qui auraient été faites pour moi. Ainsi, voilà
|
||||
deux ans que je suis proposé, et rien n'a été fait. Du moment que je ne
|
||||
suis pas Oranais, il est évident qu'on exigera pour l'avancement et la
|
||||
croix dix fois plus que pour les citoyens d'Oran. Donc, je ne saurais
|
||||
trop le répéter.
|
||||
|
||||
Caveant Consules !
|
||||
|
||||
Il fait assez froid dans notre petite maison. Enfin, j'appelle de tous
|
||||
mes vœux la guérison de mes jambes qui ne vient pas vite.
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Merci de votre envoi du « Temps
|
||||
».
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 30 Janvier 1891.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je voulais t'écrire la semaine dernière, mais j'ai été fatigué pendant
|
||||
une huitaine. Si j'ai quitté le Gabon, ce cher pays m'a glissé dans mes
|
||||
colis quelques misérables fièvres. J'ai eu en effet la fièvre assez
|
||||
forte pendant quatre jours de suite. Aussi, il m'a fallu me purger et
|
||||
prendre de la quinine, tout comme à Libreville ou dans l'Oubanghi. Eau
|
||||
de Vichy, je me soigne consciencieusement. Mais mes pieds vont beaucoup
|
||||
mieux. Avec cela, depuis 8 jours, le soleil de Provence a fait son
|
||||
apparition, aussi je...
|
||||
|
||||
J'espère aller à Lyon dans les premiers jours de Mars, à moins qu'il n'y
|
||||
ait encore de la boue ou de l'eau dans votre bonne ville, ce que je
|
||||
redouterais. Je serai fort facile en effet d'habiter votre nouveau nid,
|
||||
et aussi de flâner à la recherche d'une Nadine quelconque qui ferait
|
||||
réellement mon affection. En admettant que je ne puisse me marier de
|
||||
suite, je pourrais au moins planter un Gabon sérieux. J'avoue que cette
|
||||
existence solitaire commence à me peser singulièrement.
|
||||
|
||||
Je demeure cependant à chercher un peu, et je pourrai me résigner
|
||||
quelque sujet de récit de série, que Camille et toi seulement pourrez
|
||||
envoyer chez lui.
|
||||
|
||||
Je suis toujours sans nouvelles de Paris ; ces créatures ne m'ont même
|
||||
pas encore envoyé mon titre de Congé de Convalescence et mon mandat
|
||||
mensuel. Quel coup de balai on ferait ce qu'il a fait. Je suis révolté
|
||||
de l'indifférence et de l'injustice de ces gens-là. Cela me navre et
|
||||
m'empoisonne, et je demande que cette situation d'incertitude finisse.
|
||||
Il serait d'ailleurs nécessaire que je prépare mes affaires pour
|
||||
retourner là-bas ou bien alors à peine parti de Draguignan, il faudra
|
||||
que j'y revienne. Le plus, mon congé expire le 7 avril, et je n'ai aucun
|
||||
avantage à rester en France comme Chef d'Exploration, puisque je ne puis
|
||||
songer raisonnablement à m'établir. Tout cela est absolument désagréable
|
||||
et démontre que cette administration est la dernière des ingratitudes.
|
||||
|
||||
Je ne puis vous fixer l'époque à laquelle j'irai vous voir, pour la
|
||||
bonne raison que cela dépend de ma nomination. En effet, si je ne puis
|
||||
compter sur rien du tout, dès que mes jambes seront en état je
|
||||
repartirais pour le Congo. En ce cas, je serai promptement près de vous,
|
||||
pour vous embrasser avant de partir.
|
||||
|
||||
C'est égal, quelle canaille que ce de Chavanes, après la sale conduite
|
||||
qu'il a menée à Libreville, en compagnie d'une ignoble \[\[?femme\]\] de
|
||||
la négresse Bouboute, présidente du Tribunal, il devrait bien tâcher de
|
||||
fermer la bouche de certaines gens. Heureusement que j'ai la collection
|
||||
de mes rapports qui intéressaient bien le Gouvernement, s'il désirait en
|
||||
prendre connaissance ! Je les tiens à sa disposition.
|
||||
|
||||
Donc, chère Marie, devant l'oubli bien significatif dans lequel me
|
||||
laissent tous ces gens-là, je pense que tu ne prendras pas la peine de
|
||||
chercher ce que j'ai l'air d'attendre. Il est écrit que ce bonheur n'est
|
||||
pas pour moi, hélas !
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous, petits et grands, de tout mon cœur. Mes meilleurs
|
||||
souvenirs à ces dames et à mes cousines.
|
||||
|
||||
Ton dévoué frère,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 17 Février 1891.
|
||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Je suis enfin sorti de mon lit hier pour la première fois depuis le 8 de
|
||||
ce mois. Outre mon influenza, j'ai eu un très-fort accès de fièvre
|
||||
africaine, qui décidément ne semble guère vouloir me quitter depuis mon
|
||||
arrivée en France, malgré la quantité de quinine absorbée fréquemment.
|
||||
C'est d'ailleurs le lot mérité de ceux qui se promènent sous les forêts
|
||||
et sur les fleuves du centre africain. À ce propos, je viens d'apprendre
|
||||
avec plaisir que mon ami Fondere vient de châtier les sauvages de
|
||||
Zalanga, q...
|
||||
|
||||
À l'heure actuelle, Henriette est guérie, moi aussi jusqu'à nouvel
|
||||
ordre. Marie et Marguerite vont bien. Aurélie est toujours couchée, et
|
||||
le docteur depuis 2 jours ne s'est pas prononcé d'une façon catégorique,
|
||||
craignant peut-être une fièvre muqueuse. J'avoue que je serais bien
|
||||
aise... Quant à Magdeleine, elle est toujours un peu souffrante, elle
|
||||
grandit, et je la crois comme ton fils Henry sous l'influence du
|
||||
printemps.
|
||||
|
||||
Je t'avoue que j'attends ce bienheureux printemps, qui me permettra
|
||||
d'aller un peu vous voir. Draguignan n'est pas en effet très folichon,
|
||||
il est même fort ennuyeux. J'avoue que j'ai hâte de me retremper un peu
|
||||
dans l'atmosphère de la grande ville, entendre un peu de bonne musique ;
|
||||
enfin ressentir autant que de corps et d'esprit un réveil de cœur. Mais
|
||||
tout cela ne viendra pas avant le moment bien établi où Lyon n'est plus
|
||||
froid ni trop pluvieux. Je pense ainsi éviter de me chambrer ce qui ne
|
||||
me serait g...
|
||||
|
||||
Je trouve que toutes les démarches vont bien lentement, mais je crois
|
||||
aussi que si je n'existais pas, assez peu s'en étonneraient. D'ailleurs
|
||||
de voir tant d'hésitations et de retards à mon sujet alors que je vois
|
||||
chaque jour nommés à des places très-élevées des créatures de la plus
|
||||
belle eau, mais aussi d'anciens constions électoraux d'Étienne. Il y a
|
||||
eu récemment une grosse promotion administrative coloniale ; elle
|
||||
contenait plusieurs phénomènes énormes ! tous aussi mauvais
|
||||
fonctionnaires que peines...
|
||||
|
||||
J'accepterais bien une place de Conseiller de préfecture, mais, même à
|
||||
Lyon, c'est très peu payé, et l'on ne met pas un sol de côté. Une fois
|
||||
marié, mais une fois marié seulement, je serais content d'une place de
|
||||
juge de paix, mais d'au moins 4000 f. Je crois qu'on les réorganiserait
|
||||
et élèverait notoirement leurs appointements.
|
||||
|
||||
Tu vois combien je suis embarrassé. J'ai oublié de te dire que
|
||||
j'épouserais parfaitement une jeune fille d'origine étrangère, et
|
||||
surtout une Suissesse française et catholique. Souvent elles sont
|
||||
très-jolies, très-aimantes et bonnes femmes de ménage. À Lyon, il doit y
|
||||
en avoir beaucoup. Certes je tiens aux convictions et à l'éducation
|
||||
religieuse, mais je ne veux pas d'une dévote ni d'une sainte-nitouche.
|
||||
Enfin, par-dessus tout, j'ai horreur de la coquette et de la mondaine.
|
||||
Je serais très-heureux que ma jeu...
|
||||
|
||||
Maintenant, tâche de trouver tout cela à Lyon, afin que si je reste en
|
||||
France, j'aie pour ma femme la meilleure créature et le meilleur modèle.
|
||||
Si je suis absent, tu seras là pour la consoler, pour la fortifier et
|
||||
pour la garantir. J'aimerais beaucoup ton mari, je serais heureux de
|
||||
l'avoir le plus souvent possible. J'espère que cela ne l'ennuierait pas
|
||||
trop. Enfin, nous avons à Alger la comtesse de toute notre famille
|
||||
Mazzarello, et c'est une famille qui est assez bonne pour qu'on ne
|
||||
regrette pas d'y entre...
|
||||
|
||||
Mais Suzanne, Marie, Octavie ne commencent-elles pas des amies en
|
||||
possession de fruits à croquer ?
|
||||
|
||||
Un peu, si tu le veux, écris à Marie Saint-Marc, comme j'ai déjà écrit à
|
||||
Pierre. Peut-être cette bonne Georgette aurait-elle la main heureuse ?
|
||||
|
||||
N'as-tu point aussi pensé à Madame Montessus : il me semble que voilà
|
||||
une chère innocente qui avait de l'affection pour moi et qui connaît
|
||||
beaucoup de monde ?
|
||||
|
||||
Ouf !!!
|
||||
|
||||
Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi que Camille et les quatre petits.
|
||||
Bien mes amitiés à ces dames.
|
||||
|
||||
Pour Léon, je pense qu'il devrait secouer un peu Jules Ferry ; ce
|
||||
dernier me ferait nommer Gouverneur, où il lui en prendrait envie !
|
||||
|
||||
Ton dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
|
||||
...
|
||||
|
||||
Je tiens surtout qu'à la très-franche honorabilité et à la forte et
|
||||
solide éducation, j'épouserais volontiers une jeune veuve sans enfants,
|
||||
mais de 25 ans au plus. Par exemple, je tiens là à la fortune. Tu
|
||||
comprends ma chère Marie, tout cela est très difficile à réunir et ne
|
||||
doit pas être suivi d'une façon trop absolue. Il est évident par exemple
|
||||
que je serais tout aussi content et que j'aimerais autant épouser une
|
||||
charmante femme qui serait brune avec les yeux bleus ou châtains, ou
|
||||
avec les yeux bruns, gais ou v...
|
||||
|
||||
Quant à démissionner et à rester en France, j'avoue que cela me coûte un
|
||||
peu plus que je ne l'aurais cru. Il faudrait pour cela que je trouve
|
||||
auparavant un joli et sérieux parti qui vaille ce sacrifice. Et alors
|
||||
que ferais-je, car je ne peux pas rester inactif ? Il me faudrait
|
||||
obtenir une place équivalente comme traitement et comme situation, en
|
||||
admettant que je rentre dans une autre administration de l'État. J'avais
|
||||
bien pensé à une charge, mais il la faudrait d'un bon rapport, et je ne
|
||||
puis immédiatement ...
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 24 Février 1891.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je réponds deux mots à ta bonne lettre : la chère Anéloi a bien eu une
|
||||
sorte de fièvre muqueuse très-légère, mais c'est à peu près fini, elle
|
||||
n'a plus qu'à reprendre ses forces rapidement parties. Magdeleine se
|
||||
porte comme un charme ainsi que Marguerite. Seule, cette sorte de Marie
|
||||
a besoin de soins : la chère a les bronches faibles, elle s'enrhume trop
|
||||
souvent. Elles sont toutes bien gentilles. Henriette va enfin pouvoir se
|
||||
reposer, ce qui n'est pas trop tôt. Louis se porte bien, sauf quelques
|
||||
fréquentes fatigues d'estomac, héritage du siège de Paris.
|
||||
|
||||
Quant à moi, je me fortifie ; cependant les croûtes des plaies des pieds
|
||||
ne sont pas encore tombées, et tous les soirs mes jambes sont fortement
|
||||
enflées. Il me faut continuer à combattre l'éléphantiasis par les bons
|
||||
légumes et par le fer. Puis reviendront les sels de Vichy, enfin
|
||||
j'espère que la fièvre disparaîtra.
|
||||
|
||||
Chaque matin je vais faire une course de 4 à 5 kilomètres au soleil. La
|
||||
Provence renaît, mais Draguignan ne renferme absolument aucune
|
||||
distraction.
|
||||
|
||||
Merci, chère sœur Marie, de ta bonne volonté à me trouver quelque chère
|
||||
et bonne compagne de ma vie, mais je ne pense pas en engager si je ne
|
||||
suis pas nommé par le Gouvernement. Or, je n'espère pas en effet un Chef
|
||||
d'Exploration. D'autant plus que je repose comme tel, il y a beaucoup de
|
||||
chances pour que je le reçoive pas. Il m'est tout à fait impossible
|
||||
cette fois-là que sera-ci après une nouvelle période. Car je devrais
|
||||
bien alors à faire une grande exploration, afin de me poser bien loin et
|
||||
bien longtemps. Comme pour moi le fleuve des Munières est une sorte de
|
||||
défi, il est bien évident que ces gens-là ne veulent me pousser aux
|
||||
armements et ma carrière coloniale.
|
||||
|
||||
À quoi bon alors se jeter dans des dévouements inutiles et chercher une
|
||||
union qui n'aboutirait qu'à faire une veuve d'ici à quelques années.
|
||||
Quelle comédie ! Je demande quant à moi qu'on me dise si oui ou non on
|
||||
se fiche de moi. Quand je pense que de Chavanes, l'être de ridicule, à
|
||||
22 ans et qui n'indique rien de bien troublant, après un faible voyage
|
||||
de deux ans, était classé et nommé résident avec 18,000 f plus une
|
||||
gratification renouvelée de 10,000 f, quand je compare ce que j'ai
|
||||
souffert avec bien de donner dans ces bureaux ou ministères ! J'ai bien
|
||||
peur qu'on ne me mette de côté, comme on m'a fait il y a déjà deux ans.
|
||||
Tout cela est véritablement désolant.
|
||||
|
||||
Si je puis espérer trouver un bon poste où je pourrais rester plusieurs
|
||||
années (par exemple, les Indes) et dans un délai raisonnable sinon cette
|
||||
année y faire venir ma femme, il serait cependant nécessaire que j'en
|
||||
fasse bientôt la demande.
|
||||
|
||||
Je te quitte mais je t'écrirai avant peu ; pense à ce que je te dis. Je
|
||||
vous embrasse tous tendrement. Mimi à tous les grands.
|
||||
|
||||
Ton dévoué frère,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 25 Février 1891.
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je réponds de suite à ta lettre du 24 février que je reçois à l'instant.
|
||||
Certes, je crois que la famille est très aisée et honorable ; mais je
|
||||
vais te dire ce qui me fait douter de cette nouvelle piste (pardonne-moi
|
||||
le mot). De la jeune fille en question, je ne puis rien dire, attendu
|
||||
qu'elle m'est totalement inconnue. Mais je ne la crois pas jolie, si
|
||||
j'en juge par les membres de sa famille. Il y a le beau aîné et le père
|
||||
qui doivent être légèrement toqués. En effet, le père, quoique très
|
||||
aisé, a dépensé de ...
|
||||
|
||||
Mais quel frère stupide elle avait ! Et cette chère Jeanne Mossard,
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||||
quelle charmante femme, cette petite. On a beau rêver des affections
|
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d'enfant, elles vous rentrent bien au cœur, va. Et la voilà au Carmel,
|
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quelle malheureuse enfant. Je l'ai plainte de tout cœur et je ne la
|
||||
comprends pas. Ah, je fais le silence sur d'autres noms chéris, d'autres
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visages que j'ai aimés, je ne les oublie pas et je leur sais gré de cet
|
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instant de bonheur qu'elles m'ont donné, les pauvres ! sans jamais s'en
|
||||
douter.
|
||||
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||||
Mais, comme je te le dis dans ma lettre d'hier, il faudrait d'abord
|
||||
savoir quelque chose de définitif et de clair sur les intentions de
|
||||
Paris à mon sujet. Si ces gens-là veulent me donner quelque chose,
|
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quelque os à ronger en revanche des années et de la santé qu'ils m'ont
|
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pris, qu'ils le fassent de suite : ce marchandage incertain m'écœure et
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me navre.
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||||
Bonjour à tous ! Nous serions bien heureux réunis ensemble à Lyon avec
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||||
Louis et Henriette nommés dans cette ville.
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||||
Votre dévoué frère,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Draguignan, le 19 Mars 1891.
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||||
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Ma chère Marie,
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||||
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Que devenez-vous voilà trois semaines que tu ne m'as pas écrit ; aussi
|
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je partirai demain pour Lyon où j'arriverai le soir à 10 h. Faites un
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bon feu, chers amis, car j'aurai les pieds sans doute enflés, etc. Ayez
|
||||
aussi la complaisance de commander le tailleur de Camille avec ses
|
||||
échantillons demi-saison et étoffes pour redingote bleue de roi, pour
|
||||
samedi matin à 9 h. Je pense en effet partir pour Paris dès que je serai
|
||||
habillé. Mon inspection devait être présentée à M. Ferry par Léon qui va
|
||||
à Paris. En m...
|
||||
|
||||
Je dois aller au camp faire constater aux frais de l'État. Enfin,
|
||||
j'éclaircirai une bonne fois ma situation à mon intention d'ailleurs et
|
||||
de rester à Paris que quelques jours, en profitant ainsi du séjour de
|
||||
Léon. Je reverrai ensuite à Lyon où nous jouirons enfin de quelques
|
||||
repos. Je vous serais reconnaissant de me tenir prêtes quelques
|
||||
bouteilles d'eau d'orzeya. Je prendrai également chaque jour 1 litre de
|
||||
bon lait et mange de pain rassis. Vous voyez que je ne suis pas encore
|
||||
bien vaillant.
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||||
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Ah ! chérie, quelle comédie que la vie ! Je ne peux penser sans
|
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tristesse à cette pauvre Jeanne Gottelbaron, je l'aimais tant sans le
|
||||
savoir, et c'était au fond une bonne enfant.
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||||
|
||||
À la séance, je vous embrasse de tout cœur ainsi que tous les habitants
|
||||
de votre cher nid. Soyez assez bons pour prévenir Léon, sans que cela
|
||||
bien entendu retarde en rien son départ. Je voudrais pouvoir partir
|
||||
mardi soir pour Paris, mais je ne sais si je pourrai à cette date avoir
|
||||
mes habits et mes chaussures, je n'ai cependant aucun habit propre. Il
|
||||
n'y a donc pas de temps à perdre, d'autant plus qu'il ne faut pas trop
|
||||
compter sur mes qualités de locomotion. Enfin, je pars comme je pourrai,
|
||||
mais le rega...
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous vivement. Tout le monde ici a pitié de moi. La
|
||||
santé est sans labeur.
|
||||
|
||||
Jules Jacquot
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|
||||
Paris, le 28 Avril 1891.
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||||
|
||||
Ma chère Marie,
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||||
|
||||
Je suis arrivé à Paris moins fatigué que je ne le pensais puisque j'ai
|
||||
pu entendre hier le soir à l'Opéra et passer une bonne nuit bien qu'un
|
||||
peu courte. Je n'ai pu voir ce matin Monsieur Cloumbé qui est malade
|
||||
chez lui. Mais j'ai su qu'une prolongation de congé jusqu'au 7 juillet
|
||||
avait été expédiée le 21 avril à Toulon, d'où je la recevrai
|
||||
incessamment. Je passerai la visite devant le Conseil supérieur de Santé
|
||||
jeudi à 2 heures. Ensuite je verrai Etienne et M. Haumann, chef de
|
||||
cabinet, vendredi matin à 10 h...
|
||||
|
||||
Nous avons eu de la pluie depuis hier, c'est te dire que Paris n'est
|
||||
guère propre ; on endure parfaitement les habits d'hiver.
|
||||
|
||||
Brave question : ton excellent blanchisseur m'a rendu des faux cols qui
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||||
sont probablement à Camille. Je les envoie ce soir à part. Mais je te
|
||||
serais obligé de m'envoyer par la poste les quatre faux-cols à moi qui
|
||||
sont restés à Lyon. Je ne suis guère bien fourni sous ce rapport, et
|
||||
cependant j'aime autant ne point en acheter d'autres.
|
||||
|
||||
Je pense, chère sœur, que tu n'aurais pas besoin pour savoir combien je
|
||||
vous aime et vous suis dévoué ; que je reçoive exprime en toute la
|
||||
gratitude que je ressens toujours de votre accueil si bon et si
|
||||
fraternel. J'y tiens cependant, et je vous remercie du fond du cœur de
|
||||
votre bonté et de vos soins de tous les instants. Si tu vois quelqu'un
|
||||
de nos parents dis-leur combien je garde d'eux le meilleur souvenir. Je
|
||||
pense aller voir M. Ferry dans le courant de la semaine, je pense que
|
||||
Léon voudra bien se souv...
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous de tout mon cœur, et t'engage à ne pas oublier
|
||||
d'aller consulter pour ta toux persistante. Il ne faut pas négliger
|
||||
cela.
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Paris, le 2 Mai 1891 9, rue Monsigny
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Merci de ta bonne lettre ; écris-moi le plus souvent que tu pourras, je
|
||||
suis toujours heureux de vivre avec vous le plus possible. J'irai lundi
|
||||
au Bon Marché pour les 3 petits ; il y a justement exposition ce jour-là
|
||||
pour les toilettes d'été.
|
||||
|
||||
Merci aussi de la lettre confiante de la sœur Ste Ophémie. N'allons pas
|
||||
plus loin dans cette voie : Jésuites et Solignac ou Sarré-leur peuvent
|
||||
se donner la main et je leur laisse leurs candidats. Rien du côté de
|
||||
Bourg-la-Reine. C'est donc pour le moment une affaire terminée.
|
||||
|
||||
...
|
||||
|
||||
Au revoir, chère sœur Marie, je t'embrasse ainsi que Camille et tes
|
||||
quatre chéris et Madame Revel. Mes meilleurs sentiments à Magdeleine et
|
||||
aux cousins.
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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|
||||
Paris, le 7 Mai 1891 9, rue Monsigny
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je pense que décidément vous êtes tous morts. Voici bien longtemps que
|
||||
vous ne m'avez envoyé de vos nouvelles.
|
||||
|
||||
Je viens de recevoir une lettre de Pierre qui me parle de Mlle
|
||||
Cheminant, il paraît qu'elle est superbe. Moi je pense qu'elle doit
|
||||
avoir dans les 30 ans et qu'elle n'a pas un sol. Mais les Saint-Marc
|
||||
seront bien aises de placer un sujet invendable. Enfin, nous verrons
|
||||
bien.
|
||||
|
||||
...
|
||||
|
||||
Au revoir, chère sœur Marie, je t'embrasse ainsi que Camille et votre
|
||||
cher petit famille. Mes souvenirs à ces dames et à votre famille.
|
||||
|
||||
Ton dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
14
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14
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|
||||
Lusignan, le 18 Mai 1891
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je suis allé à Niort il y a deux jours et j'ai passé la journée chez les
|
||||
Moncassin. J'ai trouvé la tombe de nos parents admirablement tenue, j'y
|
||||
ai ajouté une couronne aux nombreuses qui l'ornaient déjà. Je t'envoie
|
||||
un brin de muguet blanc que j'ai cueilli pour toi.
|
||||
|
||||
Je suis chez les St Marc depuis le 10 Mai. J'ai été très bien reçu et
|
||||
j'ai trouvé tout le monde en bonne santé. Marie est en voyage.
|
||||
|
||||
Ton dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
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transcriptions/1891-05-25.md
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|
||||
Châtellerault, le 25 Mai 1891
|
||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Je suis ici depuis le 22 Mai et j'y resterai encore une huitaine. J'ai
|
||||
vu toute la famille, les oncles, les cousins. Beaucoup ont vieilli, mais
|
||||
tous se souviennent de nous et m'ont demandé de vos nouvelles.
|
||||
|
||||
...
|
||||
|
||||
Je vous embrasse tous de tout mon cœur et envoie à M. Rodet mes
|
||||
meilleurs souhaits.
|
||||
|
||||
Ton dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
16
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16
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|
||||
Châteauroux, le 29 Mai 1891
|
||||
|
||||
Ma bien chère Marie,
|
||||
|
||||
Je te plains de tout mon cœur, de te voir entourée de cette maladie et
|
||||
obligée de soigner tout ton petit monde. J'espère bien que la mignonne
|
||||
Lili échappera à la contagion et que ta prochaine lettre m'annoncera la
|
||||
guérison générale de la famille.
|
||||
|
||||
\[...\]
|
||||
|
||||
Au revoir, chère Marie, je t'embrasse de tout mon cœur, ainsi que
|
||||
Camille et les enfants.
|
||||
|
||||
Ton dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
17
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Executable file
17
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|
||||
La Bourboule-les-Bains, le 1er Juin 1891 Grand-Hôtel de Paris
|
||||
|
||||
Ma chère Marie,
|
||||
|
||||
Je suis bien aise de voir que tous tes petits malades s'acheminent
|
||||
régulièrement vers une totale guérison. Espérons que le temps va se
|
||||
remettre tout à fait et qu'ils pourront se dédommager d'un internement
|
||||
aussi prolongé, qui ne doit être un aspect ni pour les enfants ni pour
|
||||
les parents.
|
||||
|
||||
\[...\]
|
||||
|
||||
Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que Camille et les petits.\
|
||||
Mes meilleurs sentiments à toute la famille.
|
||||
|
||||
Votre dévoué,\
|
||||
Jules Jacquot
|
||||
25
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25
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|
||||
La Bourboule-les-Bains,
|
||||
le 8 Juin 1891 – Grand Hôtel de Paris
|
||||
|
||||
Ma très chère Marie,
|
||||
|
||||
J’ai eu ce matin une longue consultation de mon médecin, le Dr Michel, la seconde. Le brave homme n’est pas rassurant : il trouve ma rate énorme puisqu’elle me fait souffrir jusqu’au bas de la colonne vertébrale ; il semble surtout inquiet de mes deux oreilles : après examen minutieux à la lumière électrique, il m’a déclaré que je pourrais devenir irrémédiablement sourd, si mes tympans ne montraient pas une amélioration notable dans quelque temps. Ma gorge, mon pharynx demandent aussi un traitement compliqué ; bref il paraît que j’ai été profondément touché. Je m’en étais bien douté entre nous, et je ne me suis pas trouvé récompensé par mon pays, c’est que j’avais de sérieuses raisons de le penser. Il est regrettable que certains ne l’aient pas compris…
|
||||
|
||||
Je vous serais donc reconnaissant de faire comprendre à Léon que s’il pouvait m’obtenir un changement de Colonie pour une Colonie d’un climat le plus sain possible, je pense qu’il me rendrait un service réel. Le docteur m’a dit en face : « Je suppose que vous n’avez pas l’intention de retourner dans ce pays – ce serait une folie ! » Il m’a d’ailleurs déclaré qu’il me donnerait en fin de saison un certificat destiné à éclairer qui de droit sur ma véritable situation. Quand je songe que ce médecin, membre du Conseil supérieur de santé, n’ait pas fait droit à ma demande pressante d’être exempté par corps ! En somme, je suis bien malheureusement en dehors de la satisfaction du nouveau tout ce que j’ai souffert, et la reconnaissance ne m’a apporté aucune compensation. Je tiens à ce que tout le monde le sache, et mon unique orgueil, que vous avez le droit, je crois, de faire, en mon absence, est d’avoir bien servi mon pays.
|
||||
|
||||
Il fallait pourtant que je vous dise tout ce que je pense, ma chère sœur Marie, eh bien ! je crois que le moral est beaucoup plus atteint que le physique. Je suis trop seul, trop livré à mes tristes pensées. Si cela continue, je ne sais ce qui arrivera. Dieu soit béni toutefois, je fais la part de l’exagération. Ce docteur que je ne connais pas en homme, peut bien avoir augmenté mon mal fictivement pour être ensuite regardé comme un vrai sauveur. C’est pour cela que vous ne devez pas vous effrayer ; cela ne servirait à rien.
|
||||
|
||||
Je pense cependant que vous devez souhaiter avec moi deux choses : pour le corps, une destination plus saine ; pour l’âme surtout, un aliment pour le cœur.
|
||||
|
||||
Mais je suis bien un égoïste, un vieux garçon déjà – je ne parle que de moi ; et tes enfants, commencent-ils à se remettre de leur maladie ? Ma filleule est-elle tirée d’affaire ? Comme la pauvre maman doit être fatiguée ! Et avec cela, si vous avez le même temps qui nous poursuit ici sans relâche, je vous plains de tout mon cœur. Orages, pluies continuelles, froid, humidité, tout conspire pour empêcher de respirer un bon air, pour rendre impossibles les promenades. Nous voici cependant à la porte de l’été : mais le temps semble une vraie patraque comme votre pauvre…
|
||||
|
||||
Camille aurait-il la complaisance de m’envoyer : 1° les 2 calques qui contiennent ma dernière exploration ; 2° un calque pour les copies ; 3° une carte manuscrite, contenue dans les dossiers, et représentant grossièrement mon itinéraire de Lastourville à Samba, avec les noms de peuplades au crayon bleu. Cela me créera une occupation pour les jours de pluie. Le tout bien entendu, sous pli recommandé.
|
||||
|
||||
J’ai reçu une lettre d’Henriette qui me dit que son mari a reçu son autorisation pour Paris. Mais elle ne me dit pas ce qu’elle compte faire de ses deux aînés, ni à quelle époque ils partiront.
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||||
|
||||
Allons, chère Marie, il faut interrompre mon bavardage. Écris-moi souvent et annonce-moi le plus de bonnes choses possibles.
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||||
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||||
Je vous embrasse tous, grands et petits, de tout mon cœur. Mes amitiés à ces dames et bonjour aux cousins. Bonjour aussi à M. Petit et Rodet.
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||||
|
||||
Ton dévoué :
|
||||
Jules Greslou
|
||||
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||||
La Bourboule-les-Bains
|
||||
Grand Hôtel de Paris
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||||
le 11 Juin 1891
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|
||||
Ma très chère Marie,
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||||
J’ai reçu ta petite lettre hier soir dans mon lit, car on ne veille guère dans cet horrible pays visité obstinément par le froid et la pluie. Merci de ton affection, cher cœur ; tu ne peux savoir combien elle m’est chère et combien je prie Dieu qu’il te rende en bonheur, à toi et à toute ta chère maison, cette amoureuse bénie que tu me fais d’une parcelle de ton affection fraternelle.
|
||||
|
||||
Je sais que Léon ne poste de l’intérêt, mais je pense que souvent il perd la bonne occasion en laissant passer le temps opportun. Maintenant, il faut agir et voici pourquoi :
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||||
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||||
1° Pour ce qui est de la réponse de M. de Brazza, elle a dû arriver par le courrier qui est arrivé à Bordeaux le 6 ou le 7 du mois courant. Cette réponse ne concernait d’ailleurs que la nomination à la 1ère classe et n’a rien à voir avec mon changement de Colonie, qui dépend uniquement de M. Etienne. De là on attend ; voici ce que va se passer :
|
||||
|
||||
2° M. de Chavannes a quitté hier soir Marseille par le Sénégal pour Libreville. M. de Brazza va donc rentrer incessamment en France ; il y sera, j’en suis convaincu, à la fin du mois prochain.
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||||
|
||||
Vous voyez que je suis bien renseigné. Or, M. de Brazza s’opposera de toutes ses forces à ce que l’on m’enlève du Congo français. De cela je suis certain. C’est très flatteur, mais c’est très égoïste. J’avoue, quant à moi, que j’en ai assez de cette Colonie, et que je dois mettre tout en œuvre pour en sortir.
|
||||
|
||||
3° La conclusion, c’est qu’il faut que je sois attaché à une Colonie sainement, pendant le moment où il y a en France, ni M. de Chavannes qui ne m’aime pas, ni M. de Brazza qui m’aime trop à sa façon.
|
||||
|
||||
4° La chose précise à obtenir, c’est celle que j’ai demandée à M. Etienne par lettre du 24 juin dernier : être désigné pour une des Colonies suivantes : Établissements français de l’Inde, Dépendances de la Colonie de Tahiti, Nouvelle-Calédonie. Dans tous les cas, une Colonie saine.
|
||||
|
||||
Je crois que tout cela est très clair, et très réfléchi, sans emballement. Puisque M. Etienne n’a pas encore répondu à ma demande, il serait naturel que le sens de cette demande que j’expose au paragraphe précédent fût soutenu énergiquement dès maintenant. Autrement, tel que je connais de Brazza, il mettra en parallèle ma nomination en 1ère classe et mon attachement définitif à sa Colonie : or, je le répète, j’en ai assez.
|
||||
|
||||
Il se peut d’ailleurs que M. de Brazza ait envoyé une réponse favorable à ma nomination à la 1ère classe, mais je ne puis le savoir. Seul, le Chef du Cabinet de M. Etienne le sait, mais on a l’air rarement pressé dans cette bonne administration centrale ; tu te rappelles combien de temps j’ai attendu ma prolongation de congé !
|
||||
|
||||
Dans tous les cas, et surtout si je veux sérieusement penser à me marier en France, il est nécessaire que mon rattachement à une Colonie saine soit chose faite. Tant que je serai Congolais, je ne suis de nulle part : cela est absolument indiscutable.
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||||
|
||||
Dans ma lettre précédente, je disais que tout ce que j’avais souffert n’avait pas été connu de qui de droit. Je le répète ici. J’ajoute que je reste toujours dans cette situation que certains trouveraient quelque peu digne sinon unique. De toute cette campagne, il ressort pour moi une diminution de solde de 1000 f, et, comme assimilation hiérarchique, je suis dans la même situation qu’au 1er décembre 1888, jour de ma nomination au grade de secrétaire particulier de M. de Brazza : voilà la reconnaissance du travail donné, elle est à toucher du doigt.
|
||||
|
||||
Je ne serais pas fâché que mon cher cousin Léon lût cette lettre ; il comprendrait sûrement que je ne sois pas gai à certaines heures. Il souhaite beaucoup pour moi de ces heures, hélas ! car je suis très seul.
|
||||
|
||||
« Time is money », je conclus ainsi, et je me recommande à votre bonne amitié, en vous embrassant tous de tout mon cœur. Bonjour à ces dames et à tous nos parents.
|
||||
|
||||
Votre dévoué,
|
||||
Jules Greslou
|
||||
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||||
La Bourboule-les-Bains
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Grand Hôtel de Paris
|
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le 16 Juin 1891
|
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|
||||
Mon cher Camille,
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|
||||
Je vous envoie la note du Docteur Michel, médecin de Paris, mon médecin (parent des Monnart-Dorian, amis de M. Ferry). Cette note ne conclut pas à l’impossibilité pour moi de retourner au Congo, parce qu’un médecin ne peut jamais conclure à quelque chose d’aussi affirmatif. Mais j’estime qu’elle indique suffisamment, sans forcer la note, que je ne dois pas être renvoyé au Congo, sous peine de n’y faire aucun service sérieux et d’être rapatrié au bout d’un temps très court.
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|
||||
De Paris, je n’ai toujours aucune nouvelle de ma demande de fin mai. J’ignore donc si de Brazza a répondu au sous-secrétaire d’État au sujet de ma nomination à la 1ère classe. Cependant cette lettre lui avait été adressée le 29 mars par les Colonies. Comme tout cela se traîne, comme le temps passe et comme il est facile de cette façon de faire tomber le voile de l’oubli sur beaucoup d’affaires intéressantes. C’est une chose triste à penser.
|
||||
|
||||
Mon régime se continue très régulièrement. Je ne pense pas le terminer avant le 27 juin. Le beau temps est revenu depuis 8 ou 9 jours, mais il ne semble pas devoir être de longue durée. J’attends une lettre de votre chère femme ; je pense qu’elle aura pu m’y avoir quelques timbres étrangers, par votre intermédiaire. Elle aurait retourné quelques-uns des timbres du Gabon. Si elle pouvait avoir en retour de mes lettres des Antilles, j’en serais content.
|
||||
|
||||
Je suis content de vous voir tous en bonne santé. Tu dois avoir besoin de te reposer, de prendre l’air, tâche d’aller respirer au jour et de ne pas laisser arriver les grandes chaleurs sans vous être purifiés et fortifiés. L’hygiène joue un grand rôle dans la vie.
|
||||
|
||||
Je suis également bien content de vous savoir si proches de la famille Fabre. Ce bout d’excellents parents et d’amis ne devront que multiplier les rapports avec eux. Je suis à l’hôtel avec plusieurs familles qui connaissent les Fabre. Il y a entre autres personnes M. Raumaud, qui est d’une famille diplomatique, et ses deux charmantes fillettes qui, si vous en demandez les timbres, ...
|
||||
|
||||
Ton pays t’en procurer d’autres. Je lui serais reconnaissant. N’oublie pas de réunir toutes les lettres que j’ai écrites du Gabon, elles sont très rares. Ai-je reçu également en avoir du Cochinchine, du Japon, de Guyane et des pays du Centre Afrique, des États-Unis, des Colonies anglaises ? Cela ferait une heureuse et précieuse occupation, de faire de beaux enfants leur cahier de timbres. C’est une chose qui arrive parce que leur recommandant la collecte postale, ils sont aussi heureux.
|
||||
|
||||
Je t’avoue que je voudrais bien, comme toi, trouver enfin quelqu’un que le sujet trouve. La pauvre Marthe Leriche ne vous empêche pas de chercher ailleurs, et surtout à Lyon. Ce serait beaucoup plus commode et plus vite fait.
|
||||
|
||||
Je pense quitter la Bourboule le 27 ou le 28. Mais dans tous les cas, je vous écrirai deux jours à l’avance.
|
||||
|
||||
Remerciez bien Léon de ma part, j’ai l’espoir que cette démarche peut réussir. Je suis toujours sans réponse de Paris pour ma nomination à la 1ère classe ; il ne faut jamais compter sur de Brazza pour rien. C’est une tristesse de voir toute l’affection qu’on peut ressentir à l’égard de cet homme sans cesse gâtée par l’amertume de se sentir oublié. Est-ce qu’il ne saurait pas, en bonne justice, me faire décorer ? C’était là la véritable récompense qu’il me devait.
|
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur, ainsi que nos parents. Amitiés à Léon et remerciements. Veillez à ce qu’il s’active.
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|
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Votre dévoué :
|
||||
Jules
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P.S. Le Dr Michel n’a pas voulu parler de mes plaies osseuses, parce qu’officiellement le traitement de la Bourboule n’y a pas trait ; mais il les considère également comme un empêchement.
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La Bourboule-les-Bains
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Grand Hôtel de Paris
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le 20 Juin 1891
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Ma très chère Marie,
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Tu es bien gentille de penser à ton frère. Tes lettres, si courtes soient-elles, pourvu qu’elles soient fréquentes, sont pour moi la plus agréable distraction et pour mon affection un véritable aliment. Il n’y a que les cœurs de femmes qui puissent trouver ainsi un peu de bien à faire de tous côtés. Soyons toujours unis comme notre père l’a toujours voulu. La solitude pèse moins de cette façon.
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Je ne serais pas étonné d’être désigné pour un des archipels qui entourent Tahiti. Les Indes sont, je crois, toujours très connues.
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J’attends une lettre de notre chère amie ; elle ne m’écrit pas souvent, cependant elle ne manque pas de petits doigts qui conviennent à bien tenir une plume. Ils vont bien tout à fait, semble-t-il.
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Il sera assez facile d’aller à Clermont-Ferrand voir cette jeune Marthe Clément. Dans ce cas, je compte que l’un de vous m’accompagnera, c’est un court voyage.
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Au revoir, chère sœur Marie, je t’embrasse de tout mon cœur, ainsi que tout ton troupeau. Bonjour à ces dames et à nos parents.
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Votre dévoué :
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Jules Greslou
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Draguignan, le 14 août 1891
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Ma chère sœur Marie,
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Reçois mes souhaits les plus affectueux et les plus dévoués à l’occasion de ta fête, qui est aussi celle de tes deux fillettes que j’embrasse de tout mon cœur. La mienne sera pleine et tu m’enlèveras un souci en soignant la fatigue de ta gorge ; c’est un conseil affectueux que me suggèrent ton intention, ma sollicitude et ma reconnaissance envers de tous les bons soins dont tu m’as toujours entouré.
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Ton frère dévoué,
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Jules
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Draguignan, le 21 août 1891
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Ma chère Marie,
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Je pense que vous avez tous attrapé des rhumatismes dans les phalanges. Aussi, comme le temps passe, je t’adresse par votre honorée, et je t’offre avec quelques mots et beaucoup de bons baisers, ainsi qu’à mon frère Camille et à vos chers petits.
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Maintenant, vous recevez encore une lettre du frère Jules datée de Marseille, et ensuite ce sera plus rare. Inutile de vous dire que je n’ai reçu absolument aucun signe de vie de l’Administration centrale. Le Commissaire aux revues de Toulon consulté par moi m’a engagé à exécuter l’ordre de lui envoyer sous forme d’avis administratif. Il est possible d’ailleurs que le bureau des Colonies à Marseille ait reçu des instructions à mon sujet. Une partie de mes malles est déjà partie en petites voitures. Je quitterai Draguignan dimanche soir, et j’ai l’espoir que Henriette et son mari passeront avec moi à Marseille la journée de lundi. La revoici, la revoici : je lui donnerai un gros baiser pour toi.
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Je suis étonné que vous ne m’ayez pas expédié mes photographies ; j’espérais les recevoir avant de partir. J’ai bien écrit aussi à Léon, mais je pense que cela a été inutile. Restez d’ailleurs très tranquille, ma tante semble définitivement résignée. D’ailleurs je te le prie, à toi à laquelle je n’ai rien caché de ce qui me chagrine, de pas proposer content. J’emporte en mon cœur le parfum exquis d’une plante aimée, et les baisers d’une enfant charmante que Dieu bénira. Vous ne savez pas combien son affection innocente, quoique elle est jeune et puérile, m’a fait du bien. Je sais bien, mais c’est un rêve. Il me plaît de me sentir bercé par de telles pensées, et puis l’espérance suprême est celle-là : sur le tombeau de sa mère, prier pour nous deux pauvres exilés. Prie pour nous deux, toi, ma sœur, qui porte le même nom et caresse-la pour moi quand elle sera près de toi.
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Je prie Camille de m’expédier le livre suivant que Louis lui remboursera :
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Atlas des Colonies françaises en 1891 par Paul Pelet, chez Chalamel, libraire à Paris.
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Dieu vous garde, et priez pour moi.
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Votre dévoué,
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Jules Greslou
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En mer, Gilberte, le 27 août 1891
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Ma très chère Marie,
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Ce soir nous sommes à Oran. La mer est belle, le paquebot excellent, les passagers peu nombreux et paisibles. J’ai une très grande cabine pour moi seul ; tout me porte à croire que la traversée sera bonne. D’ailleurs, je te donnerai de mes nouvelles toutes les fois que je le pourrai.
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Par suite d’un fâcheux contre-temps, Henriette n’a pu venir à Marseille pour mon départ. Malgré l’amertume de cette déception, j’ai fait contre fortune bon cœur et, les yeux fixés sur N.-D. de la Garde, je suis parti plein d’espoir et de philosophie.
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Je compte que vous m’écrirez souvent : paquebot à Bordeaux le 10, paquebot à Marseille le 15, paquebot à Lisbonne le 6. Les paquebots français prennent les lettres postales ; vous m’écrirez à l’adresse suivante :
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M. Jules Greslou, administrateur colonial, à Libreville, Congo Français.
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D’après des renseignements qui m’ont été donnés par des personnes européennes, je pense qu’il sera relativement facile maintenant que je suis parti d’obtenir du Sous-secrétaire d’État ma nomination à la première classe. Il faudra donc que Léon ne perde pas ses positions et insiste de temps en temps, de faire avancer la chose lors de son voyage à Paris. Quant au changement de Colonie, tout en s’en occupant activement, il ne faut pas espérer une solution avant un certain temps.
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Vous allez bientôt voir les Gréslou de nouveau, chère sœur et amie. Je te recommande mon petit Bob, je l’aime ; il y a des moments où je cherche encore auprès de moi l’enfant chéri ! Que Dieu prenne pitié de moi.
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Je prie Camille de m’expédier le livre suivant que Louis lui remboursera :
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Atlas des Colonies françaises en 1891 par Paul Pelet, chez Chalamel, libraire à Paris.
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Dieu vous garde, et priez pour moi.
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Votre dévoué,
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Jules Greslou
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En mer, sur le Gilbet
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le 1er septembre 1891
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Ma très chère Marie,
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J’ajoute une autre commission pour Léon.
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Il est probable que je ne reverrai pas M. de Brazza, attendu qu’il repart pour la France dans les premiers jours de septembre (dit-on) et qu’il arrivera probablement en France le 7 octobre. Avant cette époque, il aurait été très important de faire régler définitivement ma nomination à la première classe par le sous-secrétaire d’État et peut-être aussi de solder pour un prochain rattachement à une autre Colonie. Ce homme, ce qu’il y a de plus abominable dans la répression de M. de Brazza, ç’a été entre ...
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Nous serons à Dakar le 3 septembre au soir. Nous en repartirons le 4 pour la Côte de Guinée. Le temps est beau, la traversée très paisible, les passagers tranquilles, et le bateau confortable. Ma santé et ma philosophie sont convenables ; le temps passe si vite, quand l’esprit et le cœur sont ailleurs.
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Je te rappelle que dans ma lettre envoyée de Las Palmas, j’ai mis un petit mot pour mon cher Bob, tu le lui remettras à lui-même et tu me renverras sa réponse. J’y compte, sœur Marie, en l’embarrassant de ma part, ou le lui disant.
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Bien des choses aux Fabre et mets Léon au courant de ce que je te dis précisément.
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Ton dévoué,
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Jules Greslou
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En mer, Gilbet, le 3 septembre 1891
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Ma chère Marie,
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Deux mots pour te dire de m’envoyer par colis postal et par retour courrier : 3 cadres pour photographies, cartes-album. Tu trouveras au grand bazar quelque chose de solide pour 4 ou 5 francs ; il m’en faut quatre à peu près pareils. Louis te remboursera à son passage à Lyon. Adresse-moi cela à mon adresse à Libreville. J’y compte le plus tôt possible.
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Je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que les tiens. N’oublie pas ma petite lettre pour Bob.
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Ton dévoué,
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Jules Greslou
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En mer, sur le Gilbet, le 10 septembre 1891
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Ma chère amie Marie,
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Quand cette lettre te parviendra, peut-être toute la famille Bourdon sera-t-elle sous votre toit. Bénis et baisers à tout le monde, et une caresse pour Bob. N’oublie pas ma petite lettre et sa réponse. Pense aux livres commandés, aux 4 cadres, pense que je t’aime beaucoup parce que en toi j’ai mis le secret de l’incertitude de mon beau rêve, et que par toi peut-être je verrai un jour du bonheur.
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Demain, nous serons à Grand-Bassam, possession française de la Côte d’Or. Je retrouve tout ce que j’ai vu, mais cela m’intéresse toujours.
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Aujourd’hui nous longeons la côte d’Ivoire, le pays des Kroumens, et nous venons de recevoir à bord la visite du signor Peronquet, roi des Bérés. Dans 6 jours nous serons à Libreville d’où j’espère repartir de suite pour l’intérieur. Je me hâte d’être moi dans ma résidence, de m’installer pour les mois qui je crois passerai loin de vous, songeant souvent à vous, à ma filleule Ninie, aux gamins que je reverrai grands et embellis, et je vous demande d’être bien réguliers dans vos correspondances, et de m’envoyer toujours la date de votre lettre précédente ainsi que les dates des lettres que vous recevrez de moi.
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Je compte sur mon cher cousin Léon pour mon avancement prochain et le soin de mes intérêts. Ferry et Bordeaux sont deux soutiens sérieux, Fémillat et l’Italien peuvent certainement beaucoup.
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Quand vous irez tous en famille prier à Fourvière, tu rappelleras de ma part à mon cher Bob la promesse qu’il m’a faite de mettre un cierge à la Bonne Mère à votre communion intention, afin que je sois vite réuni vers vous, cher Bob, qu’il ne faut pas avoir la vilaine peur quand il doit me croire à rien. Dis seulement et en pense pas un mot.
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Adieu, chère Marie, cher Camille, mes quatre mignons, je vous embrasse tous de tout mon cœur. Mes amitiés à Madame Revel et Clément ; bon souvenir aux Fabre et aux Gauthier.
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Votre dévoué,
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Jules
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Libreville, le 20 septembre 1891
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Ma chère amie Marie,
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Je suis arrivé dans l’illustre capitale depuis 3 jours et je n’ai pas encore reçu de destination. Léon auquel j’écris une lettre très importante vous donnera certains détails que la proximité d’un départ de courrier m’oblige à omettre. Je prie Camille d’insister auprès du cher cousin pour qu’il fasse ce que je demande.
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N’oublie pas mes petites commissions et une grosse caresse pour ma chère Bob.
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Je me porte très bien. On m’a donné une grande maison neuve pour moi seul. Elle porte le nom de Maison des Palmiers, parce qu’elle est isolée de Libreville à environ 1 kilomètre et située au centre d’un village Palmiers. J’espère bien être affecté ici par à ma résidence, malgré la mauvaise volonté reconnue de Chavannes.
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La saison des pluies va commencer. J’espère que la pluie ne me laissera pas finir. Je te promets d’être sage et de bien me soigner.
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Envoie-moi 4 gilets de flanelle de la belle fabrique dans manches de 4 à 5 francs pièce. Mets la boîte de visites de photos et de mes mesures avec, et envoie-moi le tout. Il faut avoir de ma la grande ficelle représentant la longueur précise de la nuque au bas. (bas de la colonne vertébrale).
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Je vous embrasse tous de tout mon cœur et prie Dieu qu’il vous bénisse. Priez beaucoup pour moi.
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Votre dévoué,
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Jules Greslou
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Fernan-Vaz, Mission Ste Anne, le 17 novembre 1891
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(jusqu’à nouvel ordre, écrire toujours à Libreville).
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Ma bien chère Marie,
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C’est à la Mission catholique de Fernan-Vaz, où je me suis arrêté quelque temps pour la confection du rapport qui devait suivre mon exploration dans ces régions, que je reçois ta bonne lettre du 1er octobre.
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Hélas ! pauvre enfant, pauvre sœur, pourquoi t’en voudrais-je. Tu ne fais que être un des instruments de la destinée ; je ne sache pas qu’elle n’ait jamais été bien douce. Tu es très bonne déjà d’avoir souci pour un pauvre homme qui erre, et qui erra surtout. Mais, il me vient aux lèvres un sourire quand tu me parles de ton projet de me trouver une compagne. Ma chère Marie, cela est absolument inutile. Il est probable que je vais être désigné pour occuper la nouvelle résidence que le gouvernement d’...
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Je regrette seulement d’avoir fait des démarches officielles pour être chargé de Colonie. Le plus tôt la fin viendra, le plus amicalement elle sera reçue.
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Je t’envoie une petite rose que j’ai cueillie au jardin des Pères ; une rose des lagunes, c’est une rareté !
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Je vous plains combien douce a été votre réunion. Et maintenant tout cela est passé… Ne me parle pas de Léon dans ta lettre, je pense qu’il aura fait son voyage dans les premiers jours d’octobre. Si je me trouve forcé à changer de Colonie, je ne serais tout au moins pas fâché d’être avisé et décidé, au moins comme tout le monde, comme le premier venu ou Capitaine de soupirs venus.
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Chère, chère Marie, je t’embrasse de tout mon cœur, ainsi que mon ami Camille et vos quatre mignons.
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Votre dévoué,
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Jules Greslou
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Libreville, le 3 Décembre 1891
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Mon cher beau-frère,
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Je suis revenu dans d’incertains Dr. Neman-Vaz, et me voici de nouveau comme l’oiseau sur la branche, c’est-à-dire sans résidence ; et cela a des chances de durer jusqu’au moment où l’on se décidera à m’envoyer dans une autre Colonie.
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À la date du 1er Décembre je vous ai adressé une dépêche dont je suppose que vous avez tenu compte. M. Règnot admis de 1ère classe au sujet X, est mort hier à Mayumba (Congo français) en France. Ayant eu le premier la nouvelle j’ai pu vous la télégraphier avant même que de Chavannes...
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[...]
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Je vous embrasse de tout mon cœur.
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Votre dévoué,
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Jules Berton
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Libreville, le 8 Décembre 1891
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Ma bien chère Marie,
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J’ai reçu ce matin un colis postal contenant 3 gilets de flanelle. Il y a quelques jours j’avais reçu un paquet contenant 4 cadres et un atlas. Je te remercie de tout mon cœur de la façon charmante dont tu prends soin de ton frère Jules. J’ai trouvé parmi les gilets un bouquet de violettes que j’ai mis en lieu sûr après l’avoir bien embrassé.
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Il est probable que le courrier qui court après moi au Fernan-Vaz, m’aura poursuivi. Je suis à Libreville, contenant une lettre de vous. Les courriers sont d’ailleurs fort irréguliers. [...]
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Ma santé est actuellement très bonne, le voyage que je viens d’effectuer, malgré les fatigues inévitables, ne m’a causé aucun affaiblissement. J’attends maintenant une destination qui ne saurait demeurer indéfiniment remise.
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Je vous demande un bon souvenir pour le jour de Noël.
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Au revoir, chère petite bonne Marie, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que ton mari et tes quatre chérubins.
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Votre dévoué,
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Jules Berton
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